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Actualité DVD

Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

Actualité DVD

Actualité DVD - 20/11/06

Collection Akira Kurosawa

Un pan conséquent de la filmographie du « kyoshô » à nouveau disponible.

ailleurs sur le web

(Japon, 1948 – 1970)
Avec Toshiro Mifune, Tatsuya Nakadai, Kyoko Kagawa…

Dix double-DVD en édition Collector chez Wild Side Vidéo

Synopsis : Réédition de dix titres de la filmographie d’Akira Kurosawa, répartis sur l’ensemble de sa carrière, des polars de la première période, « L’Ange ivre » (1948) et « Chien enragé » (1949), situés dans les quartiers interlopes du Tokyo de l’immédiate après-guerre, jusqu’à « Barberousse » (1965) et surtout « Dode’s Kaden » (1970), une évocation parcourue de fulgurances oniriques de l’existence d’une communauté déshéritée dans un bidonville, dont l’échec commercial entraîna son réalisateur à commettre une tentative de suicide. Entre-temps, place est faite à certains de ses plus grands succès, de son adaptation de Macbeth, « Le Château de l’araignée » (1957) à l’épique « La Forteresse cachée » (1958), ainsi qu’à plusieurs thrillers contemporains, situés dans les milieu des affaires : « Entre le ciel et l’enfer » (1963) et « Les Salauds dorment en paix » (1960).

Critiques : Wild Side a déjà édité plusieurs des titres de cette collection dans des éditions dépourvues de bonus. Ces dernières n’exploitaient peut-être pas certains des nouveaux masters qui constituent l’une des attractions de ces nouveaux DVD « Collector »… On pourra gloser longtemps sur la nature précise d’une telle entreprise, pourtant familière, entre nécessité du « repackaging » de titres anciennement disponibles (Wild Side n’a pas baptisé sans raison l’une de ses collections « les introuvables ») et problèmes de droits, qui autorisent effectivement de manière épisodiques l’utilisation de documents d’archives ou de copies neuves. Les films de Kurosawa sortent pour le moment intacts de l’enfer actuel du commerce du DVD, et la question du support ne doit pas occulter une fois encore l’importance de cette œuvre, victime à plusieurs reprises d’un autre phénomène, celui du « méconnu car trop connu ». Kurosawa est un cinéaste tant de fois cité dont certains films, ici proposés, sont pourtant inédits dans les salles françaises. C’est le cas de « Vivre dans la peur » (1955), seulement distribué ce mois-ci dans l’hexagone, où le spectre de l’explosion atomique obsède un industriel, jusqu’à la construction d’un abri atomique, son désir d’émigrer au Brésil et son internement dans un asile psychiatrique. Les séquelles de l’horreur atomique et la matérialité de la catastrophe se substituent à la spéculation paranoïaque, pour figurer, comme le dit le critique Georges Sadoul, « la terrifiante vision d’une vie qui bascule dans la tourmente, et les dégâts irrémédiables que la peur, raisonnée ou non, peut engendrer sur celui qui l’incarne ou la transmet ».

D’autres aspects de ce cinéma sont susceptibles d’être envisagés à nouveau. La familiarité du Macbeth de Shakespeare permet à Kurosawa de privilégier la création formelle dans « Le Château de l’araignée », entre ellipses et audaces narratives moins reconnaissables. La volonté de porter à la connaissance du public la réalité tapie de la corruption au sein des grandes corporations engendre par contre une écriture très minutieuse, mais tout aussi complexe, avec « Les Salauds dorment en paix » (1960), un autre film dont la renommée est finalement aléatoire. Des visages déformés par la peur, dont les grimaces pathétiques sont héritées du kabuki, là où le social rejoint le grotesque, jusqu’à une sorte de farce tragique, Kurosawa annonce avec le personnage imprécateur de Nishi (qui d’autre que Toshiro Mifune pour l’interpréter ?) les antihéros des années 1970, le dégoût de la société contemporaine et le romantisme suranné du vengeur, qui combine Sirk et Fuller, une audace qui ne sera remarquée que bien plus tard.

Les bonus : Les documentaires de la télévision japonaise et les interviews réalisées pour l’occasion sont disposés de façon plus ou moins thématique sur les dix double-DVD, c’est-à-dire en rapport avec chaque film. Le film noir « Entre le ciel et l’enfer » est par exemple assorti d’une réflexion sur le suspens selon Kurosawa, quand les bonus de « Sanjuro » détaillent la façon dont le réalisateur des « Sept samouraïs » envisageait le genre du film de sabre. Au détour d’une telle somme, les écueils sont inévitables et certaines interventions versent dans l’hagiographie ou le remplissage, mais l’ensemble a le mérite de cartographier réellement une œuvre vaste et plus hétéroclite qu’on ne le pense. D’autant que le cinéaste lui-même avait pour habitude de s’en tirer par quelques formules consacrées, lorsqu’il était sollicité par les journalistes (« un bon film, c’est quand on ne s’ennuie pas » et autres perles lapidaires). Il est donc précieux de s’en référer aux assistants, scénaristes ou comédiens, plus aptes à présenter la personnalité du kyoshô (grand maître), aussi surnommé l’empereur, une sorte de Jekyll&Hyde tyrannique sur le plateau, mais très chaleureux une fois annoncé le clap de fin.

Julien Welter


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Collection Akira Kurosawa
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Edité le : 24-10-06
Dernière mise à jour le : 20-11-06