Un coffret de 4 DVD édité par l'INA
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Quelques secondes de la musique de Franz Waxman tirée du film de George Stevens « Une Place Au Soleil » suffisent pour faire affleurer les souvenirs d’un bonheur télévisuel inégalé et disparu au début les années 90, l’ensemble des chaînes de télévision françaises renonçant depuis à faire une place au cinéma, si ce n’est au détour de talk-shows tapageurs ou de « news » empilées à la dernière minute.
Comme l’explique Michel Boujut : « En nous lançant dans l’aventure à partir de janvier 82, nous savions surtout, Anne (Andreu), Claude (Ventura) et moi, ce à quoi nous voulions échapper : la pédagogie qui plombe, les insignifiances promotionnelles, la cinéphilie reconnue d’utilité publique et les plateaux à plantes vertes ». Un quart de siècle plus tard, le « sujet cinéma » à déserté le monde des images cathodiques, la parole et la mémoire s’étiolent à la vitesse des comètes. Or, même en 1982 « Cinéma, Cinémas » arrivait tard. « L’ œillet à la boutonnière d’Antenne 2 » comme le disait Françoise Giroud, était né du désir de créer un magazine libre avec l’idée folle de rattraper le temps, de partir à la chasse de dinosaures exilés, de retrouver, de recueillir l’image et la parole d’auteurs, de producteurs, de scénaristes, de cinéastes, d’acteurs, d’actrices d’hier mais aussi d’enregistrer, avec la préscience du documentaliste, les pulsations de ces animaux contemporains en voie d’extinction, des hommes et des femmes aux destins de cinéma.
Claude Ventura qui a recomposé une série de 12 épisodes d’une heure à partir des séquences les plus emblématiques de « Cinéma, Cinémas », avance aujourd’hui en DVD avec l’INA un bilan archéologique spectaculaire, enfonce le dernier clou pour exposer le portraits d’individus pour la plupart disparus mais qu'il ressuscite de la plus belle des manières : avec style, sensibilité, passion.
Face à « Cinéma, Cinémas » comment ne pas tomber dans la nostalgie irrépressible de ce qui semblait encore possible à l’aube des années 80 lorsque par exemple, Georges Cravenne et le Syndicat des critiques de cinéma français invitaient tous les critiques parisiens à déjeuner et à poser des questions à Orson Welles : le grizzli y répond d’une voix de stentor, « un film est avant tout une affaire d’ouïe avant d’être une question d’image ». Comment ne pas être littéralement stupéfié par Franck Capra qui, en chair et en os, vous raconte qu’il n’a jamais organisé la moindre répétition avec ses comédiens et que ses chefs d’œuvres sont les fruits de la première prise. Comment appréhender sans sourire le destin du superbe Sterling Hayden, pêcheur dans les docks de New York à la fin des années 30, devenu star de cinéma du jour au lendemain du fait d’une photo dans un journal et qui profite du système pendant 17 ans dans le seul but de se payer une goélette pour enfin se tirer de la ville ?
Chaque histoire, chaque rencontre est l’enjeu d’une persistance auditive et rétinienne indélébile, d’une émotion qui tient autant aux regards d’une équipe de réalisateurs sous influence que par la rareté du document rapporté. Ces bouts de vies capturés peuvent aussi être décharnés. Partis à la recherche de visages perdus et de chambres vides, Claude Ventura et Philippe Garnier poursuivent par exemple le fantôme de Louise Brooks dans « Jacumba Hôtel », celui de Fitzgerald dans « 21décembre 1940 » quand André S. Labarthe prodigue un éloge funèbre à Rita Hayworth avec « Adieu Rita », au-delà produisant l’annonce du cataclysme audiovisuel dont on a bien du mal à croire qu’il pût être ainsi diffusé à la télévision. A l’inverse « Revue de détails » est totalement incarné, semble surréaliste tant Catherine Deneuve s'offre à André S. Labarthe. « Cinéma, Cinémas » avance ainsi, entre une liberté hautement revendiquée et le fait de constats lucides, désarmants, en comptant aussi sur une dose d’insolence, un politiquement incorrect providentiel. Qui oserait montrer aujourd’hui Robert De Niro en promo, s’avouant ici « aux frais de la princesse », harcelé (du fait du montage) par un chien qui mord et grogne tant le type là n’a présentement rien à dire. C’est le plaisir d’entendre aussi Godard en bagnole parler télé et des « gros et des maigres » de cinéma, assister à la mauvaise humeur de Pialat, voir les délires de Fellini, de Cassavetes, d’Hitchcock. Les sujets consacrés aux grands maîtres sont toujours agrémentés de la rencontre avec les petits nouveaux de l’époque. On découvre ainsi la fragilité de Charlotte Gainsbourg, celle de Pascale Ogier disparue trop vite, les premiers essais de Béatrice Dalle, des oisillons tombés du nid dans le volcan cinéma, des ponctuations d’espoir au milieu d’une longue liste de noms lumineux qui jalonnent ces 12 heures d’archives vibrantes et magnifiques.






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