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05.10.2006 - 23.20 : tracks - 31/10/08

Cinema et théâtre iraniens

Depuis plusieurs décennies, le cinéma et le théâtre iraniens sont un miroir culturel de la société. Un miroir qui peut s’enorgueillir de quelques succès planétaires. Tracks vous présente quatre réalisateurs de la nouvelle génération.

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Depuis des décennies, les réalisateurs iraniens saisissent les manifestations de leur culture. Leur énergie est celle du quotidien et leur langage se veut direct et simple. Par contre, ici comme ailleurs, pas question de dire tout ce que l’on pense.

Mohammad Rasoulof
"Iron Island", le film de Mohammad Rasoulof a recueilli de nombreux prix lors de festivals internationaux. Mais, il n’a pas pu être projeté en Iran. Le film raconte l’histoire d’une centaine de démunis qui vivent sur un pétrolier désaffecté. Un capitaine autoritaire tire les ficelles de la vie à bord, de l’éducation des enfants jusqu’aux mariages. Les autorités de censure iraniennes critiquent le double sens de nombreuses scènes. Les autorités croient voir dans ce film une allégorie sournoise de la République islamique et, dans le même temps, une critique des structures patriarcales de l’Iran.

Mohammad Rasoulof : "Ils me soupçonnent d’avoir planifié certaines scènes et d’avoir intentionnellement recouru aux doubles sens. Je trouve qu’un tel reproche est dévalorisant pour la spontanéité de mon travail. Parce qu’un film n’est vraiment bon que lorsque les images naissent d’elles-mêmes dans l’esprit du cinéaste. Autrefois, les fonctionnaires de l’Ershad se contentaient de lire les synopsis. Aujourd’hui, c’est tout le scénario qui est passé au crible. Et la censure donne son avis sur tout.
J’ai l’impression que les plupart des censures imposées au cinéma iranien ne sont pas déterminées à l’avance. Elles sont le fait d’un groupe de personnes qui ont cette responsabilité et qui pratiquent la censure en fonction de leur goût et non pas en fonction de lois ou de critères précis. "

Niki Karimi
En Iran, Niki Karimi est une star depuis des années. Les films dans lesquels elle joue font un carton au box-office national. Avec "Une nuit", elle signe ses débuts de réalisatrice. En 2005, le festival de Cannes l’accueille. Il n’en faut pas plus pour qu’elle se retrouve dans le collimateur de la censure. "Une nuit" est l’histoire d’une jeune femme qui, suite à une dispute avec sa mère, erre dans Téhéran et s’abandonne à des rencontres de hasard. Détresse sociale, sexe et prostitution en milieu urbain.

Niki Karimi: "Faire un film en Iran, c’est très compliqué. D’une part parce qu’il y a une autocensure que tu ne remarques d’ailleurs même plus.En d’autres termes, dans mon inconscient, il y a une autocensure qui se produit. Or en tant qu’écrivain, on doit arriver à écrire ou à dire ce qu’on pense. D’autre part, ce qui complique encore les choses, c’est que lorsqu’on écrit un scénario, il faut le remettre à l’Ershad qui peut supprimer certaines scènes ou carrément refuser le scénario. Par exemple, dans « Une nuit », ils ont coupé un quart d’heure de film. Le passage en question disait que dans la société iranienne, un homme pouvait avoir plusieurs épouses. Cela correspond à une réalité. Pourtant, ce passage a été censuré.
Les cinéastes indépendants ont beaucoup de mal, en Iran car ils n’ont pas accès aux financements de la fondation nationale Farabi. Et un producteur privé n’investirait jamais dans ce genre de film, surtout un producteur installé en Iran."

Maziar Miri
Maziar Miri s’est fait connaître à la Berlinale 2006 avec "Gradually ", son deuxième film qui raconte l’histoire d’un homme, abandonné par son épouse, malade mentale. Le réalisateur aborde bon nombre de problèmes politiques et sociaux, notamment ceux concernant les femmes.

Maziar Miri: "C’est comme décrypter les codes des chaînes satellite. En Iran, on décrypte ces codes sans arrêt et les compagnies qui diffusent sur ces canaux changent leurs codes régulièrement. Et tout aussi régulièrement, les codes sont à nouveau décryptés. Pour produire un film en Iran, c’est exactement le même problème. Il faut sans cesse trouver des nouvelles solutions pour obtenir les autorisations, parce que le gouvernement change les règles sans arrêt. Et tout cela en restant dans la légalité.
Le cinéma iranien se classe dans la catégorie du cinéma réaliste, comme le cinéma italien ou bien le cinéma français après la deuxième guerre mondiale. C’est cela qui rend le cinéma iranien intéressant. Voilà d’ailleurs pourquoi, les documentaires iraniens ont plus de succès que les films iraniens de fiction. Mais j’ai l’impression que la nouvelle génération de réalisateurs essaie de travailler d’une nouvelle manière, avec un discours cinématographique nouveau et d’autres techniques de narration. "

Lollipop
La troupe de théâtre « Lollipop », que nous avons rencontrée lors d’une répétition nocturne sur un toit, vit dans un autre monde. La troupe a adapté "Le Malade Imaginaire" de Molière, à la société iranienne d’aujourd’hui, mais en intégrant la pièce dans un environnement très traditionnel. Mais même dans un spectacle de marionnettes, ce n’est pas une mince affaire.
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Jeudi 05 octobre 2006 à 23h20
Rediffusion le mardi 10.10 à 01h10
Rédaction : MME
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Edité le : 04-10-06
Dernière mise à jour le : 31-10-08