Le monde est un enfer. Et depuis quelques années, son souffle glacé déferle depuis le Nord de l'Europe. Un cinéma brut et cruel, allégorique quand il se joue des codes du film de genre, ou clinique quand il s'agit de décrire les laissés-pour-compte de l'Europe en crise.
Morse (Tomas Alfredson)
À Paris, le festival "Cinénordica" présente ces nouvelles perles venues du froid. En vedette cette année, les bons vieux vampires. Dans son film "Morse", le réalisateur danois Tomas Alfredson renouvelle un mythe vieux comme le monde. Sauf qu'ici, on est aux antipodes du "Nosferatu" de Murnau. "Morse" a aussi reçu la distinction suprême du festival de Gerardmer, puisqu'il a été sacré Grand prix du festival au mois de février.La créature assoiffée de sang, selon Alfredson, a les traits d'une innocente voisine de palier… Mais où vas-tu chercher tout ça, Tomas? "L’hiver frappe dur en Suède (...). Pour des raisons évidentes, c'est un endroit parfait si tu es un vampire".
"Morse" raconte la naissance d’un amour entre deux adolescents dans une banlieue de Stockholm des années 80. Petit hic: la fillette n'est autre qu'une vampirette qui doit rester cachée le jour et se nourrit, la nuit, du sang des habitants de la cité…
Morse - Bande annonce
Manhunt (Patrick Syversen et Nini Bull Robsahm)
Après les buveurs de sang, les dégénérés consanguins planqués dans la forêt norvégienne. "Manhunt" de Patrick Syversen et Nini Bull Robsahm. Un "Deliverance" qui sent le sapin. Leur film au budget dérisoire reprend les canons de la traque façon "Massacre à la Tronçonneuse". Dans les années 70, de gentils adolescents prennent la route pour un week-end de détente. Patatras, ils tombent sur une bande de cinglés.Pour survivre, ils devront être plus barbares que leurs prédateurs!Interdit aux mineurs dans son propre pays, "Manhunt" a eu les honneurs de la "Semana de Terror" de San Sebastian, l'un des plus grands festivals européens consacré au cinéma de genre.
Biberonnés par les films de genre italien des seventies ou les cult-movies à la "Evil Dead", Patrick et Nini importent leur chasse à l'homme au pays des vikings.
Manhunt - Bande annonce
Import Export (Ulrich Seidl)
L'Autrichien Ulrich Seidl, lui, fait de son pessimisme une profession de foi qui nourrit son cinéma depuis 20 ans. Auteur de nombreux documentaires, il applique une trame réaliste à son second film, "Import-export".
Né à Vienne en 52, Ulrich Seidl réalise de nombreux documentaires depuis les années 80. L'Eglise et la foi, les humains amoureux de leurs chiens: son humanité est désespérée comme le sont les six portraits de son premier long-métrage "Dog Days" réalisé en 2002.
Le monde selon Seidl n'est pas sanglant, mais il n'en est pas moins cauchemardesque. "Import Export" est un portrait croisé entre un ex-vigile, amateur de chiens de combat et une jeune infirmière ukrainienne qui quitte son pays pour l'Autriche. Un monde sans espoir, ravagé par l'exploitation de son prochain.
Selon Ulrich Seidl, "des choses que la société ne veut pas montrer. Des tabous qui délimitent le champ de notre existence. C'est la thématique de mes films, désacraliser les tabous comme la mort par exemple."







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