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19/06/08

Dans la gueule du lion

Interview du cameraman de la BBC Martyn Colbeck


Photographe et cameraman animalier, Martyn Colbeck était sur le tournage de la série documentaire « Planète Terre ». En vingt ans de carrière, ses films et photographies ont reçu de nombreux prix, notamment un Emmy Award pour son travail de cadrage dans « D’un Pôle à l’autre » - premier épisode de la série Planète Terre.

Écoutez l'interview en anglais, dans sa version originale.

La série documentaire Planète Terre a été tournée sur une période
de cinq ans sur plus de 200 sites. Quelles sont vos scènes favorites ?

D’un point de vue personnel, une des scènes les plus exigeantes et qui m’a apporté le plus de satisfaction, était la séquence de la chasse des chiens sauvages dans le delta de l’Okavango au Botswana. Nous voulions filmer la stratégie des chiens sauvages et nous avons choisi de combiner des séquences tournées au sol et des images aériennes tournées depuis un hélicoptère avec une caméra « Cinéflex heligimble ». Au sol, c’était très difficile (rire). J’étais à l’arrière d’un pick-up et nous avons poursuivi une meute de chiens à travers le bush. Une végétation très dense ! Quand les chiens commencent à chasser, ils courent à 100 km à l’heure. On ne peut pas les dénombrer, ils partent dans toutes les directions. Grâce à la coordination entre l’hélicoptère et l’équipe au sol, nous avons fini par réunir petit à petit les éléments pour une séquence cohérente. Imaginez : il m’a fallu deux mois et demi de tournage pour une séquence de quatre minutes !


Certains sites de tournage particulièrement isolés n’avaient jamais été visités par des hommes. Comment les animaux ont-ils perçus la présence de votre équipe ?

Filmer les lions du désert dans une région appelée « The Skeleton Coast », un coin particulièrement isolé du nord-ouest de la Namibie, représentait en effet un défi extrême. Les lions n’avaient pas l’habitude de voir des voitures, donc pour eux toute voiture était suspecte. Autrement dit : nous n’avons pas vu le moindre lion pendant trois semaines (rire).

J’avais deux mois pour tourner cette séquence et je me souviens m’être demandé comment diable nous allions faire pour tourner ce film. Nous avons attendu des jours et des jours sans que les lions ne bougent, mais nous savions aussi que la femelle avait deux lionceaux âgés de quelques mois seulement. Les petits n’avaient pas les mêmes craintes que les adultes et ce sont eux qui sont venus les premiers vers nous. Ils étaient très curieux. Puis, une fois que les lionceaux s’étaient habitués à notre présence, les adultes sont sortis à leur tour. Ils ont fini par se diriger droit sur notre véhicule, jusqu’à pratiquement le toucher. Je doute que quelqu’un puisse retrouver les conditions pour réaliser des images d’une telle beauté. C’était un coup de chance inouï !


Pouvez-vous nous en dire plus sur la caméra Cinéflex heligimble que vous avez utilisée pour les plans aériens tournés depuis un hélicoptère ?

Le gros atout du système Cinéflex heligimble est qu’il s’agit d’un téléobjectif extrêmement puissant fixé dans une bulle à l’avant de l’hélicoptère. Commandé par joystick depuis l’intérieur de l’appareil, il peut tourner sur 360°. On peut ainsi filmer des sujets à très grande distance. A l’origine, c’était un système de guidage développé pour l’armée de l’air américaine. Ce dispositif permet de filmer depuis un hélicoptère sans la moindre vibration - nous pouvions enfin réaliser des plans rapprochés du comportement des animaux sans les déranger dans leur milieu naturel.


Dans le premier épisode, on voit les lions qui tuent un bébé éléphant qu’ils ont réussi à séparer de sa mère. Vous ne vous êtes jamais dit, en tant que cameraman : « Non, je ne peux pas permettre cela ! Je dois sauver cet animal ! »

Non, je n’ai jamais ressenti le besoin d’intervenir. Il s’agit d’un processus normal qui se répète depuis des temps immémoriaux et il faut espérer qu’il continuera encore très longtemps. Il ne nous appartient pas, en tant que cinéastes, d’intervenir dans cette vie sauvage. Cela dit, quand on voit un chien sauvage pris dans une clôture métallique ou un éléphant piégé, ce sont des situations provoquées par l’homme. Dans ce cas, j’estime qu’il est justifié d’intervenir pour soigner l’animal. Mais dans un processus naturel, nous devons nous contenter d’observer et de filmer ce qui se passe. En fin de compte, nous devons faire comme si nous n’étions pas là !


Pensez-vous que des films comme « Planète Terre » sensibilisent les gens à la nature ? Pensez-vous qu’ils peuvent sauver notre planète ?

Je pense que oui ! Je suis sincèrement convaincu que des séries comme celle-là peuvent toucher une très large audience à travers le monde. Nous nous rendons dans des endroits absolument extraordinaires pour filmer des choses que personne n’avait filmées avant nous. Ces images montrent aux jeunes comme aux moins jeunes à quel point notre planète est sensible – et en ceci, il s’agit d’un vrai outil pédagogique. Je pense sincèrement que des séries comme celle-là ont un rôle à jouer pour préserver la nature. Pas directement, mais indirectement.

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Propos recueillis par Tabea Schmitt, ARTE (Juin 2008)

Edité le : 16-06-08
Dernière mise à jour le : 19-06-08


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