Taille du texte: + -
Accueil > Mouvements de cinéma > Actualité DVD > Actu DVD octobre-2006 > Chefs d'oeuvres du cinéma italien

Actualité DVD

Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

Actualité DVD

Actualité DVD - 25/10/06

Chefs d'oeuvres du cinéma italien

Quatre très grands films italiens en DVD:
"Umberto D." (1952) Vittorio De Sica
"Kapo" (1959) de Gillo Pontecorvo
"Mama Roma" (1961) de Pier Paolo Pasolini
"Œdipe Roi" (1967) de Pier Paolo Pasolini

ailleurs sur le web

Des DVD Carlotta films

Le coffret Antonioni en DVD

La ressortie en DVD de quatre films majeurs donnent un aperçut de l’évolution de l’histoire du cinéma italien des années 50 aux années 70 basée sur une lente digestion des principes du néoréalisme.


« Umberto D » de Vittorio De Sica fut à juste titre considéré à comme l’un des aboutissements ce courant, un Art obnubilé par la représentation de la vérité et de la dignité humaine qui influença durablement l’expression des auteurs de cinéma après la deuxième guerre mondiale et vingt ans de dictature en Italie. Si Luchino Visconti fut le précurseur du néoréalisme avec « Ossessione » en 1942 - et peut-être son représentant le plus radical avec « Terra Trema » (1948)- de même si Roberto Rossellini en fut l’emblème incontestable avec « Rome Ville Ouverte » (1945), « Paisa » (1946) et « Allemagne Année Zéro » (1948), Vittorio De Sica, contemporain avec « Sciuscia » (1946) et « le voleur de bicyclette » (1948), en parachève les intentions définitives avec un chef d’œuvre resté assez confidentiel en 1952, « Umberto D ».
Dans « Cinéma et réalité » (documentaire canadien en bonus du DVD) Cesare Zavattini, scénariste attitré de De Sica et théoricien du néoréalisme, délivre les mots suivants : « Il y a les autres, les autres sont importants, c'est la chose la plus importante. Les hommes qui vivent autours de nous, que font-ils, comment vivent-ils, vont-ils bien? Pour moi le cinéma est avant tout une morale, il est l'Art qui me permet le mieux de connaître et donc d'aimer mon prochain ». Cette idée se traduit dans une esthétique précise qui refuse le spectacle arbitrairement suscité, les personnages devenus inutiles, le langage romanesque, le lyrisme et la théâtralité : « L’ambition est de montrer l'homme dans l'instant présent que notre indifférence due à l'habitude ne nous permet plus de voir. Il faut que le cinéma soit d'abord et avant tout cette charité penchée sur l'individu harcelé par la réalité sociale à un instant quelconque de sa vie ».

« Umberto D » retrace ainsi la détresse d’un vieillard solitaire et miséreux ayant pour seuls compagnons un chien et une petite gosse de 15 ans déjà enceinte, Maria, la bonne à tout faire d’une bourgeoise exaspérante qui refuse de loger Umberto plus longtemps. Incapable de payer sa chambre, ce dernier est livré à la rue, à bout de souffle et torturé par l’idée du suicide. Pour ce film extraordinaire d’humanité, Vittorio De Sica est mu par une tension autobiographique (« Umberto D » est dédié à Umberto De Sica, son père) et il conclue avec lui sa « trilogie de la pauvreté » dont font partie « Le voleur de Bicyclette » et « Miracle à Milan ». Avec « Umberto D » surtout, le cinéaste est fort de principes affinés dans le cadre d’une approche narrative épurée de tout aspect mélodramatique ou sentimental qu’il met au profit d’une démonstration d’autant plus efficace, émouvante et juste, qu’elle est sobre. De Sica affirme ici et mieux que jamais une nouvelle prise de conscience du monde d’où émerge la volonté de tendre la main aux déshérités, aux malheureux, aux marginaux.

