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23/06/09

Changement d’adresse

Un film d'Emmanuel Mouret


Un plaisir fugace plus consistant qu’il n’y paraît.

  • Emmaunel Mouret - Partie 1
  • Emmaunel Mouret - Partie 2

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Synopsis : Musicien, David (Emmanuel Mouret) joue du cor et vient s’installer à Paris. Peu fortuné, il songe à la collocation et rencontre par ce biais Anne (Frédérique Bel), gérante d’un petit magasin de photocopies forte d’un caractère liant, qui sera le gage d’une proximité appréciable. C’est naturellement vers elle que David se tourne, surtout quand ses émois envers Julia (Fanny Valette), une jeune femme timide, le trouble jusqu’à la mélancolie.

Critique : Ce « changement d’adresse » à caractère essentiellement postal ne signale conséquemment pas la volonté d’Emmanuel Mouret de se départir d’une habilité stylistique charmeuse éprouvée avec son film précédent, « Vénus et Fleur » (2003), une comédie déjà placée sous le signe de la parole et d’un désir amoureux consommé. Il y a en effet chez ce jeune cinéaste une adresse manifeste à l’élaboration verbale, mêlée à une approche pour une fois directe de la sexualité. Franche sans être violente ou revendicatrice, celle-ci contraste avec la pudibonderie de bon nombre de ses pairs, eux aussi amoureux des mots, mais dont l’ascèse formelle sous-entend immanquablement le caractère platonique des rapports.

Le charme printanier de ce cinéma tient il est vrai à des qualités inhabituelles au traditionnel portrait du jeune homme inhibé. Mouret tient par exemple une excellente idée de scénario grâce à la confusion établie oralement entre son instrument de musique et l’aspect avenant de son physique. « Comme vous devez avoir un beau cor ! » s’exclame Ariane Ascaride, grimée à plaisir en bourgeoise, (ce à quoi personne n’avait songé auparavant, l’inspiration de Mouret se révélant aussi simple qu’originale). « Voulez-vous que je vous le montre ? » répond David de la manière la plus urbaine, et Mouret de ne pas profiter ad nauseum de cette astuce dialectique. Si le récit repose donc sur quelques rebondissements et trouvailles passagères, le cinéaste est attaché à une forme de prédestination qui apporte davantage de consistance à l’ensemble. Le fatum poursuit David et détermine l’issue de son éducation sentimentale. Pour autant, Mouret conserve, comme au terme de « Vénus et Fleur », une note finale en suspend, afin de soustraire son récit doux-amer à un cinéma systématisé et lui garder beaucoup de sa précieuse fugacité.

Julien Welter

Changement d'adresse
mardi, 21 juillet 2009 à 15:15
Pas de rediffusion
(France, 2006, 82mn)
ARTE F

Edité le : 19-06-09
Dernière mise à jour le : 23-06-09