Selon l’artiste, ce « pré » met en abîme la relation symbiotique entre l’homme, la machine et la nature (représentée) ; pour la mettre en scène, elle se sert de la métaphore classique de la photosynthèse : sous l’effet de la lumière, les plantes vertes produisent des glucides à partir de l’eau et du gaz carbonique de l’air, en libérant de l’oxygène. Plus le nombre de visiteurs est élevé dans le hall d’exposition, plus le volume de gaz carbonique exhalé est important, mieux poussent les traits verts qui devraient apporter — tout au moins symboliquement — de l’oxygène à ces mêmes visiteurs humains. Le robot, Translator II, fait office de « traducteur » technologique de cette symbiose où l’homme, la machine et la nature sont interdépendants. « Cela incite le visiteur, qui suit le processus artistique d’une machine aussi sensible à l’environnement, à s’intéresser à son tour davantage au monde qui l’entoure » affirme Sabrina Raaf. «En tant qu'artiste, je veux montrer que l’homme et la machine sont interdépendants et forment ensemble une entité vitale. »
Pourtant, en regardant de plus près la relation réciproque homme-machine-nature, cette vision d'abord poétique et harmonique d’un monde merveilleux revèle une grave erreur de raisonnement — une faiblesse conceptuelle qui démasque le Grower comme étant un exemple d'art multimédia particulièrment naïf: D'abord, le peintre-robot ambulant a besoin de courant pour se déplacer le long de la paroi, d'énergie donc qui, bien que tirée d’une banale prise électrique, n’en provient pas moins, indirectement, de centrales à charbon ou nucléaires polluant. Le robot ne récupère pas le gaz carbonique dégagé par les visiteurs pour s’en servir comme carburant – au contraire, il en produit encore davantage. Le dessin de traits verts, si inspirés soient-ils, ne changent rien à l’affaire. En fait, ce véhicule à quatre roues en évoquerait plutôt un autre – principal producteur de gaz carbonique, cause du réchauffement planétaire et de l’effet de serre : la voiture..
L’observateur attentif ne peut s’empêcher de penser, devant cette installation, à l’obstination avec laquelle le gouvernement Bush dénie les résultats de la recherche climatologique et refuse de signer le protocole de Kyoto - préférant, au lieu de réduire ses propres émissions de gaz à effet de serre, racheter leurs quotas à polluer à ceux des pays qui, par leur politique de reboisement, s’efforcent de faire baisser le taux de gaz carbonique dans l’atmosphère.
On ne saurait excuser l’absence de démarche critique et le silence sur ces contradictions et leur arrière-plan politique en invoquant l’origine américaine de l’artiste. Non sans cynisme, la logique du Grower se révèle être en définitive fidèle à la réalité — à l’encontre même de l’intention de son auteur : les seules choses qui soient ici réelles, c’est l’homme, la machine et le gaz carbonique. Et non l’herbe et l’oxygène frais que l’on attend en vain.
Lien
>> SLe site officiel de Sabrina Raaf
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Cultures Electroniques
Ars Electronica 2005
Un reportage de Jens Hauser
Septembre 2005
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