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18/01/12

Cliff divers - Les hommes qui tombent à pic - Tracks

Un reportage de Christophe Alonso et Eric Woringer

Ces agités des bassins font basculer le plongeon dans une nouvelle dimension.

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Les cliff divers, les plongeurs de falaises, désertent la monotonie des piscines pour sauter toujours plus haut, depuis des hélicos, des immeubles ou des bateaux.

Ils ne sont pas plus d’une trentaine dans le monde à maîtriser cet art de la chute dans l’eau à près de cent kilomètres heure.

Cette année, la ville de Boston située à trois cents kilomètres au nord de New York, est l'une des sept étapes du circuit mondial des hommes qui tombent à pic.

Depuis 2009, une douzaine de compétiteurs se disputent le titre de champion du cliff diving en sautant d'endroits improbables.

Cette année, c'est le musée d'art contemporain de Boston qui a été réquisitionné. Grâce à une rampe installée sur le toit, les plongeurs ont leurs vingt-sept mètres de vide requis sous les pieds.

Les cliff divers, âgés de 25 à 46 ans et provenant de neuf pays différents, n'ont qu'une dizaine de sauts répartis sur trois jours pour convaincre les cinq juges et décrocher le gros lot.


En 63, dans "l'Idole d'Acapulco", Elvis Presley est prêt à gravir des montagnes pour faire craquer Ursula Andress. Le King qui joue un maître nageur se sent pousser des ailes et relève le défi de sauter du haut de la falaise de la Quebrada, Mecque du cliff diving.

Pour ce film, Elvis n'a jamais posé ses chaussures en suédine bleue à Acapulco, préférant tourner ses scènes aux Etats-Unis. Mais le réalisateur n'a pas eu de mal à trouver une doublure sur place, car depuis le début du XXème siècle, le saut de la mort depuis les flancs de la Quebrada est une tradition locale. Pour ne pas finir aplati comme une crêpe, les plongeurs mexicains doivent sauter au moment où une vague déferle. Un plongeon de quarante et un mètres qui fait le bonheur des touristes américains.



Dès 1587, l'académicien anglais Everard Digby rédige un traité sur l'art de tomber la tête la première. Quelques siècles plus tard, le saut de la mort est une attraction pour touristes dans les pays pauvres comme dans les fêtes foraines.
Le plongeon bascule dans la gymnastique dès les troisièmes Olympiades de 1904. Les juges notent alors la complexité acrobatique des sauts et la capacité des athlètes à entrer dans l'eau sans faire de vagues.
Le seul plongeur à avoir remporté la médaille d’or à trois et dix mètres est l'Américain Greg Louganis qui est aujourd’hui à 51 ans un des juges sur le tour mondial de cliff diving.



En 85, l'Américain Dana Kunze décide d’essayer de battre le record du monde de plongeon et se perche à plus de cinquante-deux mètres. Il est le seul à avoir fait le grand saut sans y laisser de plumes.

Mais on ne plonge pas impunément des falaises sans se faire un peu bobo.
Le Colombien Orlando Duque est la star du plongeon de l'extrême, cumulant dix titres de champion du monde à seulement 36 ans. Ce casse-cou est à l'origine des figures les plus complexes de la discipline, mais début 2011, le Duke se fracture la cheville lors d'une de ses cascades ; aussi, à Boston, est-il est privé de saut.
Le cliff diver Hassan Mouti lui aussi s'est brûlé les ailes. Gravement blessé lors d’un plongeon à Athènes, il a tenté de faire son grand retour à Boston mais a finalement dû jeter l'éponge.

Hassan Mouti : Je voulais faire cinq saltos en avant avec demi-vrille. Personne ne l'a fait auparavant. Ce qui m'est arrivé, c'est ce qu'on appelle le black-out chez les plongeurs : on se perd. On ne sait pas où est l'eau, on ne sait pas où est le ciel, on ne sait pas dans quel sens on tourne. Et c'est ce qui m'est arrivé à partir du moment où j'ai quitté la plateforme. J'étais perdu en l'air. Je voulais faire cinq saltos, malheureusement j'en ai fait six, enfin cinq trois-quarts. J'ai ouvert et je suis tombé sur le flan droit. Ça m'a mené directement à l'hôpital pour vingt-quatre heures. J'ai eu des lésions pulmonaires et j'ai maintenant des problèmes aux rotules et à l'épaule.



Bien sûr, à l'école, tous les cliff divers ont pris l'option natation, mais tous n'ont pas forcément fait sport étude. D'abord VRP, facteurs ou matons, ils ont relégué le plongeon au rang de hobby. Mais à mesure qu'on leur élevait le plongeoir, tous ont fini par se rendre à l'évidence : le cliff diving est un job à plein temps.

Costumés, haut-perchés et parfois enflammés, les plongeurs de l'extrême arrondissent alors leur fin de mois en donnant des shows dans des parcs d’attractions ou sur des bateaux de croisières. Pour eux, c’est un gagne pain mais aussi un moyen de s’entraîner. Comme le Tchèque Michal Navratil, qui à 26 ans est le champion du fun diving. Dès qu'un esturgeon est en danger, il enfile sa cape et se jette dans l'abîme.

Michal Navratil : J’ai arrêté le plongeon en piscine à l’âge de quinze ans. Tout le monde était meilleur que moi et bien plus en avance, parce que la qualité de mes sauts n’était pas si bonne. Mais il y a deux ans, j’ai commencé à faire le superman depuis vingt-six mètres. J’ai arrêté un an pour me concentrer sur des sauts plus techniques et là, les organisateurs m’ont demandé si j’avais toujours la cape d’il y a deux ans. J’ai répondu que oui et alors ils m’ont dit qu’ils voulaient Superman à Boston. Et je me suis dit que c’était une bonne idée.



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mardi, 15 novembre 2011 à 05:00
Pas de rediffusion
(France, 2011, 52mn)
ARTE F

Edité le : 27-10-11
Dernière mise à jour le : 18-01-12