Renoncer à la viande pour protéger l'environnement
Jusqu'à présent, manger de la viande et en quelle quantité était question de goût, de santé, peut-être de poids – en tout cas, c'était un choix personnel. Mais ça pourrait bien changer. Dans le cadre de la protection du climat, « nous devrions réfléchir à notre consommation de viande, qui est élevée » tance Andreas Troge, Président de 'Office fédéral de l'environnement (UBA). Rajendra Pachauri, prix Nobel de la paix et président du Groupe Intergouvernemental d’Experts des Nations Unies sur l’Evolution du Climat (GIEC), enfonce le clou : « Il suffirait que nous mangions moins de viande pour que notre planète se porte mieux ». Une chose est sûre : l'élevage est un gros consommateur de ressources. Selon le type d’élevage et le mode de calcul, les chiffres varient, mais une chose fait l'unanimité : toutes les calories végétales consommées par un animal d’élevage ne sont pas transformées en muscle qui finira plus tard dans nos supermarchés. Les volailles sont plutôt efficaces pour transformer l'énergie, les porcs déjà moins ; quant au bœuf, il consomme plus d’énergie qu’il ne produit de viande. Une calorie animale peut facilement exiger jusqu'à plusieurs dizaines de calories végétales. Au niveau mondial, l’élevage industriel se taille la part du lion : les bêtes ne pâturent plus en liberté, on les nourrit de céréales particulièrement riches en céréales particulièrement nutritives, comme le blé, le maïs et le soja.
« La production de viande concentrant une forte part des ressources, nous devons engager un débat sur l'avenir de l'alimentation » conclut l'Américain Paul Roberts qui, dans un ouvrage intitulé The End of Food (la fin de l'alimentation) appuie là où ça fait mal. Le magazine scientifique américain Nature parle de réveil des consciences, et pour le New York Times, l'ouvrage pourrait bien être « prophétique ». L'hémisphère Nord repu considère avec effroi la demande croissante dans les pays émergents. Depuis 1961, la population mondiale a plus que doublé, la consommation de viande rouge a été multipliée par 4, celle de volaille par dix. Actuellement, la situation est inégale : en moyenne, un Européen mange presque 20 fois plus de viande qu'un Indien. Pour l'instant. L’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) s'attend à ce que la production mondiale de viande double encore d'ici 2050. Des pays pauvres hier se rattrapent, au premier rang desquels la Chine – avec des conséquences planétaires.
L'appétit vient avec la prospérité
« On accuse la Chine de tout et n'importe quoi, de la déforestation au Brésil à l'explosion des prix des denrées alimentaires en Afrique », écrit Roberts, alors que le pays le plus peuplé de la planète ne ferait que reproduire ce que de nombreux citoyens allemands ont connu à l'époque du miracle économique : consommer de plus en plus de viande. « Les chiffres prouvent que tous les peuples augmentent leur consommation carnée au fur et à mesure que leurs revenus s’améliorent » constate Jarvis Lovell, agronome à l'université de Californie à Davis. Miracle économique et escalope vont de pair. Mais on ne pourra pas augmenter indéfiniment la production. Dès aujourd'hui, plus d'un quart des surfaces agricoles mondiales sont des herbages, un tiers des terres cultivables de la planète sont consacrées à la culture de fourrage. La Chine, qui était un gros exportateur de céréales il y a encore une dizaine d'années, n’arrive plus à satisfaire sa propre demande et doit importer du fourrage. Elle est aujourd’hui le premier producteur de viande de porc du monde – et doit quand même en importer pour couvrir la demande.
Les famines – la faute à l'industrie de la viande
Pendant ce temps, 850 millions de personnes souffrent de sous-alimentation. Aujourd'hui déjà, les plus démunis sont victimes des fluctuations des prix de l’alimentaire. En 2007, les Mexicains sont descendus dans la rue pour protester contre la hausse exorbitante du prix de la farine de maïs avec laquelle ils fabriquent les tortillas. En 2008, il y a eu des émeutes de la faim en Égypte, au Bangladesh et en Haïti. Pour Rosamund Naylor, responsable du Programme de la sécurité alimentaire à l'université de Stanford, ce n'est que le début. Elle a comparé 23 modèles climatiques pour le XXIe siècle avec des données empiriques sur des récoltes désastreuses liées à des mauvaises conditions climatiques. Dans le magazine Science, elle tire la sonnette d'alarme : les années caniculaires pourraient devenir la norme, les rendements pourraient chuter. L'économie mondiale de la viande – principale responsable du réchauffement climatique avec un cinquième des émissions de gaz à effet de serre – aggraveront encore ces situations de pénurie.

www.fao.org (site internet de l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture -FAO). Pour tout savoir sur la consommation alimentaire actuelle dans le monde et les perspectives.

« Pour augmenter les chances de survie de la Terre, nous devons adopter un mode de vie végétarien » disait déjà Albert Einstein. Le XXIe siècle sera-t-il végétarien pour tous ? « Jamais aucun programme n’a été mis en place pour encourager systématiquement les gens à faire ce choix » déclare Lovell, « d’ailleurs, je ne crois pas que ce soit la solution ». Pour lui comme pour nombre de nutritionnistes et d’agronomes, rayer totalement la viande de son alimentation n’est pas une solution ; celle-ci résiderait dans un juste équilibre – pour le bien de l’homme et de l’environnement. En 2007, l’université Cornell de New York a quant à elle comparé 42 régimes alimentaires et là aussi, un régime végétarien strict n’est pas apparu comme la solution miracle. L’idéal, pour les scientifiques, serait une alimentation contrôlée, avec peu de viande et d’œufs, afin de garantir une utilisation efficiente des surfaces exploitables.
Le Président de l’UBA, M. Troge, prône le retour du rôti dominical. Pour plus de plaisir ? Un jour viendra peut-être où manger moins de viande – mais produite selon des méthodes intégrées, sera de nouveau quelque chose d’exceptionnel. STEFAN SCHMITT








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