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Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

Actualité DVD

27/01/05

Coffret Guy Maddin (DVD)







Coffret DVD édité par
ED Distribution


Quatre Films de Guy Maddin avec Bonus:
"Tales from the Gimli Hospital", "Archangel", "Careful" et "Dracula"



D’où provient la fascinante puissance évocatrice des films de Guy Maddin? John Paizs, premier auteur du Winnipeg Film Group, nous donne un indice à l’aune du constat qu’il énonçait dans la fin des années 70 et qui semble toujours valable aujoud’hui : « Les réalisateurs sont accrochés à la réalité montrant les choses telles qu’elles sont, y compris dans ses aspects désagréables. Je pense qu’ils ont perdu beaucoup sur le plan du récit en sacrifiant trop à la réalité. » Ainsi Guy Maddin renchérissait quelques années plus tard : « Il y a une forte pression du public pour que l’image et le son soient au service d’un réalisme banal, d’avoir des films identiques à la vraie vie. Mais nous vivons la vraie vie. Quand on lit un livre, on a envie d’être transporté dans des endroits merveilleux, et quelques-unes des histoires les plus marquantes qu’on nous ait jamais racontées sont celles que nous écoutions, enfants, blottis sous des couvertures… Pourquoi n’exercerions-nous pas cette tradition de l’enfance dans des formes adultes qui dégageraient ces émotions que les enfants ressentent ? C’est le but que je me suis fixé pour tous les films que je veux faire ». Si le Winnipeg Film Group s’est distingué pour nombres de films novateurs, utilisant la post-synchronisation, le montage et le plan fixe comme sources d’une inépuisable créativité, au travers du manifeste du Salon XXI, Guy Maddin précise quelques règles « pour de meilleurs films » : le choix de l’acteur est crucial, il doit être opéré selon la « physiognomonie(*) » et la « phrénologie(**) » des individus, il met en valeur l’importance de « fourrer » de la poésie dans la démarche de ces derniers ou encore de l’utiliser lorsqu’il dort, l’acteur devenant « la représentation la plus vraie au plan poétique et psychologique de l’être humain ». De même Maddin décrète le décor primordial, « l’air et le sol qui entourent les acteurs » doit être « semés de mystères, de fouillis, de débris, de lambeaux d’arômes, de meurtres à moitié commis et de petits napperons ». Au vertige de l’ornement répondent les intrigues qui « devraient être des intraveineuses d’opiacées s’écoulant goutte à goutte et avec douceur d’un source opaque pour se mêler aux battements d’une personne ». Guy Maddin n’apparaît-il pas simplement comme un chanteur émérite enivré par ses propres préceptes songeurs ? Loin de là : ses films existent ! L’un des plus phénoménaux de sa filmographie est certainement le somptueux « Careful », film qui déclencha l’émeute lors de ses deux projections au festival de New York en 1992. Maddin y met en perspective l’énumération des principes précités et délivre comme à chaque fois, un conte semblant provenir tout droit des débuts du cinéma en parallèle de la période symboliste en peinture, dont raffole et s’inspire également le canadien. Au beau milieu de la ville imaginaire de Tolzbab, l’univers fascinant de « Careful » dans lequel le spectateur se trouve plongé, résulte d’un savant mélange d’angoisses enfantines issues de prudes adolescents qui versent progressivement dans la violences de sentiments liés à l’abandon, l’inceste, au meurtre et à la folie. En parallèle la magie et les mystères dévoilent des vents rugissants de poésie empruntée d’absurde et de raffinements comiques. Il y a dans le trajet de tout spectateur cinéphile, un avant et un après « Careful », de la même manière que ce dernier garde en mémoire pour toujours sa rencontre avec l’œuvre extraordinaire de Guy Maddin.

Olivier Bombarda

(*) Physiognomonie : Science qui a pour objet la connaissance du caractère d'une personne d'après sa physionomie
(**) Phrénologie : Étude du caractère, des facultés dominantes d'un individu, d'après la forme de son crâne.


