Meilleurs souvenirs des années 80
Les années 80, ça fait penser avec un frisson d’horreur à la période vestimentaire/capillaire la plus atroce de l’histoire de l’humanité, et puis c’est aussi un climat économico politique bien particulier : fric-fric-fric, cynisme. Mais il y avait également des choses bien en ces années-là, notamment dans le 7e Art. Par exemple, c’est à cette époque qu’à émergé le Cinéma de la Transgression dont parle le documentaire d
’Angélique Bosio, «Llik your Idols» (voir notre entretien), présenté en première française. C’est à cette époque aussi que des films complètement frapadingues, partiellement en voie de disparition, ont été réalisés. L’Etrange Festival en a exhumé quelques-uns en HD ou DVD, à commencer par la plus grosse crise de fou rire collective du festival (ce n’est pas une expérience à

tenter seul), le très improbable
«Turkish Star Wars» de Cetin Inanç. Drôle également, mais plus maîtrisé, poétique et trash,
«Forbiden Zone» de Richard Elfman : une œuvre jusqu’alors quasi invisible en France, mais ça y est, le film va enfin sortir en DVD aux éditions
Le Chat qui fume. Et puis une fois n’est pas coutume, on a pu mater un bon porno SF en salle :
«Café Flesh» de Stephen Sayadian. Plaisir enfin de (re)voir deux classiques en copie 35mm :
«Elmer, le remue-méninges» de
Franck Henenlotter (1988) et
«Meurtres sous contrôle» de Larry Cohen (1976).
Des bonnes choses en perspective
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| © «Des trous dans la tête» de Guy Maddin |
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Le plaisir n’était bien sûr pas uniquement à chercher du côté des films d’antan. Lors de ce 13e Etrange Festival, il y avait des avant-premières tout à fait séduisantes. On citera en particulier
«Mister Lonely» d’Harmony Korine et ses touchants sosies d’icônes populaires,
«End of the Line» de Maurice Devereaux, qui était déjà l’une des bonnes surprises du 25e BIFFF, ainsi que
«Des trous dans la tête» de Guy Maddin, film « muet » beau et cruel. À la base, Guy Maddin voulait qu'il s'agisse d'une œuvre "live" avec la narratrice Isabella Rossellini et un orchestre : chose faite à Toronto et à Berlin, à Strasbourg on s’est contenté d’une bande-son enregistrée. C’est très bien comme ça aussi ! En revanche, petite déception concernant
«Aachi & Ssipak» de Jo Beom-jin, un dessin animé coréen dont le pitch promettait une joyeuse effusion de caca, résultat :
des têtes coupées et des courses-poursuites pendant 1h30… Au début c’est sympa, puis à force, ça lasse. Et autre petite déception concernant l’ouverture :
«Frontière(S)» de Xavier Gens ressemble à un choix de circonstance. Gens, invité phare du festival avec une bonne partie de son casting, est en effet l’un des jeunes réalisateurs prometteurs sur les épaules desquels reposent le renouveau du cinéma de genre français et qui du coup focalisent l’attention. Malheureusement, la passion, l’honnêteté et le savoir-faire ne garantissent pas toujours un film réussi… L’ouverture du festival n’a donc pas convaincu tout le monde, mais la clôture quant à elle, fut une réussite.
«Teeth» de Mitchell Lichtenstein est basé sur une peur ancestrale : le mythe du « vagina dentata ». Dawn, une ado ayant fait vœu de chasteté, possède des dents très tranchantes dans son vagin… Drôle et malin, gore et anti-puritain : sortie prévue en France le 7 mai ! La clôture c’était aussi le moment de décerner le prix du public au meilleur court-métrage, en partenariat avec le magazine
Mad Movies. Deux films ont été récompensés par ce premier Etrange Prix du Public :
«Absence» de Kevin Lecomte et
«Intolérance» de Phil Mulloy (des extra-terrestres qui ont le sexe à la place de la tête et vice-versa !).
L’amour du cinémaCinq jours de festival, des longs/des courts-métrages, une séance pour les enfants (
« Les aventures du prince Ahmed » de Lotte Reiniger), des films expérimentaux, des bandes-annonces démentes (alala, le catalogue Bach Films !),
« désolé, on a pris un peu de retard » à presque chaque projection (LE running gag), des présentations conviviales bourrées d’informations et un dialogue constant avec le public, premier promoteur de l’événement. Car une manifestation comme L’Etrange Festival, exigeante, alternative, ne craignant pas le mélange des genres et défendant haut et forts les vilains petits canards, une telle manifestation n’engrange pas des tonnes de subventions.
L’Etrange Festival a été créé à Paris, il y a quinze ans par deux passionnés,
Vincent Lebrun et
Frédéric Temps – ce dernier réalise par ailleurs, pour les programmes courts de Canal+, une délirante mini-série documentaire,
« Ici l’Ombre », bonus surprise de certaines séances cette année.
L'Etrange à
Strasbourg, c’est le Mad Ciné Club, une association de bénévoles présidée par
Philippe Lux, qui a décidé de délocaliser la manifestation il y a treize ans. Et ainsi, au fil du temps, L’Etrange de Strasbourg, tout en étant lié à celui de Paris, s’est constitué sa propre histoire : présences indéfectibles (soit en personne ou à travers leurs films) de
Bill Plympton (« Les mutants de l’espace ») et du duo
Vincent Patar/Stéphane Aubier (auteurs des séries « Pic Pic le cochon magique» et « Panique au village » –le tournage du long-métrage vient de débuter !), fidélité à
Guy Maddin aussi. Et puis une curiosité sans frontière : à Paris comme à Strasbourg, L’Etrange Festival programmait par exemple des films asiatiques bien avant que cela ne devienne une mode.
Mais seulement tout ça, c’est fragile : pour monter bénévolement chaque année un festival en étant pas toujours sûr de réunir les fonds nécessaires, il faut pas mal d’abnégation et beaucoup de passion. Croisons les doigts pour la prochaine édition strasbourgeoise. Quant à celle de Paris elle est déjà prévue.
Quelques rendez-vous en vracEn attendant le prochain Etrange et d’autant que la case trash d’Arte prend quelques vacances prochainement avant un retour en fanfares dès janvier 2008, comment dans ces conditions avoir sa dose de films pas pareils ? C’est simple habiter/aller à Nantes et se faire chaque semaine une
Absurde Séance. À Montreuil, la structure
Le Peuple qui Manque programme une série de films sur le corps : Genre : norme et transgression où il est possible de découvrir des raretés.
Et puis bien sûr, on attend la programmation spéciale «
35 ans de Mad Movies» prévu du 21 au 30 décembre à la
Cinémathèque Française !Jenny UlrichUn très grand merci à l’équipe du Mad Ciné Club pour la qualité et la convivialité de leur treizième Etrange Festival.
En savoir plus:Mister Lonely de Harmony Korine
Entretien avec Angélique Bosio, au sujet de «Llik your Idols»