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Venise 2008

Retrouvez toute l'actualité du festival de La Mostra 2008 : nos interviews, les sujets d'ARTE CULTURE, les critiques de film en avant première.

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Venise 2008

Venise 2008 - 04/09/08

De l’ intérêt de l’oxymore à Las Vegas

Las Vegas : Based on a true Story


Pour mieux suggérer que la compétition de la Mostra met cette année l’accent sur les découvertes, Marco Müller a sélectionné un long métrage en HD «Las Vegas : Based on a true Story» (**), dont le budget total est probablement équivalent au prix du gloss utilisé par Charlize Theron lors de sa venue sur le Lido, il y a trois jours.

  • Interview de Amir Naderi (en anglais)

« Las Vegas : Based on a true Story » est sans doute l’intitulé le moins sexy parmi la sélection des films dévoilés cette année sur le Lido de la Sérénissime. On peut le comprendre comme un oxymore : comment peut-on parler de vérité lorsqu’il est question de la Cité du jeu ? Celui-ci est d’ailleurs un double jeu, puisqu’il est apparemment question d’une histoire vraie et adjacente dans ce nouveau et économe portrait de la marginalité aux USA : celle du hold-up d’un Casino de Las Vegas en 1965, dont on n’a jamais retrouvé le butin. Connu sous le nom de « l’affaire Gibson », le fait-divers a eu tout le temps, quatre décennies plus tard, de se transformer en légende urbaine, de celles qui échauffent les esprits de tous les outsiders dans les quartiers pauvres de la ville, ces joueurs dont le démon sommeille, mais se réveille au moindre soubresaut. Eddie est de ceux-là, le film est son histoire, la synthèse de cette addiction à l’américaine, qu’il s’agisse des médicaments, des crèmes glacées ou des tapis verts. Si cet homme bourru s’est détourné des bandits manchots qui lui tendent pourtant le bras dans le moindre bar où il s’accoude pour s’offrir une Buddweiser, on le sent constamment sur la tangente. Convaincu d’avoir localisé le magot de l’affaire Gibson dans sa propriété, ou plutôt le jardin cultivé par sa femme dans le désert, cet obsessif Shadock en chemise à carreaux se met à creuser, et à creuser encore. On ne verra pas le moindre brelan d’as dans ce film à petit budget d’Amir Naderi, le démon du jeu est figuré ici par la prospection forcenée d’Eddie, son incapacité à pouvoir ou vouloir s’arrêter : « You have to dig for Gold », en 2008 la maxime des pionniers est toujours détournée à l’envie.


Las Vegas : Based on a true Story
D’Amir Naderi
(2008, USA, 1h42)
Avec Mark Greenfield, Nancy La Scala, Zach Thomas…
La réussite d’Amir Naderi tient dans son aisance à combiner une forme d’installation, quand la mise à sac du bungalow de la petite famille d’Eddie procède du happening avec une bêche, un détecteur de métaux, puis un bulldozer, et le caractère ramassé du film d’action de série B. L’utilisation de la vidéo HD précise une démarche chirurgicale, idéale pour suggérer le portrait in vitro des américains désaxés, et une absence de chichi. On pense à d’autres films : « Conversation secrète » de Francis Ford Coppola (1974) et son protagoniste pathétique incarné par Gene Hackman, un écouteur écouté qui désosse son appartement à la recherche d’un chimérique micro, et le plus récent « Bug » de William Friedkin (2006), deux visions plus mémorables de l’inquiétude et de la frénésie comme moteurs de la psyché américaine.

L’ambition d’Amir Naderi est délibérément ramassée, son ironie assez dérisoire, mais tout film soucieux de montrer comment les anonymes sont quoi qu’il advienne la proie d’un jeu au lieu d’en être les acteurs ne peut qu’interpeller le spectateur au cinéma, ce citoyen passif et assis. Sur ce point-là, il n’y a pas de poker menteur.

Julien Welter

Edité le : 02-09-08
Dernière mise à jour le : 04-09-08