Voir plus encore : les photos des films de CannesVoir plus encore : les premières bandes-annonces des films à CannesSur le papier, la sélection 2009 est d’une cohésion remarquable : pas de cinématographie dominante et un éventail de styles qui force l’intérêt. Il ne faut pas se fier à la constellation des grands noms ou des « habitués ». Non seulement ils font jeu égal avec les talents émergents, mais on repère aussi parmi eux des auteurs qui n’avaient pas foulé la Croisette depuis Mathusalem, à l’instar d’
Alain Resnais. Dans
« Les Herbes folles », le maître octogénaire continue de se dédier à des personnages typiquement français, mais auxquels le cinéma hexagonal dominant prête peu d’attention : entre deux âges, ou carrément vieux alors qu’ils cherchent toujours l’amour.
Pedro Almodovar revient quant à lui avec
« Les Etreintes brisées », un nouveau mélodrame épineux dont la retenue presque glacée est cependant en porte-à-faux de sa marque de fabrique. Elle vaut comme une tentative de renouvellement. Même constat chez
Ken Loach, qui reconduit son observation du monde prolétaire britannique à Manchester dans
« Looking for Eric », mais choisit un ton absolument loufoque assez inédit chez lui. Le nouvel opus du plus jeune
Elia Suleiman, célébré voilà sept ans avec « Intervention divine », est annoncé comme plus solide et moins tape-à-l’œil, jusqu’à son titre :
« The Time That Remains ». Quant à
Brillante Mendoza, auteur l’an passé du truculent « Serbis », il fait carrément volte face en proposant avec
« Kinatay » une nouvelle vue en coupe, cette fois beaucoup plus posée et dramatique, des rues de Manille où la vie d’un homme n’a guère de valeur.
Envers et contre toutSi elle est donc manifeste, la notion de fidélité a porté ses fruits. En 2008,
Paolo Sorrentino avait enfin été reconnu avec « Il Divo » et son Prix du Jury. C’était, rappelons-le, la troisième tentative de
Thierry Frémaux pour imposer le cinéaste italien, jusque-là sujet de bien des moqueries. En 2009, c’est
Lou Ye qui est présent pour la troisième fois avec
« Nuits d’ivresse printanières », bien que ses deux films précédents aient été accueillis fraichement sur la Croisette. Le cinéaste chinois a été condamné à une interdiction de tourner de plusieurs années pour avoir présenté « Une jeunesse chinoise » à Cannes en 2006 sans passer par le bureau de censure de Pékin. Conscient de sa responsabilité, le festival lui renouvelle aujourd’hui son soutien. Les journalistes ne le notent pas forcément. Ce qu’ils notent, c’est la longueur indiscutable des films sélectionnés cette année. Pas étonnant que ce soit dans ce cas les cinéastes les plus âgés qui soient les plus concis, ceux issus d’une génération qui a appris à faire des films de 90 minutes. Si
Gaspar Noé passe la barre des 2h30 avec
« Soudain le vide », c’est pour donner la pleine mesure de ses traditionnelles obsessions charnelles et nihilistes. Eros et Thanatos dans les love hôtels de Tokyo. Tout un programme, qui pourrait bien être un peu remonté d’ici à sa sortie en salles. Les exemples n’ont pas manqué lors des éditions précédentes (« The Brown Bunny », « Southland Tales »). Souhaitons un sort différent à l’auteur d’ « Irréversible ». (Julien Welter)
Les mauvais garçonsEt Gaspard Noé n’est que le premier de la liste des « mauvais garçons », ces cinéastes spécialisés dans la provocation (qu’elle soit saine ou gratuite, peu importe, pourvu qu’elle bouscule) en compétition cette année. Le plus attachant de tous par sa cinéphilie dévorante,
Quentin Tarantino nous refait sa version des « Douze salopards » avec
" Inglourious Basterds". Au menu sans doute une pléthore de bastons gore et d’hommages bien appuyés à quelques chefs d’œuvre (bis ou non) du film de guerre. Tout aussi stylé,
Johnnie To, dit « l’artificier en chef », dit « Toto la dynamite », va nous décharger quelques flingues en effets pyrotechniques avec
"Vengeance" le bien nommé, où un héros fatigué (
