Taille du texte: + -
Accueil > Mouvements de cinéma > Actualité Cinéma > Actu cinéma du 8 novembre 2007 > Darling

Actualité Cinéma

Pour ceux qui aiment les macarons… (ou les costumes ou Michelle Pfeiffer)

Actualité Cinéma

Sortie du 07 novembre 2007 - 14/08/08

Darling

Un film de Christine Carrière


Le récit terrassant d’une vie, porté par l’actrice Marina Foïs à la fois terrienne et lunaire.

De Christine Carrière
(2007, France, 1h33)
Avec Marina Foïs, Guillaume Canet, Marc Brunet…

Une coproduction ARTE

Synopsis : La Basse-Normandie, les fermes au bord de nationale et une jeune femme dans un short trop petit. Elle court, elle court, talonnée par des semi-remorques qui défilent, innombrables. Elle s’appelle Darling (Marina Foïs). Devenue adulte, elle nous raconte sa vie, de l’enfance à aujourd’hui : une petite apocalypse où l’absurde se mêle à un cauchemar éveillé et d’où le rire n’est pas absent, même si personne ne sait vraiment quand il y a lieu d’en rire.

Critique : Ce film français, on ne l’avait pas encore vu, ce conte représenté par une vendeuse d’allumettes contemporaine, en jogging, et un croquemitaine imbibé de 33 Export, des figures pourtant aisément reconnaissables dans le paysage hexagonal, on ne nous ne l’avait pas encore présenté de cette manière. C’est à peine le troisième film de Christine Carrière, une réalisatrice découverte avec « Rosine » (1994) et « Qui plume la lune ? » (1999), comme si son cinéma ne rentrait dans aucune case. A mi chemin de Bess dans « Breaking The Waves », de la « Rosetta » des Dardenne et d’un personnage de Florence Quentin et Etienne Chatillez, cette Darling craque il est vrai les coutures et se cogne dans toutes les portes. Ce faisant, elle échappe au catalogage, incarnée par Marina Foïs qui réalise l’exploit d’être à la fois terrienne et lunaire. Christine Carrière a adapté « Darling », un roman de Jean Teulé qui avait permis à ce dernier de quitter l’univers de Canal + en rédigeant-là les mémoires d’une de ses cousines éloignées, résumées en un tourbillon cafardeux et parfois grotesque où la fiction peut parfois se révéler incompétente à embrasser pleinement la réalité.

Comme son personnage principal et contusionné, le film choisit cette route aventureuse, toujours à deux doigts de se planter dans le décor normand. Le fil de son intrigue, où les souvenirs se répercutent les uns aux autres, dans l’ivresse du besoin de témoigner chez une jeune femme issue d’un milieu où on est habituellement prié de se taire, est lui-même continuellement sur le point de ce casser. Pour restituer cet univers instable, où les flash-back pleuvent aussi soudainement que les coups, Christine Carrière et ses comédiens semblent effectivement se jeter dans le vide, mais ni la complaisance du romantisme noir, ni la sécheresse de la pédagogie pour le petit écran ne viennent briser leur élan. Le spectateur est comme emporté et son imagination lui reflète des images bien plus violentes que celles qu’il voient défiler sur l’écran : c’est la principale qualité d’un scénario qu’on suppose avoir été bien difficile à écrire. Sa conclusion, bien amenée, permet aussi de chasser toute idée de gratuité et de raccorder les bribes de cette biographie en lambeaux. Et pour une fois qu’un projet plutôt risqué inclut le nom de Guillaume Canet (même si ce garçon de bonne famille est tout à fait intéressé à l’idée de montrer combien il peut incarner un personnage aussi calamiteux, jouant de la similitude entre la fanfaronnade pathétique de l’alcoolique et le sourire de cuistre de la vedette), cela vaut bien la peine de s’égarer sur les routes de Basse-Normandie.

Julien Welter


----------
Darling
De Christine Carrière
(2007, France, 1h33)
Avec Marina Foïs, Guillaume Canet, Marc Brunet…
Une coproduction ARTE
----------

Edité le : Tue Nov 06 17:05:42 CET 2007
Dernière mise à jour le : Thu Aug 14 12:07:02 CEST 2008