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Cultures Electroniques

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Cultures Electroniques

Du 28 novembre au 7 décembre 2008 - 04/12/08

Data meanings : le sens des données, au pluriel.

Qu’est-ce que racontent les chiffres, les donnés, les statistiques ?


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Valeurs boursières, prises pour paroles d’évangile dans les domaines de l’économie, code d’accès pour échanges d’objets capitalisés chez E-bay, unité de mesure sémantique pour le grand Google : tout est quantifié, mouliné, analysé selon des critères qu’une poignée d’artistes s’emploie à substituer, détourner, ou transposer humour, graphs et cartographies à l’appui.


Mais qu’est –ce que veut dire, ici, le clic unique, le [+ 1] de Closky ? Tout a commencé un beau jour du mois de janvier 2000. Un compteur sur fond d’ écran bleu, un ordinateur, une souris. Une Oeuvre : éradiquant les autres, provocante et drôle. Valorisante aussi : tu cliques [+ 1], la valeur du compteur augmente. Elémentaire. Il ‘y a rien à comprendre. Pourtant être ou ne pas être le numéro 13 230, n‘est pas rien. Je suis là, il n’y a pas d’autre choix. Ou alors, je ne joue pas. Mais déjà le scénario opère.

Scénariser

« First there was silence...
Then there was data...
But there was no story...
Just images and sounds... »
The Sound of eBay
brought to you by UBERMORGEN.COM

Raconter une histoire c’est ce qui importe à Hans Bernhard, du groupe UBERMORGEN.COM qu’il forme avec sa femme Lizvlx : « Pénétrer les mass medias avec un bon scénar et des moyens low tech », ça peut se résumer ainsi, admet l’instigateur d’un magnifique canular fomenté lors des élections américaines qui opposaient G.W.Bush et Al Gore en 2000. Le site www.vote-auction.net, proposaient alors très sérieusement aux citoyens américains d’offrir leur voix au plus offrant. Un hoax qui valut aux artistes, une médiatisation sans précédant et des démêlés épistolaires avec la justice dont ils firent une sculpture de 700 kg de papier, exposée au Landhaus Museum de Linz !

« Nous avons découvert l’internet en même temps que le LSD alors que nous étions étudiants en école d’art à Vienne, résume Hans. Nous avons tout de suite compris le potentiel fabuleux qu’offrait cet outil de convergence, art-science et recherche, nous permettant de travailler à distance tout en disposant d’une plate-forme de communication mondiale. » C’est ainsi qu’est né etoy au début des années 90 : une association d’artistes, devenue société par action, pour le partage de l’art et de la culture, dans le monde et dans le temps !

Etoy s’illustrait par le transport de containers, de la même façon que les informations transitent par paquets dans une liaison TCP_IP, agissant en tant qu’entreprise globale, avec toute la nomenclature des « world company ». Or la réalité rattrapa la fiction quand une société de placements boursiers du même nom revendiqua sa primeur du copyright, dans « le monde économique réel » prétextant que le détournement de leurs internautes – investisseurs potentiels - au profit des facéties des cyber-artises représentait un manque à gagner de 4, 5 milliards de dollars. La force du virtuel face à la puissance des affaires venait d’être démontré ; le procès n’était cependant pas gagné, malgré la légitimité d’etoy.

Le groupe UBERMORGEN.com -en français, « Après-demain »- manipule chiffres et concepts avec plus d’un coup d’avance sur l’échiquier.

« Pour ces rencontres Paris-Berlin-Madrid nous présentons le dernier volet de la trilogie EKMRZ (e-commerce), explique l'artiste installé en Suisse et dont tous les coups lucratifs sont réinvestis dans des œuvres nouvelles.
Le premier épisode commence en 2005 avec GWEI (Google Will Eat Itself) une satire de l’autocanibalisme qui visait à récupérer un maximum de dividendes publicitaires reversés par Google en multipliant les clics commerciaux sur des sites fictifs. En 2006/07, les ‘bad guys’ réitéraient leurs forfaits avec Amazon Noir - The Big Book Crime, s’infiltrant dans le code du libraire pour recompiler numériquement les livres dont les extraits étaient en consultation sur le site. Very bad !

The Sound of Ebay (2008) 
présenté à Madrid fait figure "d’happy end". Imagerie télétex et enseignes porno-racoleuses rendent ici hommage aux pionniers du minitel rose. Mais les temps ont changé : votre code d’accès au plus grand marché mondial de l’ e-commerce suffit aux spiders de nos media Hackers pour scanner toutes vos démarches préalables sur ebay et générer à partir de ce texte, un ‘techno sound’, une boucle musicale dotée d’une animation digne d’une boite de nuit des années 80. Ce que Hans considère comme, une juste «contribution à la bande son du nouvel hypercapitalisme en peer to peer ».


