Compétition - Venezia 61
Synopsis : Dans un quartier résidentiel et calme de Tokyo, Yoko, une rédactrice free lance, effectue des recherches sur Jiang Ewn-Ye, un musicien de légende. Son investigation l’amène à rencontrer Hajime, le propriétaire d’une librairie de seconde main. Yoko et Hajime passent beaucoup d’heures ensemble, dans des coffee shops ou des stations ferroviaires. Ils se sentent bien l’un avec l’autre, et Yoko s’aperçoit qu’elle peut tout dire à Hajime. Elle lui annonce, ainsi qu’à ses parents, qu’elle est enceinte de son petit ami taïwanais, qu’elle ne veut pas épouser. Tout le monde est perplexe, mais personne ne parvient réellement à articuler ses sentiments…
Critique : « Café Lumière » trouve sa genèse dans la volonté du cinéaste taïwanais Hou Hsiao-Hsien (« La Cité des douleurs », « Le Maître des marionnettes » ou « Les Fleurs de Shanghai ») de rendre hommage au maître japonais Yasujiro Ozu, à l’occasion du centenaire de sa naissance. Après avoir situé une partie de son dernier film « Millenium Mambo » au pays du soleil levant, Hou Hsiao-Hsien s’est pleinement immergé dans l’univers d’Ozu, ses faubourgs, ses quais de gare et ses trains de banlieue grâce auxquels s’en va travailler la classe moyenne japonaise, sa quotidienneté douce-amère et ses rituels domestiques (le dîner, la préparation du dîner, le thé…).
Pour Hou Hsiao-Hsien, rendre hommage à Ozu, c’est partir à sa recherche, de la même manière que Yoko part à la recherche d’un musicien mythique et admiré de tous, qui fait ressurgir par son souvenir tout un pan englouti de la culture japonaise. Le cinéaste taïwanais réinvestit les lieux de prédilection d’Ozu avec cette science de la durée et ces impressions de faux-plat ou de calme apparent, d’où surgit une forme d’abstraction presque fantastique, qui veille néanmoins à ne jamais apparaître austère. Yoko ne sait pas quel chemin prendre dans sa vie, Hajime disparaît, puis réapparaît sans que cela occasionne un drame vraiment formulé. Les parents sont perplexes, mais se contentent de prendre le thé…
Déjà Ozu stigmatisait l’éloignement des gens et l’incommunicabilité et calfeutrant les maux derrière la quotidienneté. Hou Hsiao-Hsien y apporte un graphisme contemporain, où, en montrant des dessins par ordinateurs ou l’entremêlement des lignes de chemin de fer dans des plans superbes, il distille le même malaise « antonionien » avec une absence totale de violence et une douceur printanière. C’est superbe.
Julien Welter
----------
Café Lumière
De Hou Hsiao-Hsien
(Taïwan – Japon, 2004, 1h40)
Avec Yo Hitoto, Tadanobu Asano, Masato Hagiwara
Compétition - Venezia 61






Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter