Comme tous les après-midiZoyâ Pirzâd
Editions Zulma, janvier 07
Zoya Pirad, nous fait pénétrer dans le gynécée ; derrière les rideaux, les femmes s’activent, laissant vagabonder les années. Elles observent furtivement depuis la fenêtre le monde extérieur, sur lequel glisse leur vie. La plume de Zoyâ Pirzâd, limpide, et dépouillée d’excès narratifs, exprime la poésie de l’infime. Cette beauté de la simplicité est une ode aux femmes, gardiennes du bonheur familial. Une vision qui nous fait retourner dans les souvenirs. Lorsque les femmes, garantes du quotidien, s’occupaient des taches ménagères. Dans ces nouvelles, la constante est le temps qui s’effrite. Les jeunes filles pleines de rêves, devenues mères de famille, voient leurs enfants quitter le domicile. Les cheveux blancs apparaissent, et une vie se termine en chuchotant.
Deux femmes se connaissent depuis l’enfance. L’une d’elles meurt. Les souvenirs défilent, des premiers pas à la vieillesse solitaire. En peu de mots, l'auteure étoffe ces existences de sa vision réaliste, saupoudrée d’onirisme. Une femme, depuis sa fenêtre, regarde son mari rejoindre le domicile conjugal après sa journée de travail. Ce petit point noir qui grandit pour composer la figure de l’homme et jalonne les semaines est un repère temporel. Sans chutes renversantes, les nouvelles expriment le commun, avec une finesse toute féminine.
Des femmes s’accrochent aux détails insignifiants de la vie, pour continuer à la broder. Ainsi, une grand-mère transmet à sa petite fille, l’art de tricoter des fleurs pour un couvre-lit. La couverture s’enrichit au fil des années de l’expérience de la petite-fille devenue une épouse répudiée. Les fleurs aussi parfaites que celles de son aïeule représentent les aléas de son existence.
Ces dix-huit nouvelles mettent en scène des femmes dans leurs journées réglées, qui parfois, déraillent et basculent dans l’absurde, le fantastique. Comme tous les après-midi est une galerie de portraits féminins, humanistes et terriblement réalistes qui savent nous émouvoir.
Alexandra Morardet
- Zoyâ Pirzâd est née en 1952. Elle est romancière et traductrice. « J’éteindrai la lumière », roman non traduit en français, publié en 2001, a connu un grand succès. Il a connu vingt-trois éditions successives. Depuis, le livre a été interdit par le gouvernement iranien. Elle a également traduit Alice au pays des merveilles et des poèmes japonais. « Comme tous les après-midi » est le premier livre traduit en français de l'auteure, écrit en 1991.






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