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18/01/12

Cerrone - Le disco selon Marc - Tracks

Un reportage de Dominique Rebellini

Le lion Cerrone connaît la recette du succès sur le bout des cheveux. Quarante ans de tubes et toujours pas un faux pli. Du Club Med au Studio 54, il était une fois la Disco.

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Sans Marc Cerrone, David Guetta ferait tournoyer des pizzas plutôt que des vinyles.

Trente ans avant la french touch, la disco made in France concoctée par le chef Cerrone a déferlé sur les dancefloors, portée par des tubes planétaires comme "Supernature", atomisé à 10 millions d'exemplaires en 77.

Mais Cerrone, c'est d'abord une histoire d'amour fusionnelle : celle d'un homme et de sa batterie.

L'arme fatale, selon Cerrone : c'est un peu de douceur sur un beat qui bastonne. Une recette appliquée dès son premier carton : "Love in C Minor" en 76.



Cerrone est l'apôtre du Do It Yourself. Rejeté par les majors à ses débuts, il préfère tout faire tout seul. Un pari risqué devenu un sacré bingo, avec 30 millions d'albums vendus dans le monde en 35 ans de carrière, cinq US Awards et un Golden Globe du meilleur producteur de l'année en 79.

Batteur, auteur de comédies musicales, producteur, y compris de cinéma, Cerrone multiplie les casquettes et collectionne les trophées qu'il étale sur les murs de son studio parisien. Ami de la famille Jackson, du Dalaï-lama ou de Donna Summer, rien ne l'arrête.
Un incroyable chemin pour ce fils d'un cordonnier et d'une femme au foyer d'origine italienne, né à Vitry-sur-Seine en banlieue parisienne en 52.

Marc Cerrone n'a que 16 ans quand il déboule dans la capitale. Après avoir dormi quelques nuits sous les ponts du quartier Saint-Michel à Paris, il tape l'incruste chez des amies de passage. Son obsession : trouver la faille.

Marc Cerrone : À 18 ans, j’ai trouvé une copine et puis je lui ai dit : "écoute, on va aller à St Trop." Et puis j'ai fait fabriquer un tréteau avec quatre roulettes et j’avais mis ma batterie dessus et devant le Gorille et ses quais, je faisais des bœufs de 7 heures à 21 heures là où les mecs prennent l’apéritif. Et je faisais des solos de batterie et ma copine avec un chapeau melon faisait la manche. On vivait très très bien, on gagnait très très bien notre vie. Et là, un jour, Eddy Barclay, la chance -Eddie Barclay qui était une sommité à l’époque- a mis un petit papier dans le chapeau melon et a demandé que je le rejoigne à table quand je terminais. Et puis ça a fantastiquement bien marché, il m’a fait mon premier contrat. Trois mois après je faisais mon premier single, qui a été un tube. J’avais donc 18 ans et demi, 19 ans, et je n’ai jamais arrêté depuis.

Ce premier groupe est déjà placé sous le signe du beat. À l'époque, on appelle ça de "l'afro-rock" : un improbable mélange de rock psyché et de percussions tribales, ces fameux "congas" qui vont donner leur nom au groupe.



Cerrone raccroche les Kongas et investit dans une boutique de disques qu'il vient d'ouvrir à Thiais, au cœur du gigantesque centre commercial de Belle-Epine en banlieue parisienne. Spécialisé dans les imports des USA, Cerrone distribue la soul musclée et dansante des Trammps, de Mandrill ou de KC and the Sunshine Band.

En 76, il produit son premier disque. Avec trois millions d’albums vendus en quelques mois, Cerrone devient le pape frenchy d'un mouvement planétaire : la disco, avec sa rythmique qui mouline et ses chœurs féminins. Découvert par un DJ du mythique Studio 54, Cerrone tente l'aventure américaine, où il restera vingt ans.



Enfin signé sur une major, il prétend même avoir inventé le mot "disco" : contraction de discothèque. Une modestie qui lui vaut de taper dans le dos de Pelé, de Warhol ou d'Iggy Pop.

Cerrone est propulsé dans la stratosphère. À la fin des années 80, rien n'est trop gigantesque pour lui, comme un opéra géant qui réunit plus de 600 000 spectateurs en 88 à Paris ou un concert à Tokyo en 91 qui fête le lancement de la première télé satellitaire du Japon.



L'un des talents de Cerrone, c'est de surfer en virtuose sur l'air du temps. En 82, titillé par l'électro de Kraftwerk et le rap naissant, il embauche Mimie Mathy pour tourner dans le clip du bien nommé "Panic". Trente ans plus tard, c'est l'Anglaise Elly Jackson, alias "La Roux" qui reprend avec lui le mégatube "Supernature", après Little Louie Vega ou Bob Sinclar dans les années 2000. En Terminator disco, Marc Cerrone survit à toutes les modes.



Tracks
vendredi, 27 janvier 2012 à 01:00
Pas de rediffusion
(France, 2011, 52mn)
ARTE F

Edité le : 30-08-11
Dernière mise à jour le : 18-01-12