de Agnès Jaoui
Avec Jean-Pierre Bacri, Marilou Berry, Laurent Grevill, Agnès Jaoui
(France, 1h50,2004)
Compétition
Synopsis : Lolita Cassard en veut au monde entier car elle ne ressemble pas aux filles des magazines et recherche l’affection de son père, un écrivain qui ne regarde pas beaucoup les autres…
Critique : La compétition cannoise 2004 se révèle jour après jour de très bonne tenue et « Comme une image » le deuxième film d’Angnès Jaoui y participe pleinement. Si « Le goût des autres » portait d’évidence les caractéristiques de la comédie, « Comme une image » change un peu de cap, est d’apparence plus sombre et dénote d’ambitions nouvelles concentrées autours de l’examen des relations père/fille. Suivant les affres de Lolita Cassard (Marilou Berri), Jaoui tient son personnage central, une fille de vingt ans, complexée et en manque d’amour, qui, enfant, devait immanquablement ressembler à l’« Henriette » de Dupuy et Berberian. De manière générale, Jaoui a nombreux de points communs avec ces deux auteurs de bande dessinée. Comme eux elle privilégie toujours un humour mélancolique sur fond de psychologie et dans le trait, le ton, se réfère aussi à l’esprit de la ligne claire.
La direction d’acteur est à ce titre une donnée essentielle du travail de Jaoui, elle qui dans « Comme une image » réussit à leur insuffler avec énergie son goût particulier du jeu et de la drôlerie à tous ses comédiens. En Bacri notamment, elle possède un instrument de choix. Il est le père « qui s’en fout », un égoïste à l’aise dans sa posture d’écrivain célèbre, qui regarde davantage les jolies filles plutôt que la triste mine de sa fille Lolita. Trois autres personnages viennent élargir le champ: Karine, la compagne d’Etienne qui a le même âge que Lolita, Pierre et Sylvia qui forment un couple aux bords de la rupture : lui est écrivain et rencontre enfin le succès, elle est professeur de chant et admire le père de Lolita. Jaoui aime comme Resnais l‘enchevêtrement des histoires et des personnages tout en focalisant son attention sur la solitude des individus dans leurs rapports humains.
A cela se greffent dans « Comme une image » le regard précis de la réalisatrice en ce qui concerne l’idée de pouvoir (le monde de l’édition), la dictature de la beauté et le besoin d’amour impératif inhérent à chacun qu’elle avait déjà épinglé dans le « Goût des autres ».De fait, avec ce deuxième film Jaoui formule avec beaucoup de souplesse une œuvre d’une grande densité confirmant l’intérêt qu’on peut désormais lui porter dans l’univers du cinéma français. Jaoui récompensée à Cannes ?
Olivier Bombarda