L’exposition itinérante « À chacun ses étrangers ? France – Allemagne – de 1871 à aujourd’hui », présentée à Paris l’année dernière, poursuit sa route. Le Deutsches Historisches Museum l’accueille à Berlin jusqu’au 21 février 2010, dans le bâtiment conçu par l’architecte Ieoh Ming Pei.
La question de l’identité nationale est étroitement liée à la perception de l’étranger. Après la création des Etats-nations au XIXe siècle, l’image de l’« étranger » se définit toujours par opposition à celle que chaque pays a de lui-même.
L’exposition qui se tient au Deutsches Historisches Museum de Berlin est née de la coopération avec la Cité nationale de l’histoire de l’immigration à Paris. Elle compare les représentations de l’étranger depuis 1871 dans le champ de l’imaginaire collectif de part et d’autre du Rhin, à travers des photos, des stéréotypes sur les juifs, les « étrangers », y compris ceux des colonies, et bien évidemment aussi sur les Français et les Allemands.
La première période (1871-1914) fut marquée par des évolutions majeures : outre-Rhin, l’Empire allemand est proclamé après la dissolution des micro-principautés datant de l’époque médiévale ; l’antisémitisme naissant se mue progressivement en un racisme légitimé. Sur cela vient se greffer une conception anthropologique de l’« étranger » né dans les colonies, qui apparaît aussi dans la France de la Troisième république. La crise économique (1873-1896) favorise le nationalisme, la xénophobie et l’antisémitisme. Les étrangers sont suspectés d’espionnage dans la presse.
Une haine farouche de part et d’autre du RhinPendant la Première Guerre mondiale, l’Allemagne brandit les concepts d’une « unité nationale » inconditionnelle et d’une « communauté culturelle, linguistique et ethnique ». Le racisme façonne l’image de l’adversaire militaire : en France, le stéréotype des méchants « Boches » est opposé à celui des Alliés. A l’inverse, les Allemands développent une francophobie quand la France occupe la Rhénanie en 1919. L’entre-deux-guerres permet néanmoins une ouverture. Berlin, avec ses innombrables émigrants de Russie communiste, devient une capitale cosmopolite.
Un des volets de cette exposition est consacré à la période nazie et à la Seconde Guerre mondiale. Le national-socialisme crée une hiérarchie de l’espèce humaine et prive systématiquement de leurs droits ceux qui n’appartiennent pas à la « race supérieure ». Ce racisme ouvre la voie à l’élimination des juifs. Puis le repoussoir bolchevique vient légitimer la guerre d’agression. En France, le régime de Vichy reprend à son compte le racisme nazi, le terrain ayant toutefois été préparé par l’antisémitisme et la xénophobie.
Toujours pas de place pour les étrangers après la Seconde Guerre mondiale ?Après la Guerre, l’Allemagne réussit à intégrer des millions de personnes expulsées des anciens territoires allemands en Europe de l’Est. En revanche, la population accepte mal l’arrivée massive depuis les années 1960 de travailleurs immigrés (Gastarbeiter), des Turcs pour l’essentiel.
La France a besoin de main-d’œuvre pour sa reconstruction, elle accueille donc à bras ouverts de nombreux étrangers, à l’exception des Maghrébins qui se heurtent à une attitude hostile et à un manque de reconnaissance.
L’exposition couvre toute cette période, remontant ainsi aux racines des problèmes qui, aujourd’hui encore, hantent les sociétés française et allemande.
Heike TalkenbergerEn coopération avec le magazine DAMALS – magazine en ligne de l’histoire et de la culture