
Trois DVD MK2
2 films "Scandale" et "L'idiot"
Synopsis : Réunion de deux films d’Akira Kurosawa, issus de la première période de sa carrière : « Scandale » (1950) met en scène le combat juridique d’un jeune peintre, dont la rencontre avec une chanteuse à la mode a été exploitée par des paparazzis. Il loue les services d’un avocat sur le déclin, qui se ressaisira pourtant. « L’idiot » (1951) est une adaptation du roman de Dostoïevski, transposée au Japon : Traumatisé par la guerre, un soldat démobilisé est frappé d’une sorte d’idiotie qui l’a rendu altruiste et candide. Il se retrouve au cœur d’un univers bien plus délétère.
Critique : Particulièrement attentive à la circulation de l’œuvre d’Akira Kurosawa, l’édition française s’est déjà agrémentée de deux coffrets dédiés au cinéaste, l’un consacré à ses classiques (qui comprend, chez Arte vidéo, « Le Château de l’araignée » ou « Barberousse ») l’autre recentré sur les polars (chez Wild Side). Plus risqué, celui publié chez MK2 propose deux longs métrages quelques peu occultés. Il est surprenant de voir « Scandale » handicapé par une quelconque forme de marginalisation, tant sa rage et son immédiateté renvoient, non seulement à ce qui a fait la renommée du cinéaste, mais également à ses premiers films, des polars secs et outrés comme « Chien enragé ». Peut-être que le sujet de « Scandale » n’a tout simplement pas l’heur d’appartenir à cette veine noire et policière, de par ses similitudes avec le genre mélodramatique (après tout, le synopsis est très voisin de « There’s always Tomorrow » réalisé par… Douglas Sirk, avec Barbara Stanwyck !). Se plongeant dans un univers contemporain, en raison de l’interdiction édictée par l’occupant américain à l’encontre des sujets historiques, Kurosawa cultive son intérêt pour les codes du film noir américain des années quarante, et les replace au centre d’un débat profondément moral et inconfortable. Inconfortable, « L’idiot » l’est également, mais il faut reconnaître que Dostoïevski et le cinéma ont toujours entretenu des relations peu évidentes. La synthèse scénaristique s’accommode mal des sentiments complexes et entremêlés qui parcourent les textes de l’écrivain russe. De Sternberg (un « Crime et châtiment » avec Peter Lorre) à Bresson (« Quatre nuits d’un rêveur », peut-être son film le plus méconnu), en passant par Visconti (« Nuits blanches » avec Marcello Mastroianni), les grands cinéastes ne cessent de se heurter à l’incompréhension ou à la mésestimation, dès lors qu’ils s’intéressent à Dostoïevski. Kurosawa n’échappe pas à la règle, et son travail mérite une réévaluation profonde. Situé sur l’île Saporo, balayée par les vents froids au nord du Japon, le film s’avance sur un terrain domestique et hostile pour le moins atypique. Neige et intérieurs eux-mêmes glacés enserrent l’habituel paroxysme de Kurosawa dans un jeu de spectres : bal masqué sur glace, longs silences, composition élaborée et sinueuse des séquences… Même le bouillonnant Toshiro Mifune conduit sa virilité vers une démence plus rampante, parfois même hagarde et prostrée, jusqu’au malaise. « L’idiot » est peut-être aussi le plus féminin des films de Kurosawa, parcouru par la superbe musique au lyrisme élégiaque de Fumio Hayasaka et le regard perdu de l’acteur Masayuki Mori, comme sorti d’un film de Murnau… Puisqu’Akira Kurosawa est à ce point célébré par le DVD, autant réhabiliter désormais la part la plus méconnue de son œuvre.
- Les Bonus : Le journaliste Charles Tesson est le principal intervenant de l’appareil critique présent en bonus. Quand chaque film est agrémenté d’un prologue (celui de « L’idiot » rappelle fort à-propos la relation entre le suicide du frère aîné du cinéaste et l’œuvre de Dostoïevski), Tesson insiste aussi sur la forme singulière, voire téméraire, de ces deux films où le champ/contrechamp est perpétuellement contrarié par une composition beaucoup plus dérangeante et évocatrice des séquences. Il rappelle également que le thème des points de vue multiples et divergents, qui a fait la renommée de Kurosawa avec « Rashomon » deux ans plus tard, était déjà présent dans « Scandale », sous la forme des clichés pris par les paparazzis, auxquels on fait dire ce qui semble à chaque fois le plus arrangeant pour, à nouveau, placer le problème de la conscience au cœur du film.
Julien Welter
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Coffret Akira Kurosawa (DVD)
Trois DVD MK2
2 films "Scandale" et "L'idiot"






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