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28/08/08

Comme un parfum de guerre froide

Avant le 31 décembre dernier, Pyongyang devait démanteler son principal réacteur nucléaire et communiquer les activités liées à son programme nucléaire. Mais le régime communiste fait de la résistance. Et Washington apprécierait des avancées d'ici au 25 février.

Officiellement, ce n'est pas une date-butoir pour Christopher Hill, négociateur américain sur le nucléaire nord-coréen. Une normalisation de la situation à Pyongyang serait toutefois la bienvenue le 25 février, date de l'entrée en fonctions du nouveau président sud-coréen Lee Myung-bak. Ce dernier a d'ailleurs estimé que les deux Corées pourraient ouvrir une nouvelle voie de coopération économique par le biais de la dénucléarisation. Une main tendue donc de la part de Séoul mais aussi un durcissement de ton pour trancher avec le précédent gouvernement qui ne cessait d'allouer des aides au régime nord-coréen.

La carte de l'intox
La réunification pacifique sera donc désormais fortement conditionnée. A priori. Mais pour l'heure, la Corée du Nord joue la carte de l'intox dans les informations qu'elle livre au monde et aux cinq autres pays négociateurs (Corée du Sud, Etats-Unis, Chine, Japon, Russie). Pour respecter l'engagement du 13 février 2007, les autorités nord-coréennes avaient d'ores et déjà annoncé avoir fourni aux Etats-Unis un inventaire de leur programme d'armement nucléaire avant le 31 décembre dernier, conformément au texte. Washington dément et envisage de tenir ses promesses malgré un scepticisme de plus en plus grand. Selon les termes de l'accord, Pyongyang doit démanteler l'intégralité de ses installations nucléaires en échange d'un million de tonnes de fioul lourd ou d'aides équivalentes et aussi de son retrait de la liste américaine de l'axe du mal, ces Etats qui, d'après les Etats-Unis, financent le terrorisme international.
Statu quo donc pour le moment. La Corée du Nord fait la sourde oreille et estime qu'elle n'est pas convenablement traitée par les puissances occidentales. Pékin minimise le retard nord-coréen sur la foi d'un traité d'amitié et d'assistance mutuelle datant de 1961, Moscou reste en retrait pour des raisons de géosécurité qui l'amèneraient à condamner fermement les Etats-Unis en cas de recours à la force contre son voisin asiatique et Tokyo exhorte Pyongyang à fournir une déclaration complète de tous ses programmes nucléaires. Washington, enfin, maintient le régime de Kim-Jong-Il sur son tableau des Etats liés au terrorisme et, au sein-même de l'administration Bush, les avis divergent sur l'engagement de la Corée du Nord.

Rice à Pyongyang ?
Le négociateur Christopher Hill indique que le pays a quasiment terminé la manoeuvre : « La plus grande partie du travail de désactivation sur les trois sites principaux a été achevée », a-t-il déclaré devant une commission du Congrès américain. Il y a le sentiment chez les Nord-Coréens qu'ils ont avancé sur la dénucléarisation plus que nous ne l'avons fait sur la livraison d'énergie promise ». Jusqu'ici les Etats-Unis, la Chine, la Corée du Sud et la Russie ont chacun envoyé 50.000 tonnes de pétrole à Pyongyang qui a déjà honoré huit des dix éléments du processus de dénucléarisation. Parmi eux, la mise hors service du principal réacteur situé à Yongbyon, à cent kilomètres au nord de Pyongyang.
Autre son de cloche, celui du directeur du renseignement américain, Mike McConnell, pour qui « la Corée du Nord poursuit aujourd'hui ses efforts d'enrichissement de l'uranium [...] avec le risque de faire proliférer des armes nucléaires à l'étranger ». La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, veut, quant à elle, tempérer le dossier. Elle voit « un cheminement vers de meilleures relations bilatérales »et n'exclut pas de se rendre à Pyongyang avant la fin de ses fonctions début 2009.

Démonstration de force le 9 octobre 2006
Retour en arrière à présent. La Corée du Nord est entrée dans le cercle des puissances nucléaires après son premier essai souterrain effectué le 9 octobre 2006 à cent kilomètres de la frontière chinoise. Les autorités nord-coréennes avaient mis l'accent sur une utilisation défensive en cas d'une possible attaque d'un pays hostile à la République populaire démocratique de Corée (RPDC) et non sur une arme de première attaque. Cette démonstration de force constitue le point culminant d'une très lente escalade vers l'acquisition de l'arme nucléaire par le régime de Kim-Jong-Il.
Le dernier épisode avant l'explosion du 9 octobre se déroule le 5 juillet 2006 avec le tir de sept missiles dont un de longue portée capable de frapper les Etats-Unis. Le conseil de sécurité de l'ONU réagit dans la foulée, menaçant Pyongyang de sanctions et, finalement, adoptant la résolution 1718 le 14 octobre 2006. La Corée du Nord vit sous le coup d'un embargo toujours en vigueur et l'ONU exige que la RPDC redevienne partie au traité sur la non-prolifération des armes nucléaires – dont elle s'est retirée en janvier 2003 – et aux garanties de l’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) – dont les inspecteurs ont été expulsés en 2002. Aujourd'hui, les rapports avec l'AIEA se sont normalisés.

L'accord-cadre évite le pire
Le lancement du programme nucléaire de Pyongyang remonte à 1958, durant la guerre froide, en réponse au déploiement de missiles au Sud par les Etats-Unis. L'existence du programme nucléaire est découverte par les services de renseignement américains en 1984 et c'est seulement en mai 1992 que l'AIEA peut commencer à mener des inspections destinées à vérifier l'inventaire initial des installations nucléaires de la Corée du Nord. Dès l'été 1992, des écarts flagrants apparaissent entre cet inventaire et les résultats des inspections de l'AIEA à propos du niveau de la production de plutonium. La crise atteint son paroxysme en 1994 quand la Corée du Nord, après avoir accepté une inspection de l'AIEA, lui refuse au dernier moment l'autorisation de prélever des échantillons radioactifs de l'usine de Yongbyon. La Corée du Nord annonce ensuite son retrait de l'AIEA ; la négociation permettra d'éviter le pire.
Un accord-cadre est signé le 21 octobre 1994 entre Washington et Pyongyang. La Corée du Nord gèle alors les opérations en cours dans ses installations nucléaires et promet de démanteler à terme ses réacteurs et son usine de retraitement du combustible. En échange, un consortium multinational s'engage à construire deux réacteurs à eau légère à visée civile de 1.000 mégawatts et à livrer 500.000 tonnes de pétrole par an jusqu'à l'achèvement du premier de ces réacteurs. Objectif : permettre à Pyongyang de produire sa propre électricité. Sans cet accord, la Corée du Nord aurait été en mesure de livrer et éventuellement exporter une douzaine d'armes nucléaires par an. Aujourd'hui, d'après les renseignements sud-coréens, la Corée du Nord disposerait de 40 kilos de plutonium, suffisants pour fabriquer sept bombes atomiques.
Les Etats-Unis, eux, ont toujours freiné des deux pieds pour le principe du nucléaire civil en Corée du Nord. Ce droit est pourtant décrit comme « inaliénable » d'après l'article 4 du traité de non-prolifération .Chine, Russie et Corée du Sud y sont favorables, d'autant que Séoul et Tokyo produisent actuellement environ 40 % de leur électricité à partir de centrales nucléaires et que la Chine prévoit d’élargir massivement ce secteur.

Alexis Fricker

Edité le : 19-02-08
Dernière mise à jour le : 28-08-08


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