Avec Gustav Leonhardt, Christiane Lang, Paolo Carlini…
Un coffret de 3 DVD aux éditions Montparnasse
Synopsis : Ce troisième volet de l’intégrale des films de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub contient « Antigone » (1991), d’après l’oeuvre de Sophocle, mais dans sa version retravaillée par Bertolt Brecht, elle-même basée sur la traduction de Hölderlin, « Leçons d’Histoire » (1972), également d’après Brecht, et « Chronique d’Anna Magdalena Bach » (1967).
Critique : La pièce maîtresse de ce troisième volet reste « Chronique d’Anna Magdalena Bach », qui se concentre sur l’époque où Johann Sebastian Bach s’installe à Leipzig avec sa famille pour occuper le poste de Cantor dans la prestigieuse école de Saint-Thomas. Dévot et travailleur inlassable, Bach est un homme modeste. Sa position sociale est loin d’être privilégiée. La reconnaissance de sa musique n’a pas encore eu lieu, le talent de ses compositions grandira avec le temps et Bach n’atteindra la gloire que dans les siècles futurs. Mais ce n’est vraiment cela, on s’en doute, qui intéressent les Straub, plutôt le jeu politique qui a tôt fait de s’interposer dans le processus créatif, pour révéler d’abord une question de survie. Les rivalités et l’oppression subies au sein de la direction de l’école de Saint-Thomas ont-elles encore un rapport avec la musique, dont l’objet est la gloire de Dieu et parfois aussi la récréation de l’âme ?
Dans le film des Straub, c’est Anna Magdalena, la seconde épouse du compositeur, qui commente et répertorie le parcours de son mari, sans fioriture : les réflexions et les contrariétés de ce dernier tempèrent sa verve musicale. A l’image, on se doute aussi qu’avec les Straub, le souci du détail historique ne va pas concourir à l’enluminure et qu’il en ira d’une exigence et d’un sérieux, plutôt que de la hauteur et de la pose satisfaite. La forme est généreuse au lieu d’être précieuse, le cadre fixe et la musique en mouvement. Tout un orchestre tient dans un plan, rien ne déborde mais rien ne relève de la compression ou du bourrage. L’économie des gestes les rend plus frappants encore.
Straub et Huillet n’ont pas non plus voulu utiliser la musique, mais la montrer à travers une démarche esthétique. Les séquences musicales ont été enregistrées en live, en une prise pour un plan. La tension qui peut en découler n’est jamais montrée. Gustav Leonhardt, qui incarne Bach, est lui-même musicien. Chaque épisode de la vie du compositeur possède alors une unité aussi impressionnante que les séquences orchestrales. Le couple cinéaste avait mis plus de dix ans pour trouver les fonds nécessaires à sa mise en chantier de ce film, et on réalise dans ce cas combien ce cinéma ne peut laisser indifférent, appelle une position à prendre, à tenir, et rejoint celle de Bach.






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( note Arte: 4 )





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