Les tueries sont composées d’une vaste dalle de béton (« the slab ») où les bovins sont égorgés, dépecés, découpés, et d’une élévation noircie par les feux qui servent à griller les têtes, pieds et peaux de bœuf ainsi que des chèvres entières. Les jeunes aides des bouchers caprins vont chercher les animaux. Les chèvres crient à tue-tête pendant qu’on les mène vers la dalle.
Puis d’autres aides viennent prendre du feu chez les femmes qui ont commencé à faire la cuisine devant l’auberge, en enflammant des pneus qu’ils ont au préalable découpés en morceaux.
Quand le feu arrive sur la tuerie, le vacarme des cris des hommes « Mallam, Mallam » se mêle à celui des chèvres, de plus en plus tonitruant. « Mallam » signifie « seigneur » ou « homme » - une manière respectueuse de s’adresser au premier boucher caprin, appelé pour égorger contre 40 Naira l’animal maintenu au sol.
Entre-temps, les aides des marchands de bestiaux et des bouchers bovins vont chercher les animaux dans la bouverie, les pousse tant bien que mal vers le slab – une course à mi-chemin entre l’épreuve de courage et la placidité. Une fois sur la dalle, les premiers bœufs sont jetés à terre, tombent dans un bruit sourd sur le béton ou les flaques de sang tandis que les bonimenteurs haranguent le chaland « Kandapellethead » - Abats ! Peaux ! Têtes ! Les porteurs chargent des quartiers de viande sur l’épaule. Un travail de forçat. Un taureau fendu à demi sur le dos, ils courent vers les bassins de lavage où ils plongent la viande et la nettoie rapidement, reprennent leur charge et traversent le marché pour la bourrer dans les coffres des taxis et camionnettes de livraison qui attendent.






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