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Du 7 au 17 février, l’équipe web franco-allemande en collaboration avec la rédaction du Journal de la Culture couvre en direct l’intégralité de la Berlinale.

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Du 7 au 17 février, l’équipe web franco-allemande en collaboration avec la rédaction du Journal de la Culture couvre en direct l’intégralité de la Berlinale.

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Filmfestival Berlinale 2008 - 01/09/08

Damnés de tous pays, unissez-vous !


Ours d'Or du meilleur film : Tropa de elite
Etonnante médaille à deux facettes que celle dont le sommet de ce Palmarès décidé par Costa-Gavras et son jury se trouve orné. Le souci de privilégier des œuvres saisissantes et citoyennes chères à l’auteur de « L’Aveu » est notable, et tout à fait en accord avec la thématique politique et interpellatrice de la Berlinale, mais d’un effet contrasté. Ainsi, la révélation de l’Ours d’or, dont José Padilha est aujourd’hui le récipiendaire pour « Tropa de Elite », à la suite de l’Ours d’argent échu à Errol Morris pour « Standard Operating Procedure » sonne, soit comme un bégaiement, soit comme la déflagration d’un tir groupé.

Certes, l’évocation caméra à l’épaule du conflit brutal qui oppose les unités d'élite brésiliennes aux barons de la drogue dans le premier est formellement différente de la façon dont l’auteur de « The Fog of War » revient dans le second sur les calamiteuses photos prises à la prison d’Abou Ghraïb en 2003. Mais dans chacune de ces deux œuvres alarmées, on entraine des représentants de l’ordre, bien entendu issus pour la plupart des classes populaires, à n'avoir plus aucun scrupule quant à l'usage de la violence et de la torture jusqu'à ce qu'il ne reste presque plus rien de leur humanité. Ces deux œuvres montrent surtout comment une guerre policière ou militaire déforme les personnes et continue de creuser le fossé social d’une nation, qu’elle soit brésilienne ou américaine. A l’heure de la mondialisation, le jury a peut-être souhaité démontrer combien la nation la plus puissance du monde et le pays gouverné par Lula pouvaient se retrouver sur un pied d’égalité.

Grand Prix du Jury : Standard Operating Procedure
Quant aux journalistes, s’ils souhaitaient se rendre à des séances prestigieuses et sur invitation (le film de Madonna, celui de Paul Thomas Anderson), ils étaient contraints de présenter un billet offert par l’organisation du festival avec l’accréditation presse correspondante, afin de ne pas les inciter à la revente auprès des quidams ou des fans en vue d’un profit. Tentés par la manigance et le système D, tous ces pigistes précaires ne pourront qu’êtres sensibles au film de José Padilha, qui nous dépeint le sort de policiers sous-payés, puis incités à la malhonnêteté pour joindre les deux bouts.

Couvert de nominations (et déjà de quelques prix), « There will be blood » de Paul Thomas Anderson traduit un autre dilemme : comment le distinguer quand le prix berlinois risquerait d’être éclipsé par les Oscars, et comment l’évincer alors qu’il est nettement au-dessus du lot ? Le réalisateur américain, déjà honoré par un Ours d’or voilà huit ans avec « Magnolia », repart donc avec deux prix intermédiaires et tout à la fois considérables. De l’art de la contorsion.

Les prix restants, qui distinguent « Lake Tahoe » de Fernando Eimbcke, « Zuo You » (In love we trust) de Wang Xiaoshuai et « Avaze Gonjeshk-ha » (The Song of Sparrow) de Majid Majidi, révèlent le souci d’une certaine cohérence artistique (auteurs de tous pays, unissez-vous !) tirée d’une compétition parfois déroutante. Certains films, sans se révéler mauvais, n’avaient ni la carrure ni l’ambition des œuvres nécessaires à une manifestation de ce rang. Il est vrai qu’il est parfois difficile de suivre Dieter Kosslick, surnommé Dieter « Cosmic » pour sa manière toute à lui d’abolir les frontières du marché du film, de la compétition, des œuvres glamour où figurent les stars nécessaires à l’impact médiatique de la manifestation et des « véhicules » (« Musta Jää - Black Ice », du finlandais de Petri Kotwica) dont le succès commercial constaté dans leur pays entraîne leur présence en compétition, comme les représentants de la bonne santé financière de chaque industrie nationale et européenne. Soit l’équivalent des stands dans une vraie foire internationale.

