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Cannes 2005 - 23/05/05

Un bilan de palmarès - Cannes 2005

En remportant pour la deuxième fois la Palme d'Or avec L’enfant après Rosetta (1999), les frères Dardenne entrent ainsi dans le cercle très fermé de ceux qui au cours de leur carrière ont été honorés doublement tels Shohei Imamura, Bille August et Emir Kusturica.

On retiendra également l’image des deux cinéastes belges dédiant leur Palme à Florence Aubenas et Hussein Hanoun, toujours otages en Irak en ce moment, comme un signe supplémentaire de leur engagement et de leur attention particulière au monde. Depuis la désignation des prix, beaucoup de commentateurs se sont exprimés sur le fait de considérer le film des Dardenne, « l’Enfant » comme un choix consensuel pour la Palme d’Or. Ils ont utilisé pour argument les difficultés de positionnement du Jury au moment des délibérations qui avaient largement filtré dans la journée d’hier. On sait que Kusturica voulait Jarmusch au sommet de son palmarès, en cela appuyé par certains autres. Agnès Varda et Benoît Jacquot souhaitaient quant à eux Caché de Michael Haneke. Dans un esprit de concertation très fort (tous les membres du Jury ont tenu à le souligner d’un trait indélébile lors de la conférence de presse), finalement ce sont les frères Dardenne qui sont sortis du lots.

En prenant la mesure de la force de persuasion de Varda, on peut effectivement très bien imaginer que « l’Enfant » ait été désigné par défaut. Néanmoins le Jury a déclaré ne l’avoir jamais écarté des délibérations, prenant sérieusement en considération l’impact qu’il connut à sa vision.

Très élégant en recevant le Grand Prix, Jarmusch a remercié « ses pères » de cinéma, un hommage à Hou Hsiao Hsien et Wim Wenders notamment, alors tous deux concouraient cette année au même titre que lui. En revanche en montant sur scène pour recueillir le prix de la mise en scène, Haneke n’a pu cacher une certaine déception. Le cinéaste autrichien, quatre fois nominé pour la Palme d’Or depuis 1997 (Funny Games) n’a jamais atteint la récompense suprême, les tractations du Jury de cette année l’ayant particulièrement desservi. Les prix d’interprétations masculine et féminine ont été des moyens détournés pour primer The Three Burials of Melquiades Estrada de Tommy Lee Jones, acteur dans son propre premier film (très soutenu par Salma Hayek, sensible à la cause mexicaine) et Free Zone d’Amos Gitaï, film décevant mais dont le message donne à Cannes l’alibi politique nécessaire à tout grand Festival international comme il se doit. Forcément imparfait (Van Sant, Hou Hsiao Hsien, Cronenberg manquent cruellement à l’appel) et considéré dans l’ensemble, ce Palmarès 2005 est au bout du compte d’une plutôt bonne tenue. Surtout, il ne gâche pas le plaisir de découverte que Cannes a offert cette année, au travers d’œuvres de grande qualité.

Olivier Bombarda



Edité le : 23-05-05
Dernière mise à jour le : 23-05-05