Un coffret Carlotta Films
Les autres films italiens en DVDMichelangelo Antonioni traverse le temps du cinéma avec le profil de l’observateur idoine doté d’une sensibilité d’artiste engagé. L’époque du néoréalisme à laquelle il participe en abordant le cinéma par le biais documentaire, est celle d’un regroupement de jeune gens qui cherchaient à déplacer la caméra de « l’autre côté », sur les rives de l’univers abrupt d’hommes marqués par la pauvreté et les contraintes sociales dont il fallait nécessairement témoigner. Au moment même où Luchino Visconti tourne la première œuvre néoréaliste « Ossessione », Antonioni filme « Les Gens du Pô » (1943) puis « Nettoyage Urbain » (1948) deux documentaires qui traitent d’une réalité que le fascisme occultait jusqu’à interdire sa représentation. Au-delà du courage dont fait preuve Antonioni dans ce deux court-métrages, il donne à voir les rudiments d’une approche fine et silencieuse mue par une volonté de retranscrire la véritable pulsation de la vie et ses moments changeants :
« Je crois que la réalité à un rythme différent, pourquoi éviter les moments d’immobilité et ne s’occuper que des instants de hâte et de vélocité ? ».
Plus qu’une autre, cette marque sera la sienne, la décision de tenir compte du temps comme une condition impérative pour parvenir à capter une vérité dans toutes choses. Loin de relever d’un intellectualisme quelconque, Antonioni qui, dès la sortie sur les écrans de « Chronique d’un amour » sera perçut comme le père du cinéma moderne et d’un langage nouveau, se définit simplement : il est un créateur libre et spontané. Dans « Michelangelo Antonioni, le regard qui a changé le cinéma » de Sandro Lai (documentaire présent dans ce coffret DVD », le cinéaste interviewé en 1969 à l’époque de « Blow Up » confirme: « J'ai fait ce film (« Blow Up ») en essayant d'avoir une réflexion sur ce que je faisais alors que mes autres films je les ai tournés vraiment plus avec les tripes qu'autre chose. Souvent j'allais tourner sans savoir ce que j'allais tourner. J'aimais me retrouver dans un état de quasi-ingénuité ».
Cette innocence revendiquée le porte notamment vers les femmes, au centre de presque tous ses films. Ses muses, Lucia Bosé dans « Chronique d’un amour » et « La Dame sans Camélias » ou Monica Vitti dans cinq films dont « L’Avventura » et le « Le Désert Rouge », parachèvent au final sa vision personnelle du monde:« La femme est un filtre plus subtil de la réalité. La femme est liée à la conception, à la grossesse, à la lune, elle est plus liée au mystère que l'homme. Dans son rapport avec l'homme elle apporte toute cette fascination. »
Mieux encore que l’homme, ces dernières soulignent parfaitement l’errance affective et stigmatisent le phénomène d’incommunicabilité des êtres entre eux, un thème récurent et presque obsessionnel du cinéaste qui évolue au gré d’une autre expertise, celle de la perméabilité des individus face à un contexte spécifique et changeant. « Le Désert Rouge », son premier film en couleur, est emblématique du constat que les hommes et les femmes résultent sensiblement du produit de leur environnement et subissent impassiblement sa loi. Ainsi Monica Vitti dans « Le Désert Rouge » est tout autant « détraquée » que la ville de Ravenne en plein
développement industriel, un lieu où tout paysage disparaît étouffé par les rejets des usines et les produits chimiques. La ville est ainsi le reflet immédiat du changement de vie et du progrès qui peu à peu conditionne nos existences, notre psychologie, notre morale et nos sentiments.Cette révélation portera Antonioni à devenir un infatigable observateur du monde, à Londres pour « Blow Up », aux Etats-Unis pour « Zabriskie Point », en Chine pour « Chung Kuo – Cina », en Afrique pour « Profession reporter », en Allemagne pour « Le mystère d'Oberwald », et ce, sans jamais rien abandonner de son goût et des prédispositions esthétiques qui lui permirent souvent d’être précurseur et de créer une œuvre unique, authentiquement du regard.
Olivier Bombarda
- Les Bonus du coffret
Coffret Antonioni
3 DVD - 3 films: "Le Désert Rouge" - "Chronique d'un amour" - "La Dame sans camélias"
Michelangelo Antonioni, Le regard qui a changé le cinéma (56 mn)Un documentaire exclusif revenant sur la carrière du réalisateur où se mêlent, au gré d’entretiens d’époque, de nombreuses images de tournages, notamment dans le désert, de plateaux et des scènes coupées de films comme L’ Avventura.
Deux court-métrages inédits:
Nettoyage urbain / N.U. (Nettezza urbana) (1948, 11 mn)Un court-métrage documentaire montrant les éboueurs de Rome au travail.
Rayonne (La) (Sette canne, un vestito) (1949, 9 mn)Un court-métrage documentaire sur la fabrication de la rayonne à Torviscosa, près de Trieste.
Le désert et l'oasis (12 mn)Illustré autour d’un texte de Jean-Louis Comolli paru dans Les Cahiers du Cinéma N° 159 (octobre 1964), un retour sur Le Désert rouge et sur le changement de regard que le cinéaste opère sur le monde.
Le(s) sens suspendu(s)(17 mn)Entretien avec Clotilde Simond, enseignante de cinéma à l'Université Paris III. Comment Antonioni utilise les moyens du cinéma pour nous offrir une vision unique de l'être-au-monde du sujet moderne.
Les écrans de la villeEntretien avec Antonioni (11 mn)
Document INA Un entretien d’époque où Antonioni revient sur la genèse du film ("Le désert Rouge"), sur l’univers industriel peint et sur ses personnages.
Rushes Inédits du Désert Rouge (6 mn) --------------------
Coffret Antonioni
3 DVD - 3 films: "Le Désert Rouge" - "Chronique d'un amour" - "La Dame sans camélias"
Un coffret Carlotta Films
--------------------
Les autres films italiens en DVD----------------------
Envie de réagir : FORUM CINEMA : Toutes vos discussions autour du cinéma, les cycles et la programmation sur ARTE, vos réactions à l'actualité des films en salle, les sorties DVD et les grands festivals internationaux: amis cinéphiles, bienvenue !----------------------






Envoyer à un ami
Carlotta films poursuit son exploration du cinéma italien avec un très beau coffret de trois œuvres de Michelangelo Antonioni - « le Désert Rouge » (1964), « Chronique d’un amour »(1950), « La Dame sans camélias » (1953) - et de nombreux compléments autour du cinéaste dont 2 courts-métrages très rares (« N.U ». et « La rayonne ») ainsi qu’un documentaire riche en interviews.
RSS
Facebook
Twitter