Metropolis : Ça rappelle des souvenirs, le Guggenheim ?Daniel Buren: En 71,s'est déroulée la sixième exposition internationale du Guggenheim. J’ai présenté un travail spécifique, c’était une pièce qui prenait les proportions du centre du Guggenheim et qui partait du plafond pour venir jusqu’à peu près trois mètres au-dessus du sol. C’était que quelqu’un travaillait avec l’architecture proprement dite. Et cette pièce a été installée, elle était presque finie, puis à l’ouverture elle avait disparu. Le musée a décidé de l'enlever sous la pression d’artistes qui étaient à l’époque très importants à New York, à commencer par Jodd et Flevin, qui ont menacé de partir si la pièce n’était pas ôtée.
Metropolis : Et aujourd’hui, 2005, retour en majesté de Buren au Guggenheim ? J’imagine que vous ne revenez pas seulement pour refaire ce qu’on vous avait empêché de faire en 71 ?
Daniel Buren: Non, j’y ai à peine pensé, et très vite j’ai compris que c’était certainement la dernière chose à faire. L’idée sur laquelle j’ai travaillé depuis le début impliquait à la fois l’extérieur et l’intérieur du musée. Jusqu’au moment du 11 septembre.... J’ai compris, sans même parler avec les gens du Guggenheim, que ce serait très difficile de faire quelque chose dehors à New York. Une des premières idées, c’était d’essayer de remettre toute cette architecture dans une boîte. De mettre ce cercle dans un cube...
Le titre de l’exposition, c’est « Dans l’œil du cyclone », ça c’est le titre général. Le centre du Guggenheim, c’est tout le temps le point de référence qui en fait est l’architecture, et là, cette architecture va être bouleversée par cet angle… quand on regarde le musée dans le fond, en fait c’est un œil, et c’est l’œil de l’architecte qui est là, qui regarde ceux qui sont en train de regarder… Mon intrusion, qui est donc l’angle de ce fameux cube qui n’existera pas, ce sera le seul endroit où il y aura 90 degrés, car tout le musée est construit sans jamais un angle à 90 degrés…La rampe va venir se réfléchir dans ces miroirs. Des bandes vertes son dessinées sur toute la rampe, elles mettent une touche de couleur dans cet ensemble très crayeux.
Metropolis : Qu’est-ce qu’il y aura, dans votre exposition, sur les murs de cette cage ?
Daniel Buren: Rien. Pour une exposition personnelle, il n’y aura sans doute jamais eu si peu de choses. Je vais présenter seulement les pièces comme on a déjà vu au Musée d’art moderne de la ville de Paris, qui sont les pièces du tout début, 65-66-67… A l’heure actuelle où on est submergé par un amoncellement absolument ahurissant d’objets de tous ordres, ne montrer presque rien me semble une activité de salubrité publique.
Metropolis : Wright, pour ce que vous en savez, ça l’aurait amusé, ce que vous faites subir au musée, ou il aurait piqué un hurlement absolument monstrueux ?
Daniel Buren: Sa vision de l’art à lui était, à mon avis, très négative, il ne faut pas se voiler la face. Il a lui-même critiqué l’art de son temps, il a en tout cas montré que, aussi beau que ça pouvait être, il fallait quand même la hiérarchie : d’abord l’architecture comme art premier, ensuite la peinture, la sculpture… Et c’est bien là où c’est « L’œil du cyclone », parce qu’à l’extérieur de l’œil du cyclone, c’est le chaos. Donc le chaos, c’est pour les œuvres d’art, et la tranquillité, la beauté, la possibilité d’observer, c’est dans le centre, et le centre, c’est le musée.
ExpositionDaniel Buren
jusqu’au 8 juin 2005
au Guggenheim Museum
New York
>> Le site officiel du Guggenheim à New York
Liens
>> Le site officiel de Daniel Buren
>> Mini-site sur l'exposition
DVD
Daniel Buren
dans la collection "Works & Process"
aux éditions a.p.r.e.s.
>> Le site des éditions apres
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Metropolis
Un reportage de Gilles Coudert et Pierre-André Boutang
Dimanche 15 mai 2005 à 18h05
Rediffusion du samedi 23 avril mars 2005 à 00h40
Rédaction: ARTE France, Online Productions
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