Dracula – Pages tirées du journal d'une vierge

Ecrit et réalisé par Guy Maddin
(Canada – 2002 – 75 mn)
Avec Tara Birtwistle, David Moroni, Cindy Marie Small…

Synopsis: Angleterre. 1880. Lucy, une jeune fille de la haute bourgeoisie, souffre d’une étrange maladie. Son état inquiète son fiancé qui appelle le docteur Von Helsing à son chevet. Des traces de morsure sur sa gorge indique qu’elle est la victime d’un vampire. Au même moment, Mina, sa meilleure amie, se rend en Roumanie, au chevet de son fiancé, convalescent, recueilli par des religieuses après sa fuite du château du comte Dracula…

Critique: La confrontation du monde singulier de Guy Maddin, aussi poétique que celui de Fellini, avec le mythe de Dracula, adapté par des cinéastes esthètes aussi brillants que Dreyer, Murnau, Herzog ou Coppola, s’annonçait plus que prometteuse. Le pari était d’autant plus excitant que ce film muet, laissant filtrer quelques sons, quelques stridences, se présente sous la forme d’un ballet chorégraphié par Mark Godden sur une symphonie de Gustav Malher, tourné en noir et blanc. Maddin, chef de file du post-modernisme des Prairies, reprend dans ce film la mise en scène qu’il avait expérimentée l’année dernière dans « Heart of the World », un chef-d’œuvre de trois minutes et une ode fulgurante au cinéma. Son noir et blanc se teinte de rouge ou de couleurs sépia, les iris s’ouvrent et se ferment, l’image tremble comme si la caméra espionnait quelque tabou derrière le trou d’une serrure ou à travers des yeux embués. Les mouvements des corps expriment une fièvre et une sensualité qui atteint son paroxysme dans l’amour à mort. Cette version de Dracula s’adresse plus aux sens qu’à la raison. Et malgré quelques longueurs et l’humour si kitsch de Maddin, certaines séquences libèrent une force étrange, par leur étrangeté et leur beauté. Des ombres cherchent un ennemi invisible au travers de ronces, dans la nuit sous une neige de conte de Noël, Dracula qui relève doucement la jupe de Mina pour se protéger du soleil, les rituels de séduction de Lucy, perdue dans un délire d’absolu : toutes ces images reflètent une beauté puissante et inquiétante, peut-être le goût du cauchemar sur le bout de la langue.

Delphine Valloire


Coffret Guy Maddin:
ED Distribution

  • Careful
    couleur, 1990, 100 minutes, VO anglaise, sous-titres français
    Bonus du DVD
    - audio-commentaire du film par Guy Maddin et George Toles
    - bande-annonce du film
    - documentaire de Noam Gonick narré par Tom Waits:"Guy Maddin : en attendant le crépuscule" (60min)
    - déroulant : extraits du journal de Careful
    - extrait du storyboard, cartes promotionnelles et collages de Guy Maddin
    - bande-annonce de "The Saddest Music in the World"
    programme disponible en vo et vostf

  • Tales from the Gimli Hospital
    Noir&Blanc, 1988, 72 minutes, VO anglaise, sous-titres français
    Bonus du DVD
    audio-commentaire du film par Guy Maddin
    deux courts métrages :"The Dead Father" (25 min) et "Hospital : Fragment" (4 min)
    deux déroulants : le winnipeg film group et le manifeste pour de meilleurs films
    bande-annonce de "The Saddest Music in the World"
    programme disponible en vo et vostf

  • Archangel
    Noir&Blanc,1990, 83 minutes. VO anglaise, sous-titres français
    Bonus du DVD
    audio-commentaire du film par Guy Maddin, George Toles, Greg Klymkiw et John Harvie
    bande-annonce du film
    deux courts métrages avec photos et extraits du storyboard: "Odilon Redon" (4 min) et "The Heart of the World" (5 min)
    un déroulant : notes de production sur le tournage du film
    bande-annonce de "The Saddest Music in the World"
    programme disponible en vo et vostf

  • Dracula, pages tirées du journal d'une vierge
    Noir&Blanc teinté, 2001, 75 min
    Bonus du DVD
    audio-commentaire du film par Guy Maddin
    interview de Guy Maddin réalisée par L. Recio - Court-circuit /Arte (10min)
    interview de Guy Maddin sur Dracula par Y. Montmayeur (10 min)
    galerie de photos.
    deux déroulants : biographie et filmographie de Guy Maddin
    bande-annonce de "The Saddest Music in the World"
    programme disponible en vo et vostf



Edité le : 14-01-05
Dernière mise à jour le : 27-01-05