Venise 2004 – Hors Compétition
La conférence de presse (Real Video)
Résumé : Max, taxi de nuit à Los Angeles se donne du cœur à l’ouvrage chaque soir en regardant sa photo fétiche : une île sous les Tropiques. Malgré sa discrétion, il engage une conversation assez personnelle avec une jeune femme procureur, Annie Farrel. Sur un coup de cœur, il lui donne sa précieuse photo. Elle lui donne sa carte. Le client suivant ressemble à un homme d’affaires et l’engage pour la nuit pour cinq rendez-vous consécutifs contre six cents dollars. Mais le premier rendez-vous tourne mal et Max découvre que Vincent est en réalité un tueur implacable qui effectue un contrat : éliminer cinq témoins gênants dans une affaire de drogue pour le compte d’un trafiquant. Vincent prend Max en otage et le force à l’accompagner à travers L.A. de meurtre en meurtre.
Critique : Pour la première fois depuis son chef d’œuvre « Heat », Michael Mann renoue avec un genre qu’il maîtrise en virtuose : le thriller. L’histoire se décompose en un mécanisme d’une rigueur absolue : deux hommes dans un taxi, un tueur en mission et un chauffeur pris en otage, pendant une nuit - soit dix heures. Ils sillonnent de part en part une ville : Los Angeles. Et grâce à la présence surnaturelle de cette ville, ce huis-clos théorique n’en devient jamais un.
Max, le chauffeur, un homme doux enchaîné à ses habitudes par peur de vivre, va, au contact de Vincent, subir une transformation radicale, une révolution en une nuit. Il endure une violence inconnue pour en renaître différent, plus fort. Jamie Foxx joue au-delà de son propre corps l’effroi, l’angoisse, l’incompréhension, la révolte. Pour survivre, son personnage s’adapte au tueur comme on s’adapte à une guerre, la peur au ventre.
Plus que Tom Cruise, assassin minéral qui se fissure imperceptiblement mais irrémédiablement, Jamie Foxx, candide victime puis survivant, porte le film sur ses épaules. Michael Mann sidère une fois de plus par sa mise en scène au cordeau mais néanmoins électrique, par son goût du détail hallucinant quasi « kubrickien » - de la teinte exacte du taxi à la coupe du costume «sur mesure de luxe, qui évoquerait ceux de Kowloon» de Vincent. Selon le même schéma, les dialogues sont ciselés avec finesse : le passé des deux hommes resurgit par bribes pendant leurs conversations, décousues en apparence seulement. Mann se permet même le luxe de quelques répliques à l’humour dévastateur qui accentuent le discours misanthrope du tueur, au hasard de circonstances absurdes.
Los Angeles, 3h du matin, un coyote gris traverse lentement devant le taxi arrêté - silence des deux hommes : un signe à la Melville que la Mort est presque déjà là. Selon une trame ultra-récurrente dans ses films, le héros se heurte au fatum, lancé dans la quête impossible d’un équilibre entre paix intérieure et férocité à l’état pur. Cette férocité fondatrice, qui se révèle dans la chasse, dans l’instinct du tueur, imprime sa marque au film tout entier. Michael Mann transforme sa propre fascination pour cette rage, ce pouvoir en densité, une «essence dans le moteur » qui alimente ses images, les mots prononcés les silences, les mouvements de caméras. Il la transforme en cinéma.
Delphine Valloire
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Collateral
(USA, 2004, 120 mn)
De Michael Mann
Avec Jamie Foxx, Tom Cruise, Jada Pinkett-Smith, Mark Ruffalo…
Venise 2004 – Hors Compétition






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