Quelques années plus tard, la putain de « Mamma Roma » répondra comme en écho au vieillard Umberto D. Pier Paolo Pasolini disait : « le néoréalisme a représenté le premier acte de conscience critique du point de vue politique et idéologique que l’Italie à eu d'elle même. » Et cette conscience de la réalité qui s’est parfois transformée de manière rageuse chez Pasolini est en adéquation avec celle des pères fondateurs du néoréalisme: la reconnaissance des cruautés d’un monde en guerre qui réduit le peuple au silence, le combat contre toute forme de fascisme qui s’est modifiée par la suite en une lutte contre l’injustice sociale et l’asservissement des individus par le grand capital ou encore par une opposition face à la morale dite « bourgeoise » qui refoulait les plus faibles et refusait les minorités. Et il ne faudrait pas prêter d’autre intention à ces cinéastes italiens de la fin des années 50 qu’une indéfectible croyance dans la capacité d’un Art cinématographique régénéré à témoigner de la réalité pour dénoncer les maux des sociétés contemporaines, solliciter la compassion du spectateur, lui ouvrir enfin les yeux pour qu’il refuse le silence et la tragédie. Bien plus spontanée qu’on pourrait le croire aujourd’hui, cette démarche incita notamment Gillo Pontecorvo à réaliser « Kapo » en 1959, une tentative de représenter « l’indicible » souffrance de détenus d’un camp de concentration nazis au travers du prisme prioritairement documentaire, quasi « néoréaliste ». Or si le film présente des faiblesses, notamment une fin imposée par les producteurs, la description de l’enfer concentrationnaire est bouleversante, exacte, imparable. Certes, la polémique lancée par Jacques Rivette, critique alors aux « Cahiers du Cinéma » dans un texte intitulé « De l’abjection » à propos du travelling considéré comme « amoral » sur la main en contreplongée du cadavre d’une prisonnière suicidée (Emmanuelle Riva) accrochée aux fils barbelés du camp, démontre combien Pontecorvo frayait les limites de l’inacceptable et se risquait à la représentation dans le cadre d’un champ lexical pas toujours contrôlé. Cependant, au delà de la controverse lancée par Jacques Rivette, la vision de « Kapo » frappe aujourd’hui pour cette recherche quasi-maniaque d’authenticité, Pontecorvo réalisant des images parfois d’une telle véracité qu’elles se confondent avec les documents d’archives.
Dans les années 60, les chroniqueurs de cinéma ont loué des films tels « Rocco et ses frères » (1960) de Visconti ou « Mamma Roma » (1961) de Pier Paolo Pasolini comme un retour salutaire au cinéma néoréaliste. Les auteurs n’avaient néanmoins jamais abandonné leurs prérogatives, Michelangelo Antonioni même affublé du titre de « père du cinéma moderne » avec « L’Avventura » n’a jamais évoqué de rupture au contraire d’envisager l’acte cinématographique comme le prolongement d’une quête de « vérité intérieure» et néoréaliste. Si en revanche Federico Fellini semble à lui seul conclure une époque, l’ancien assistant de Rosselini n’a pas oublié les leçons du maître, les transfigure et rejoint la grande tradition du spectacle poétique. Pier Paolo Pasolini fin maniériste et poète qui maudissait la classe moyenne dont il était issu, l’intellectuel qui traitait de la langue du cinéma avec détermination, affiche dès ses débuts et jusqu’au bout un amour du sous-prolétariat qu’il porta comme le fleuron de sa lutte engagée : le néoréalisme d’ « Accatone » ou de « Mamma Roma » désormais entièrement assimilé fin des années 60 irrigue les veines d’un cinéma éclaté, parfois antithétique, autocentré ou le maniérisme, à l’image du courant de peinture dont il s’inspira pour réaliser « La Ricotta », prend le pas sur le
réalisme. Il s’agit cependant toujours d’une quête rageuse de « vérité » qui pousse Pasolini : « Œdipe Roi » inspiré de Sophocle est en réalité le prétexte d’une autobiographie, « ma propre vie mythifiée » disait le cinéaste pour ce premier film en couleur dans lequel il apparaît lui-même à l’écran. Alors qu’il considérait en 1967 être suffisamment vieux pour raconter sa vie, le film est surtout motivé par le besoin de dire sa haine de la petite bourgeoisie - et de lui-même – transposé dans l’Antiquité et dans le mythe. Il reste que chaque visage des non acteurs issus du sous prolétariat qu’il choisissait pour tourner ses films et particulièrement la fin d’ « Œdipe Roi » lorsque le héros est devenu un mendiant aveugle perdu dans la ville, témoignent de cette « charité penchée sur l'individu harcelé par la réalité sociale » que Pasolini ressentait peut-être avec plus de désespoir encore que les fondateurs du néoréalisme mais qui s’inscrivait vibrante, dans la filiation de pensée de l’une des pages les plus belles et courageuses de toute l’histoire du cinéma.

Olivier Bombarda


Les Bonus des films:

Umberto D.:
Cinéma et réalité documentaire de G. Dufaux et C. Péron
Mamma Roma:
La Ricotta de Pasolini
Oedipe Roi:
Enquête sur la sexualité (Comizi d'Amore) de Pasolini
Kapo:
La polémique Kapo
Reflexions autour de Kapo par Rony Brauman

----------------------------------
"Umberto D." (1952) Vittorio De Sica
"Kapo" (1959) de Gillo Pontecorvo
"Mama Roma" (1961) de Pier Paolo Pasolini
"Œdipe Roi" (1967) de Pier Paolo Pasolini
Des DVD Carlotta films
----------------------

------------------------
Envie de réagir : FORUM CINEMA : Toutes vos discussions autour du cinéma, les cycles et la programmation sur ARTE, vos réactions à l'actualité des films en salle, les sorties DVD et les grands festivals internationaux: amis cinéphiles, bienvenue !
---------------------------

Edité le : 24-10-06
Dernière mise à jour le : 25-10-06