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Musicien de jazz comptant indéniablement parmi les plus créatifs, « Charlie » Mingus alimente depuis toujours la controverse : l’impossibilité de classer l’œuvre du pianiste et contrebassiste divise à elle seule les esprits. Mingus lui-même refusait d’ailleurs d’être catalogué dans un genre particulier : dans ses arrangements, compositions et improvisations, il emprunte non seulement au bebop, au dixieland, au gospel et au blues, mais aussi aux sonorités latino-américaine et à la musique classique européenne. En fait, la carrière de l’artiste suit une double évolution : à la fois vers le jazz modal et vers ce qui deviendra plus tard le free jazz (il pousse ses musiciens à l’improvisation collective). En cela, Mingus est sans doute l’un des artistes les plus novateurs que le jazz ait connu. Paradoxalement, cette modernité ne joue jamais au détriment de ses racines, très présentes dans ses références musicales. Avec les grands noms chez lesquels il fait ses armes, que ce soit Lionel Hampton, Charlie Parker, Louis Armstrong ou Duke Ellington, Mingus évolue sur une sorte de méta-niveau musical qui lui permet de jouer, c’est le mot, avec toutes les composantes du jazz.Charlie Mingus constitue dans le jazz une exception à plus d’un titre : le pianiste et contrebassiste ne se voit pas uniquement comme musicien : il fonde un label avec Max Roach, crée des ateliers musicaux et des collectifs de musiciens et entend, à travers sa musique, exprimer un point de vue politique.
Ce concert donné par le Charles Mingus Sextett au Festival de Cornell en 1964 est un document remarquable tant sur le plan historique que musical : après un engagement de deux mois dans le légendaire club new-yorkais « The Five Spot », prêt à partir en tournée en Europe, le sextette est au mieux de sa forme. Les musiciens se répondent du tac au tac ; leur émulation dans le plaisir du jeu les conduit à des sommets de virtuosité. De plus, c’est l’un des derniers enregistrements avec Eric Dolphy, saxophoniste, clarinettiste et flûtiste de génie qui devait disparaître la même année dans des conditions tragiques. Le sextette interprète des compositions de Fats Waller et Duke Ellington, mais la plupart sont des morceaux de Mingus. Deux interprétations méritent une mention particulière : « Fables Of Faubus » et « Meditations », de 30 minutes chacune, dans lesquelles la formation ne cesse de changer de rythme et de style, dans le droit fil du tempérament impétueux de Charlie Mingus.
Matthias Schneider







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