De Pedro Costa(France - Portugal, 2004, 1h50)
Avec Inès Medeiros, Isaac de Bankolé, Edith Scob…
Un DVD Gemini Films
Synopsis : Mariana (Inès Medeiros), une infirmière portugaise travaillant à Lisbonne, fait particulièrement cas de l’un de ses patients, Leao (Isaac de Bankolé), un ouvrier originaire du Cap Vert, dans le coma depuis une chute grave survenue sur son lieu de travail. Quand Leao est rapatrié, la jeune femme le suit, en lui portant une attention fébrile qui se conjugue à la rudesse de cette terre, balayée par le vent et la misère. Peu à peu, du silence à l’altercation, Mariana découvre une communauté louvoyant entre précarité, blessure et musique.
Critique : « Casa de Lava » est un film difficile dans la carrière de Pedro Costa, révélé par une première œuvre (« Le Sang » en 1989) portée par un N&B et un formalisme marqués, à l’instar du français Léos Carax, issu de la même génération. Redevable à l’origine au cinéma muet, à Jean Vigo ou à « La Nuit du chasseur », le cinéma de Pedro Costa cherche avec « Casa de Lava » une vérité dans une esthétique élaborée et érudite, tout en accordant un regard extrêmement vif à une communauté pauvre, occultée et démembrée, celle des capverdiens survivant sur une île volcanique au climat âpre ou fuyant la misère pour s’exiler au Portugal, réduits là-bas à l’accomplissement des basses tâches de la société. Le film est donc un grand écart particulièrement délicat entre fragmentation de la fiction (l’arrivée de Mariana dans une communauté inconnue, augmenté du silence de Leao, son seul lien avec les habitants) et acuité du documentaire. Très découpé et parcouru de plans magnifiques, tout en installant son récit au cœur d’habitations rafistolées, « Casa de Lava » cherche constamment la matière même d’un cinéma différent, un cri poétique où le réalisateur se sert d’une large palette (images d’archive en super 8, moments musicaux, ellipses, travellings incessants…) pour célébrer la richesse d’un pays rude. Les dialogues eux-mêmes ne sont pas narratifs, mais partie prenante d’une démarche suggestive : « Tu connais Edith ? » demande Mariana à un enfant. « Je connais un air qu’elle aime » s’empresse-t-il de lui répondre, prêt à chantonner. Avec son film suivant, « Ossos », la crise sera consommée et Pedro Costa optera pour une forme plus sèche, mieux à même de décrire justement le calvaire de cette communauté capverdienne au Portugal, qu’il aura choisi de continuer à filmer.
- Les Bonus : Désavouant sensiblement l’esthétique de « Casa de Lava » au profit de l’économie de son film « Dans la chambre de Vanda », à l’époque de la sortie française de celui-ci, à l’été 2001, Pedro Costa éprouve sans doute quelques réticences à évoquer un parti pris tenant du passé, ou peut-être tient-il à le faire d’une manière qui soit aussi composite que le film, pour lui rendre intelligemment justice. C’est chose faite avec la présentation de son cahier de préparation, reproduit en bonus. En parcourant, page après page, ce puzzle de photos d’acteurs et de coupures de presse, apparaît, au son de sa musique, l’esprit singulier du film. Son chef opérateur, Emmanuel Machuel, ayant également travaillé sur les derniers longs métrages de Manoel de Oliveira, se charge de verbaliser la poétique de la démarche de Pedro Costa, quand le critique Serge Kaganski détaille un extrait du film. Galerie photos et affiches complètent les bonus de cette oeuvre d’ailleurs très picturale.
Julien Welter
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Casa de Lava
De Pedro Costa
(France - Portugal, 2004, 1h50)
Avec Inès Medeiros, Isaac de Bankolé, Edith Scob…
Un DVD Gemini Films






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