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ARTE EDITIONS au Salon du Livre de Paris 2012

De la philosophie, de la géopolitique, de l’histoire, de la jeunesse … autant de thèmes abordés cette année par ARTE Editions au Salon du Livre à travers des (...)

ARTE EDITIONS au Salon du Livre de Paris 2012

VICTOR SEGALEN - 07/08/08

Correspondance

« Pendant que derrière nous les gros cumuli gris se bousculent dans le ciel, en arrière-garde attardée de l’orage d’hier, c’est, en face, dans un ciel pâle, la découpée brutale et douce de l’Ile désirée. Elle se lit, inscrite en violet sombre sur la page délavée du ciel. De gauche à droite : un éperon longuement effilé, puis une crête déchiquetée qui le prolonge, puis deux pics, dont le géant de l’Ile, puis un autre sommet, et encore une pente lente vers la ligne d’horizon. »



Correspondance
(T1 1893-1910, T2 1910-1919)

Victor Segalen
Fayard, 2004
120 €


Plus de 1500 lettres sont enfin réunies dans ces deux volumes. 1300 lettres inédites, 3000 pages, 184 illustrations pour voyager aux côtés du poète explorateur. Commencé dans les années 90, ce recueil n’a pu voir le jour que cette année, provoquant un véritable événement littéraire.
En 1893, Victor Segalen a quinze ans, et se destine à la médecine navale. Ses premières lettres adressées à sa famille, parents, amis, modèles littéraires sont pleines de l’enthousiasme de la jeunesse, d’un intérêt exacerbé pour l’exotisme, d’une recherche de la diversité, de l’ailleurs, du dépaysement et de la découverte. Passionné de littérature, il rencontre Huysmans et Rémy de Gourmont qui lui ouvre les portes du célèbre journal, Le Mercure de France.
De Tahiti à la Chine, Victor Segalen, envoûté par les paysages d’un sublime sans pareil, rédige des poèmes, écrit son éblouissement, ses déceptions à ses proches avec une verve presque enfantine. Sur les traces de Gauguin, il s’emporte, écrit des paragraphes dithyrambiques sur la dispersion de ses œuvres, et s’échine à ramasser tout ce qu’il peut, ayant appartenu au peintre.
« Sa foi est tout entière esthétique, une recherche exclusive de beauté, un désir permanent de tendre partout à la beauté, d’en réaliser un reflet dans ses pensées, dans ses actes, surtout dans ses œuvres et cela sans jamais prétendre à embrasser, ni déterminer, ni fixer la beauté. »

Il rédige « Les Immémoriaux », un roman dont il confie les premières pages à Claude Farrère. En 1905, il épouse Yvonne Hébert, surnommée tendrement « Mavone », fidèle compagne, complice et amie qui le rejoindra dans ses expéditions. Happé par le passé glorieux de l’Empire chinois, il s’embarque pour l’Asie. A la recherche de pans de civilisations perdus, nostalgique d’une époque révolue, presque inconnue, seulement imaginée, il se fait découvreur de beauté. Vivant la révolution républicaine en 1911, ses lettres deviennent les témoignages douloureux d’une Chine en mutation. Ses mots se font parfois acides, d’une amère déception, remplis des préjugés d’une époque, d’un occidentalisme bourgeois.
« Le caractère chinois ne m’est pas sympathique, ou, du moins, ce que j’en vois autour de moi. Je n’éprouve pour lui ni admiration, même défiante, ni sentiment de grandeur ou de force. Toutes ses manifestations autour de moi sont frappées d’infantilisme ou de sénilité. Ils pleurent comme des petites filles, se battent comme des roquets, grimacent comme des clowns, et sont irrémissiblement un peuple de laids. J’excepte l’aristocratie que je n’ai fait qu’entrevoir. »
Les premières ébauches de « Stèles » voient le jour en 1912, et investissent ses lettres.
« Les Stèles chinoises de pierre, contiennent la plus ennuyeuse des littératures : l’éloge de vertus officielles ; un ex-voto bouddhique ; le rappel d’un décret ; une invitation aux bonnes mœurs. Ce n’est donc pas l’esprit ni la lettre, mais simplement la forme « Stèle » que j’ai empruntée. Je cherche délibérément en Chine non pas des idées, non pas des sujets ; mais des formes, qui sont peu connues, variées et hautaines. La « forme Stèle » m’a paru susceptible de devenir un genre littéraire nouveau, dont j’ai tenté de fixer quelques exemples. Je veux dire une pièce courte, cernée d’une sorte de cadre rectangulaire dans la pensée, et se présentant de front au lecteur. »

Désireux de fonder un musée à Pékin, il entreprend une expédition avec Jean Lartigue et Gilbert de Voisins. Arrêtés aux frontières du Tibet par l’annonce de la guerre, Segalen s’embarque pour l’Europe et après quelques mois sur le front belge, il termine à Brest la rédaction de « Peintures ». En 1917, il retrouve la Chine et la région de Nankin mais une certaine lassitude commence à l’étreindre. La correspondance échangée avec Hélène Hilpert avec laquelle, il entretient un amour platonique, devient désespérée et d’une sombre beauté.
« Présence ? Absence ? Et j’ai votre pensée là, pénétrante, approbatrice – et je sais la mienne agréée aussi par vous… Cependant… il y a Ce regard, le vôtre, qui, lui, n’est rien d’humain quand il s’arrête droit sur le mien. Par magie ! je l’ai revu tous ces jours…Je l’ai recueilli, et il vit tout d’un coup, si j’ouvre d’une certaine sorte les yeux. C’est la même flamme que celle révélée, que celle nourrie en lieu sûr…Présence…Absence…Mon Hélène-Amie, cela se confond dans mon élan d’immense affection. »
Huelgoat, écrin magique, réceptacle de multiples légendes est son dernier voyage. Allongé sur l’un de ces fameux rochers lissés par le temps, une flaque de sang sous lui, Hamlet de Shakespeare l’accompagnant, Segalen a trouvé la mort d’un poète et nous laisse ces milliers de lettres, testament exotique d’un homme animé par une curiosité intellectuelle jamais démentie.

Alexandra Morardet


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Correspondance
(T1 1893-1910, T2 1910-1919)

Victor Segalen
Fayard, 2004
120 €
ISBN : 2213619476

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Edité le : 15-12-04
Dernière mise à jour le : 07-08-08