Critique : Ce week-end entre amis débute par un joyeux trajet en voiture jusqu’aux rives de la Mer Caspienne, par des blagues potaches et un jeu de mime, pour tourner peu à peu au huis clos anxiogène avec coups de poing et larmes à la clef… Sans virer pourtant au pathos, Asghar Farhadi passe avec une grande finesse d’une situation de pur bonheur (les vacances d’une petite bande de trentenaires attachants) à l’absurdité d’un drame qui va gangrener le groupe. Les réactions radicalement différentes des uns et des autres devant la disparition d’Elly, une fille qu’ils n’ont connue que quelques heures, deviennent autant de « portraits en creux » de chacun, et plus largement de la société iranienne.

Un film de Asghar Farhadi
(Iran , 2009, 119 mn)
Avec Golshifteh Farahani, Taraneh Alidousti, Mani Haghighi…
En compétition officielle

Asghar Farhadi pose extrêmement bien tous les éléments d’une tragédie antique : des coïncidences, malheureuses, des dégâts fortuits causés par une attitude un peu trop altruiste, le « vouloir bien faire » d’une âme charitable. Pour alléger un peu ce côté plombé, il utilise d’excellents acteurs, qui insufflent de la vie, de la spontanéité à cette intrigue cloîtrée dans une villa décatie. De plus il donne à son film un côté puzzle : comme dans « Qui a tué Harry ? » d’Alfred Hitchcock, l’histoire fonctionne à rebours, chacun se refilant la responsabilité de la disparition. Asghar Farhadi laisse planer un beau suspens de scène en scène. Le frère d’Elly est-il son frère ? S’est-elle enfuie ou non ? Rien ne se résout vraiment jusqu’aux dernières minutes. Le réalisateur évite aussi l’excès de concept, ou de théâtre dans sa mise en scène et sa direction d’acteurs. Il construit son récit en spirale, de l’interrogation jusqu’à la certitude, puis laisse le vertige de la culpabilité continuer ses ravages.
Delphine Valloire







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