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Berlinale 2009

Du 05 au 15 février, retrouvez toute l'actualité de ce prestigieux festival du film dans notre dossier.

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Berlinale 2009

Berlinale 2009 - Compétition officielle - 12/02/09

Darbareye Elly

Un film d'Asghar Farhadi


( note Arte: 3 ) Asghar Farhadi réussit un bon drame intimiste en huis clos avec ce qu’il faut de suspens, de jeu et de ressenti pour convaincre.

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Synopsis : Ahmad revient d’Allemagne en Iran pour un bref séjour après son divorce et ses amis de l’université l’emmènent pour trois jours de vacances au bord de la mer Caspienne. Sepideh, une des femmes du groupe, a pris l’organisation du week-end en main. Elle a également invité Elly, une puéricultrice de la crèche où elle emmène sa fille. Ahmad qui sort d’un mariage malheureux avec une Allemande aimerait refaire sa vie avec une Iranienne et Sepideh a arrangé subrepticement ce week-end pour qu’il rencontre Elly. Elle va désormais capter toute leur attention, les uns et les autres lui trouvant mille qualités. Le second jour, un incident grave survient et Elly disparaît…

Critique : Ce week-end entre amis débute par un joyeux trajet en voiture jusqu’aux rives de la Mer Caspienne, par des blagues potaches et un jeu de mime, pour tourner peu à peu au huis clos anxiogène avec coups de poing et larmes à la clef… Sans virer pourtant au pathos, Asghar Farhadi passe avec une grande finesse d’une situation de pur bonheur (les vacances d’une petite bande de trentenaires attachants) à l’absurdité d’un drame qui va gangrener le groupe. Les réactions radicalement différentes des uns et des autres devant la disparition d’Elly, une fille qu’ils n’ont connue que quelques heures, deviennent autant de « portraits en creux » de chacun, et plus largement de la société iranienne.

Darbareye Elly
Un film de Asghar Farhadi
(Iran , 2009, 119 mn)
Avec Golshifteh Farahani, Taraneh Alidousti, Mani Haghighi…
En compétition officielle
Le film se construit donc très intelligemment par paliers. Chaque fois que le réalisateur donne une réponse, il sème un autre doute. Comme dans les « Six personnages en quête d’auteur » de Pirandello, les différentes versions de l’histoire par tous les membres du groupe ne révèle aucunement la réalité : la disparition n’a pas de témoin. C’est donc une vérité impossible. Cette quête en bord de mer rappelle évidemment celle de « L’Avventura » d’Antonioni en plus âpre, avec moins d’abstraction. Cette Elly réservée que personne ne connaît vraiment est une énigme parfaite. Seule Sepideh, qui la connaît un peu, cache certains indices aux autres.

Asghar Farhadi pose extrêmement bien tous les éléments d’une tragédie antique : des coïncidences, malheureuses, des dégâts fortuits causés par une attitude un peu trop altruiste, le « vouloir bien faire » d’une âme charitable. Pour alléger un peu ce côté plombé, il utilise d’excellents acteurs, qui insufflent de la vie, de la spontanéité à cette intrigue cloîtrée dans une villa décatie. De plus il donne à son film un côté puzzle : comme dans « Qui a tué Harry ? » d’Alfred Hitchcock, l’histoire fonctionne à rebours, chacun se refilant la responsabilité de la disparition. Asghar Farhadi laisse planer un beau suspens de scène en scène. Le frère d’Elly est-il son frère ? S’est-elle enfuie ou non ? Rien ne se résout vraiment jusqu’aux dernières minutes. Le réalisateur évite aussi l’excès de concept, ou de théâtre dans sa mise en scène et sa direction d’acteurs. Il construit son récit en spirale, de l’interrogation jusqu’à la certitude, puis laisse le vertige de la culpabilité continuer ses ravages.

Delphine Valloire

En un clin d'œil, consultez la notation des journalistes ARTE de tous les films en compétition.

Edité le : 30-01-09
Dernière mise à jour le : 12-02-09