Johnny Hallyday) à qui on les a brisé menu (toute sa famille y est passée) cherche à faire justice en territoire hostile (Hong Kong). Dans la rubrique « Passez moi le bidon d’hémoglobine »,
Park Chan-Wook, après avoir réalisé du bon (« Joint Security Area ») comme du très mauvais (cf l’insoutenable « Sympathy for Mister Vengeance ») s’attaque cette fois au film de vampire (
« Thirst : Ceci est mon sang...) un genre qu’il cuisinera sans doute à la coréenne, sur tranche et bien saignant. Au rayon des curiosités, on trouve
Jan Kounen qui va clôturer le festival avec
"Coco Chanel & Igor Stravinsky" (encore Chanel et oui ! Cette fois avec
Anna Mouglalis). On voit mal le réalisateur de « Dobermann » filmer la haute Couture et le Sacre du Printemps mais ça peut marcher s’il penche vers le Ken Russell « grande époque ». Aaaah les biopics timbrés d’artistes excentriques par Ken Russell ! Versons une larme émue en évoquant « Le Messie Sauvage » ou « Music Lovers »… Plus nordique et surtout plus tordu, le sadique en chef de la bande,
Lars Von Trier, vient présenter son dernier brûlot
« Antichrist » dont la bande-annonce montre qu’il a gravement pompé l’esthétique de Sokourov, les crises de nerfs de « Carrie, le Bal du Diable », les effets de « Bug » de Friedkin et de « Damien la malédiction » avec en guest l'arbre sinistre de « Sleepy Hollow ». Le tout a été tourné avec le nec plus ultra des caméras digitales : la Red One. Cette fois, c’est
Charlotte Gainsbourg qui s’y colle. Ce qui prouve une fois de plus que non seulement le Dogme est mort mais qu’en plus le Dogme est extensible. Flippant. La peur justement, avec pour finir de
Michael Haneke, pas le dernier en termes de sadisme et de malaise, qui présente cette année
"Le Ruban Blanc" dont l'histoire ressemble singulièrement aux "Désarrois de l'élève Törless" de Volker Schlöndorff. En résumé, les élèves d’une école allemande au début du 20ème siècle torturent mentalement et physiquement d’autres élèves. On vous laisse deviner dans quels uniformes ils paraderont trente ans plus tard… Voilà pour la rubrique « coups d’éclats ».
Quelques grammes de finesse dans un monde de brutes De l’autre côté du miroir, certains réalisateurs n’ont pourtant pas oublié la finesse : une finesse qui n’exclut ni l’engagement, ni le réalisme comme le prouvera sans doute encore une fois
Jacques Audiard. «
Un Prophète » s’attaque en effet à des problèmes (tabous) de notre temps : la banlieue et ses maux (les émeutes, le cercle vicieux de la prison, la mafia corse, l’extrémisme musulman etc.).
Andrea Arnold, elle aussi, parle d’aujourd’hui avec
"Fish Tank" sur les affres d’une adolescente anglaise pas très favorisée par la vie, rejetée par les autres et exclue de son collège, qui voit arriver dans sa vie Connor, le nouveau compagnon de sa mère. Dans la catégorie « poètes », on ne peut s’empêcher d’attendre beaucoup de la réalisatrice d’ « Un ange à ma table » (d’après l’autobiographie tragique de l’écrivain Janet Frame).
Jane Campion va cette fois montrer dans
« Bright Star » la passion légendaire entre le poète romantique anglais John Keats (1795-1821) et Fanny Brawne. Les images sur le site officiel du film annonce d’ors et déjà un film esthétiquement sublime, avec dans le rôle principal un futur grand acteur,
Ben Winshaw.
Tsaï Ming Liang quant à lui tente le concept avec
« Visages » tourné au musée du Louvre avec des acteurs à risques (« challenged »en VO) :
Laetitia Casta,
Fanny Ardant et l’imprévisible
Jean-Pierre Léaud. Pour terminer sur une note lumineuse, une fois n’est pas coutume, la sélection officielle ose le rire avec le film d’ouverture
« Up ! » des studios Pixar en 3D et le nouveau
Ang Lee sur les boires et déboires des habitants de Woodstock face au cyclone rock qui les a frappés en août 1969 dans
"Taking Woodstock". Un rire qu’on espère libérateur après des heures d’angoisse… Et pourquoi pas jouissif… (Dephine Valloire)
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