L'interview avec Catherine Breillat (Real Vidéo)Haut-débit / Bas-débit
Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous emparer de la thématique “Masculin/Féminin” ?
J’avais très envie de travailler avec Pierre Chevalier et on peut dire que le thème du “masculinféminin” est vraiment fait pour m oi ! J’avais au départ écrit pour la collection le scénario qui, finalement, allait devenir Sex is comedy : je pensais que l’idée d’un “making-of” était idéale pour une petite caméra… Je me suis vite rendu compte qu’un making-of coûtait très cher et ne correspondait pas au budget de la collection. Du coup, j’ai ressorti un scénario que j’avais écrit bien plus tôt : Brève traversée.
Quel a été le point de départ du film ?
Je voulais le situer sur un bateau car c’est un lieu sans attache : on est au-dessus des lois, presque en dehors de la vie. On peut faire une parenthèse dans sa propre vie. Ce qui me plaisait aussi, c’était d’opposer la nature latine à la nature anglo-saxonne : lui, bien qu’inexpérimenté, est plus sensuel et doué pour l’amour qu’elle, qui a une nature extrêmement inhibée, bien qu’elle soit expérimentée .
Pourquoi n’avez-vous pas tourné Brève traversée en DV ?
La DV aurait tout à fait pu convenir à ce type de récit intimiste. Mais j’aime la carnation et le blanc de la peau qu’on obtient avec la pellicule et, en en discutant avec le chef opérateur Eric Gautier, on s’est rendu compte qu’avoir une caméra 16 mm sur l’épaule ne serait pas plus lourd qu’une petite caméra numérique. C’est donc plus une question de style qu’autre chose : ça dépend de sur quoi on axe son regard. Je compare souvent le cinéma à la peinture : pour moi, la pellicule c’est la peinture à l’huile, tandis que la DV s’apparente plus à de la peinture acrylique. Ce qui ne signifie pas que l’une soit plus misérable que l’autre : c’est juste un choix de matière et de couleurs et non pas un jugement de valeur. Je suis très attentive aux couleurs : j’aime les couleurs qui peuvent paraître laides ou choquantes, mais qui ne le sont pas dès lors qu’on les inscrit dans le décor et la mise en scène.
Est-ce que Brève traversée est une allusion à Brève rencontre de David Lean ?
Absolument. C’est aussi une référence à un livre dont j’aime beaucoup le titre : Traversée du désir. C’est aussi une traversée vers l’âge adulte pour le jeune garçon. C’est la première fois que je m’intéresse à une initiation du côté du garçon : il lui faut plus de courage, mais il y a moins de honte. Le garçon assume plus volontiers son désir et ne souffre pas de toutes ces complications liées à la culpabilité des filles.
Pourquoi n’avez-vous pas tourné Brève traversée en DV ?
La DV aurait tout à fait pu convenir à ce type de récit intimiste. Mais j’aime la carnation et le blanc de la peau qu’on obtient avec la pellicule et, en en discutant avec le chef opérateur Eric Gautier, on s’est rendu compte qu’avoir une caméra 16 mm sur l’épaule ne serait pas plus lourd qu’une petite caméra numérique. C’est donc plus une question de style qu’autre chose : ça dépend de sur quoi on axe son regard. Je compare souvent le cinéma à la peinture : pour moi, la pellicule c’est la peinture à l’huile, tandis que la DV s’apparente plus à de la peinture acrylique. Ce qui ne signifie pas que l’une soit plus misérable que l’autre : c’est juste un choix de matière et de couleurs et non pas un jugement de valeur. Je suis très attentive aux couleurs : j’aime les couleurs qui peuvent paraître laides ou choquantes, mais qui ne le sont pas dès lors qu’on les inscrit dans le décor et la mise en scène.
Est-ce que Brève traversée est une allusion à Brève rencontre de David Lean ?
Absolument. C’est aussi une référence à un livre dont j’aime beaucoup le titre : Traversée du désir. C’est aussi une traversée vers l’âge adulte pour le jeune garçon. C’est la première fois que je m’intéresse à une initiation du côté du garçon : il lui faut plus de courage, mais il y a moins de honte. Le garçon assume plus volontiers son désir et ne souffre pas de toutes ces complications liées à la culpabilité des filles.
Le film fonctionne sur une inversion des représentations habituelles des rôles sexuels…
C’est vrai, même si, en un certain sens, le personnage féminin joue à la vraie jeune fille tout en étant cruelle, roublarde et assez désespérée. Le discours qu’elle tient sur les hommes et le mariage est à la fois un mensonge – on le comprend à la fin du film – et une vérité. C’est un mensonge dans les faits et une vérité dans l’essence. J’aime l’idée qu’une femme mesure le poids de sa séduction en faisant très exactement le contraire de ce qu’il faut faire pour séduire… C’est très féminin, masochiste et orgueilleux à la fois : loin de faire un geste vers le garçon, elle tient le discours qui doit le faire fuir.
Avez-vous aimé jouer sur le décalage de maturité entre les deux personnages ?
Je pense que dans la relation amoureuse et le désir, il n’y a aucune maturité : on renoue totalement avec l’adolescence puisqu’on renoue avec le rêve amoureux qui, en tant que rêve, est du domaine de l’adolescence.
Le seul moment où les deux personnages se retrouvent à égalité semble être la scène d’amour…
Tout à fait parce que la jeune femme régresse, tandis que l’adolescent fait la “brève traversée” vers l’âge adulte. En quelque sorte, il devient un “homme”.
Est-elle tentée de lâcher complètement prise avec la réalité et de ne pas rejoindre sa famille qui l’attend ?
Oui. Elle prolonge d’ailleurs l’instant avec le jeune garçon jusqu’à la dernière seconde possible. On est parfois tenté de faire la politique de l’autruche : tout en sachant qu’on ne basculera pas de l’autre côté, on prend le risque maximum jusqu’à la toute, toute dernière seconde. Comme si ces secondes-là duraient une éternité : l’instant où ils se retrouvent à la proue du bateau s’éternise. Elle-même, fidèle à une sorte de mythologie de l’amour, s’éternise jusqu’à prendre le risque de voir son mari et son amant se rencontrer.
Est-ce qu’elle ne suscite pas la confrontation entre le garçon et le mari ?
J’avais envie qu’au moment où elle passe la douane, elle évoque la Kim Novak de Vertigo, cette femme glaciale qui a le masque d’une autre et qui reste tentée par la révélation de son mystère.
Avez-vous eu du mal à trouver vos comédiens ?
J’ai toujours du mal ! J’ai surtout eu du mal à trouver une comédienne anglo-saxonne parlant suffisamment bien le français pour dire des choses ahurissantes en français pour une étrangère… Je la voulais blafarde et rousse, presque frigide, élisabéthaine. Je n’ai pas eu de mal pour le jeune garçon : Gilles Guillain est le premier que j’ai vu et c’est celui que j’ai choisi.






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