Meilleur réalisateur : There will be blood
Enfin, on est très content pour la britannique Sally Hawkins, l’enseignante Poppy dans « Happy-Go-Lucky » de Mike Leigh, dont le sourire a illuminé ces dix jours à Berlin comme un rayon de pétulance dans une compétition marquée une fois encore par la gravité. Elle ne dormirait certainement pas dans la baignoire, comme on dit, et cela tranche d’avec le déluge de feu, de mélancolie ou de rage bilieuse observé dans chaque autre film primé.

Julien Welter


Des récompenses politiquement correctes – sans grandes découvertes

Comme cela a déjà été le cas les années précédentes, le jury de la Berlinale a créé la surprise. Il fallait pourtant s'attendre à ce qu'un président de jury tel que Costa Gavras accorde une attention particulière à un film politiquement et socialement engagé. Les récompenses portent sa marque, même s'il a réaffirmé que les décisions ont été prises à la majorité et qu'il n'a pas dû recourir à sa seconde voix. Pour autant, personne ne s'attendait à ce que l'Ours d'Or soit attribué à « Tropa de Elite », le premier film du brésilien José Padilha. Tournée de façon quasi documentaire, cette oeuvre, qui nous montre les interventions brutales des troupes d'élite brésiliennes contre les barons de la drogue des favelas, a suscité la controverse aussi bien au Brésil que lors de la Berlinale.

Le Prix Alfred Bauer : Lake Tahoe
En revanche, les récompenses attribuées à „Happy-Go-Lucky“ (meilleur rôle féminin), à „The Song Of Sparrows“ (meilleur rôle masculin), à „In Love We Trust“ (meilleur scénario), et à celui qui était considéré comme le favori, „There Will Be Blood“ (meilleure mise en scène) devraient mettre tout le monde d'accord, même si le dernier nommé retiendra surtout l'attention lors des prochains « Academy Award ». Le Grand Prix du Jury, attribué à „Standard Operating Procedure“, le premier et seul film documentaire de la Berlinale, a en revanche suscité des réactions moins unanimes, en particulier à cause de l'emploi discutable par le metteur en scène, Errol Morris, de techniques purement cinématographiques visant plus la manipulation émotionnelle que la distanciation documentaire. Peut-être s'agit-il d'une façon engagée de surmonter le scandale de la torture des prisonniers à Abu Ghraib, même si cela paraît un peu trop véhément pour notre regard d'Européens.

Cela mis à part, la Berlinale fut plutôt calme cette année, du moins d'un point de vue strictement cinématographique, car les apparitions des Rolling Stones, de Madonna, de Neil Young et de Pattie Smith ont fait du bruit et beaucoup de publicité, bien que cela ne remplace quand même pas une bonne programmation.
Globalement, on constate que parmi les 23 films en compétition, un grand nombre traite de la mort et de destins tragiques d'enfants. C'est par exemple le cas des deux films allemands « Feuerherz » et « Kirschblüten – Hanami » - malheureusement pas récompensés, peut être à juste titre d'ailleurs -, et aussi de « In Love We Trust », « Gardens oft the night » et de « Kabei », un film empreint de sérénité et d'une grande perfection formelle.

Meilleure interprétation féminine : Sally Hawkins
Peu de films de cette 58ème Berlinale marqueront les esprits, peu de choses à vrai dire, hors mis le beau décolleté de Scarlett Johansson et le sourire irrésistible de Natalie Portman, lors de leur incroyable apparition commune pour la présentation de „The Other Boleyn Girl“, dont on regrette cependant la médiocrité.
Pour l'année prochaine, on est en droit d'espérer une programmation un peu plus excitante...

Thomas Neuhauser

Edité le : 17-02-08
Dernière mise à jour le : 01-09-08