Voir la vidéo (real video - 3mn53)ARTE : Comment choisissez-vous vos tableaux? Avec qui collaborez-vous et quelles sont les influences des collaborateurs au niveau du choix des tableaux?
Alain Jaubert : Les facteurs financiers sont très importants du fait que les musées détenteurs des droits sur les images soient coproducteurs des films. Les deux ou trois fois où l'on est sorti des musées en question ou des périodes en question, ça a posé de terribles problèmes. Pour le Seurat, par exemple, qui a été fait sur un tableau détenu par le musée de Chicago, celui-ci voulait des sommes considérables pour simplement le droit de diffuser cette image. Même des oeuvres qui sont tombées dans le domaine public depuis longtemps comme les oeuvres de Seurat ou les oeuvres de Van Gogh continuent à être couvertes par le droit des musées ou le droit des collectionneurs privés, et quelques fois on se heurte à des problèmes terribles. Il est évident que la série marche bien, mais elle ne rapporte rien de comparable à ce que donnent les ventes aux enchères ou la vente de tableaux. Il a fallu aussi persuader les héritiers qu'il ne s'agissait pas d'opération commerciale à grande échelle mais d'opération culturelle, et négocier avec les ayant-droits directement ou les sociétés de peintres, pour leur faire comprendre que le budget d'un film étant une somme donnée, on ne pouvait pas donner des sommes faramineuses.
Commencer la conversation sur ce plan-là, c'est un peu la prendre par le petit bout de la lorgnette, mais c'est un facteur qui au départ ne comptait pas beaucoup et qui a fini par compter énormément. Aujourd'hui si on veut de très belles images, celles-ci coûtent une fortune. Une image de fiction coûte très cher parce qu'il y a les acteurs, la musique, la mise en scène, les équipes, etc.. Alors on parle de films qui valent des dizaines de millions de francs. Evidemment on est dans rien de comparable, mais on peut dire que quelques secondes des images de Palettes coûtent très cher. Je peux donner un exemple: lorsque j'ai voulu illustrer le French Cancan tel qu'il avait été mis en scène par Renoir, il s'est avéré impossible de le filmer tel qu'il est aujourd'hui avec des tissus artificiels qui rendent très mal à la lumière, avec des costumes modernisés, etc.. Evidemment les producteurs et les ayant-droits demandaient des sommes qui à elles seules représentaient le tiers du budget du film, à peu de chose près.
Il y a donc des moments où l'on se trouve devant des impossibilités. Sans oublier qu'il y a énormément d'images qui sont achetées à l'extérieur et qui sont de plus en plus chères. Durant ces trois dernières années, les musées, les ayant-droits ou les possesseurs d'image se défendent de la montée du CD-Rom, d'Internet, et d'un nombre important de bandes d'images, en montant leur tarif de façon considérable. Ceci a commencé à peser très lourd dans la production.
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Interview d'Alain Jaubert
Réalisée en 1998 à l'occasion de la diffusion compléte de la collection Palettes sur ARTE
par Anne Gross, Emmanuel Heyd et José Correia
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