Re-formater

C’est par l’humour et le choc des images que les deux artistes belges et néerlandais répondant au pseudo de JoDi (respectivement Dirk Paesmans et Joan Heemskerk) re-scénarisent les schémas d’interaction classiques des jeux vidéos grand public. Déjà célèbres pour cet exercice de style avec une re-programmation de Wolfenstein 3D, Quake, Jet Set Willy, et Max Payne 2, leur Composite club met ici en scène de nouvelles attractions satirico-ludiques, basées sur le détournement des systèmes de reconnaissance optique et de captation du mouvement : aux protagonistes, ennemis, embûches et obstacles traditionnellement attendus par le joueur se substituent des séquences vidéo improbables, ou surgissent des personnages issus du cinéma ou extraits de reportages télévisés, créant des situations hilarantes ou pour le moins surréalistes.
Remise en cause des archaïsmes, reformatage des stratégies et des processus de pensée, décalage systématique du discours, voilà une voie que nos artistes hackers ne sont pas les premiers à avoir explorée.

data versus dada

C’est en s’inspirant des expériences homophoniques de Raymond Roussel (1912) et de ses Mémoires d’Afrique, qui influencèrent tour à tour Marcel Duchamp, Dada, le Surréalisme, l’OuLiPo et le Nouveau Roman, que l’artiste et ingénieur de formation Christophe Bruno décida de nous concocter un Dadamètre.

L’idée est assez simple : en s’inspirant des principes homophoniques de Raymond Roussel c’est à dire de la ressemblance entre deux mots tels que "pillard" et "billard", et de la distance en terme de lettres qui les sépare, le Dadamètre cherche à mesurer l’évolution de la densité de Dadaïsme dans le flux de discours en mouvement sur le web. Alors qu’en terme d’analyse du langage le fameux outil de référence du géant Google (Google Similarity distance) s’appuie sur la proximité sémantique (soit la distance qui sépare deux mots partageant un sens commun).
Mis au point avec toute la rigueur mathématique nécessaire, digne des outils marketing actuels les plus sophistiqués, le Dadamètre est étayé par des graphes et des cartes commentées par l’artiste.
Il se pose comme alternative, autant qu’il s’auto-parodie, à une époque où le moindre de nos comportements (amoureux, citoyen, professionel ou estival) est enregistré et comptabilisé dans le cadre d’indices boursiers.

Une manière de questionner ce que l’on tient pour une science au service du marketing global, de la surveillance et d’une pensée généralisée.

Une dizaine d’installations sont à découvrir dans la pénombre du théâtre Paris-Villette comme cette visualisation sous les formes d’un graph et d’une construction en 3D, Antidatamining du collectif français de RYBN, qui transpose de manière littérale l’évolution temps réel des valeurs cotées en bourse. Alors que l’espagnol Joan Leandre dans une vidéo expérimentale nous plonge au centre d’une sorte de ‘Kernel panique’ en plein vol par une succession d’images vues du ciel d’une rare intensité.


Et pour clôturer la soirée du 6 décembre


Deux concerts multimedia sont proposés à partir de 22 H 30
au théâtre Paris -Villette

The Pink Twins Live
Paysages sonores sur fond de projection vidéos.
Concert multimédia | Finlande | 2008

Pink Twins est composé des frères Juha (1978) et Vesa Vehviläinen (1974), plasticiens et musiciens qui travaillent avec la musique digitale et la vidéo. Ils utilisent pour leurs travaux
video le logiciel Framestein, un logiciel développé par Juha, qu’ils combinent à leur musique.


Telcomsystem : Mortals Electric
Performance multimédia | 35’ | Pays-Bas | 2008
un nouveau voyage audiovisuel.

Gideon Kiers, David Kiers et Lucas van der Velden sont les membres fondateurs de Telcosystems.
Ils produisent des films, des clips vidéo, des performances live, des installations, des logiciels et
des bandes-sons.


Ouvrages

Professeur à l’université de Yale, Edward Tufte a publié plus de sept ouvrages sur les sujets de la visualisation des données et du design d’information parli lesquels

Visual Explanations,
Envisioning Information,
The Visual Display of Quantitative Information,
Data Analysis for Politics and Policy.


Et aussi


Un autre artiste qui n’expose pas dans le cadre des Rencontres Paris Berlin Madrid mais travaille depuis quelques années sur le sens et la transposition de données Maurice Benayoun présente au générateur de Gentilly
Still moving + eMoving Stills
Conçue dans le cadre de sa série de travaux sur La "Mécanique des émotions", cette sculpture est construite à partir de données numériques qui proviennent de l'analyse sur le Web de 3200 villes du monde et de leur relation aux émotions. Still Moving est une œuvre interactive composée d'une sculpture de 3,5m de diamètre, de son et d'une projection vidéo. A son contact, elle produit une musique faite d'infrasons (5Hz à 20 Hz) que l'on ne perçoit qu'avec son corps.

Sont présentées dans l'exposition les œuvres suivantes:
- Still Moving, Excited, Anxious, Nervous (sculpture dynamique)
- "Etudes pour Still Moving" (5 tirages numériques - collection du Fond National d'Art Contemporain )
- "eMoving Stills", instantanés du récit de la "Mécanique des émotions" (6 tirages numériques)
- "e-Stock 9/11, Mad, Glad, Sad", le cours des émotions du monde sur déroulant de leds

Still moving + eMoving Stills
Jusqu'au 20 décembre 2008
au Générateur
16, rue Charles Frérot - 94250 Gentilly

Edité le : 28-11-08
Dernière mise à jour le : 04-12-08