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Chine : "Lei Feng : le retour d'un héros idéal"

En Chine, à l'heure des préparatifs des JO, on assiste au retour en force d'un mythe national : le camarade Lei Feng, modèle d'altruisme et de dévouement, sorti tout droit de la propagande initiée par Mao en 1963. Ce petit soldat de la Révolution, héros jeune et tendre, sorte de boy-scout toujours prêt à rendre service, est désormais le modèle à suivre pour atteindre le paradis communiste. Ce héros idéal a été sorti des cartons par les dirigeants chinois qui ont aujourd'hui besoin d'un figure forte pour « re-moraliser » un pays en perte de repères. Lei Feng est présent partout : dans les livres d’histoires, dans les mémoires collectives et individuelles, dans les légendes et les comptines.

Selon l'histoire officielle, Lei Feng est né en 1940 à Wangcheng, petit bourg de la province du Hunan, et devient très vite une icône. Orphelin à 7 ans, issu d'une famille de paysans pauvres, Lei Feng possède un « parcours » exemplaire : un père tué par les japonais, un grand frère mort de maladie, un petit frère mort de faim et une mère désespérée, poussée au suicide. Lei Feng trouve alors une nouvelle famille : le parti communiste chinois. Intégré à une unité de transport de l’Armée de Libération du Peuple, il décède tragiquement en traversant une route en 1962, écrasé par un camion. Il n’avait que 22 ans. Il incarne depuis « le noble idéal du nouveau peuple chinois et l’intégrité morale, l’unité fraternelle et le plaisir de se donner pour le bien être d’autrui ».

Plus de 40 ans après sa mort, le nom de Lei Feng résonne à nouveau. Suivre le bon exemple de Lei Feng est toujours obligatoire dans le système éducatif chinois. Sa photo est présente à l’entrée des écoles et les films qui ont été réalisés sur sa vie y sont forcément étudiés. Le 5 mars est même devenue officiellement « le jour de l’apprentissage de l’enseignement de Lei Feng ». Un jour ou le peuple se donne au peuple. A Fu Shung, dans la province du Lianing, Lei Feng possède un mémorial et un musée à sa gloire. Ses effets personnels y trônent comme les reliques d’un saint. Car Lei Feng, c'est celui qui se donne, et qui donne aux autres.
Une pilule que les dirigeants du parti communiste chinois essaient de faire avaler aux 200 millions de Mingongs, ces travailleurs migrants, des paysans pauvres qui construisent aujourd'hui les grandes centres urbains pour des salaires de misère.
07.06.2008 - Alain Lewkowicz, Marc Sainsauve et Matthieu Lere - ARTE GEIE / Ligne de Mire Productions France 2008