Love my lifeYamaji (Ebine)
Asuka coll. "Yuri" / 9 €
La jeune Ichiko est amoureuse d’Eriko, une étudiante en droit. En avouant sa relation à son père, celui-ci confie à Ichiko qu’il est lui-même homosexuel.
Love my life inaugure la nouvelle collection "Yuri" des éditions Asuka. Pendant du yaoï masculin, le yuri est un genre de manga traitant spécifiquement de l’amour lesbien. Etonnamment, on oublie vite cette spécificité, Ebine Yamaji évacuant tout pathos et militantisme de son histoire. Au contraire, elle prend le parti de conter une histoire d’amour des plus classiques qui se trouvent être la relation amoureuse entre deux jeunes femmes. Prenant le lecteur à rebours et le mettant face à ses propres préjugés, elle ne s’attarde que très peu sur les problèmes spécifiques d’une telle relation, l’héroïne vivant il est vrai dans un milieu progressiste et ouvert évacuant toutes difficultés. Si ces dernières sont perçues au travers des mésaventures des personnages secondaires comme le bon copain ou la petite amie, elles n’empiètent jamais sur ce qui l’intéresse vraiment. A savoir détailler la relation d’un couple ordinaire animé par la passion, le désir, mais aussi par la vague crainte de voir l’intensité de cet amour s’estompait. En touchant à des sujets communs à tous, Love my life nous émeut et fait peut-être beaucoup plus pour la tolérance que n’importe quel discours. En cela, c’est déjà une belle réussite.
Sweet lovin’ babyYamaji (Ebine)
Asuka coll. "Yuri" / 9 €
Série de courtes histoires autour de la confusion des sentiments de jeunes filles en fleurs dans le Japon d’aujourd’hui.
De rendez-vous manqués en rencontres fortuites, de hasards en coïncidences heureuses ou malheureuses, Ebine Yamaji se pose en fine observatrice d’un quotidien mû par ces petits moments évanescents et faussement insignifiants de la vie. Instants innocents où l’amour fait son apparition sans crier gare dans le cœur d’une adolescente croisant le regard d’un ou d’une inconnu(e) et libérant des sentiments cachés jusque là insoupçonnés. Mais, Yamaji est une mangaka sentimentale, pas sentimentaliste, ses personnages parés d’une étonnante simplicité évitant la mièvrerie au profit d’une spontanéité touchante. Lumineux à l’image de son style presque toujours dénué d’ombres, ses héroïnes effleurent l’amour par la grâce de dessins hors cadres et de dialogues sibyllins. Comme si pour se laisser happer par le vertige amoureux, elles devaient nécessairement s’avancer masquées, déguiser leurs émois sous les atours les plus communs et feindre l’évidence. Même si l’ensemble, parfois inégal, n’atteint pas la finesse narrative de Love my life, Sweet lovin’ baby, par sa fraîcheur et sa spontanéité mérite d’être découvert.
KinderbookTakahama (Kan)
Casterman coll. "Sakka" / 9.95 €
Dix courts récits d’inspiration autobiographique autour de tranches de vie de personnages, acteurs plus ou moins volontaires de leur destinée.
Émouvante Kan Takahama... A la lecture de ses histoires, on ne peut que s’étonner de la maturité de cette jeune mangaka aussi à l’aise pour évoquer la perte de l’innocence enfantine, les tourments sentimentalo-professionnels de jeunes adultes un brin désabusés ou les derniers feux de la passion d’une femme âgée. Découverte dans le très pince-sans-rire Mariko Parade signé en compagnie de son Pygmalion Frédéric Boilet, Takahama abandonne ici l’ironie et l’auto-dérision, armes peut-être typiquement françaises, pour tracer le portrait tendre de diverses générations dont le point commun est, par delà le vécu et l’expérience individuelle, la vulnérabilité. Vulnérabilité à l’amour bien sûr, ainsi qu’aux caprices d’un destin qu’on voudrait souvent infléchir. Espoir vain et qui donne aux moments de bonheur qui essaiment ce manga, la tristesse des dernières fois, celles où l’on prend conscience de la fugacité de ces moments uniques qui ne se reproduiront jamais plus. C’est de ces instants vécus, indéniablement avalés par la marche du temps, que Takahama en collectionneuse de souvenirs inspiré tirent tout son art. A la fois mélancolique et beau.
Le Livre Jaune. Un ami nommé Jacques Thibault.Takano (Fumiko)
Casterman coll. "Sakka" / 9.95 €
Recueil de quatre récits intimistes dont le principal, "Le livre jaune", suit le quotidien paisible de Michiko, une adolescente japonaise réinventant sa vie à l’aune des Thibault, la saga de Roger Martin du Gard.
L’expérience romanesque comme moyen de sublimer son quotidien et d’influer sur son rapport au monde ; voilà ce qu’une jeune fille va ressentir en se plongeant dans la gigantesque fresque familiale des Thibault. Faussement falot, le personnage de Michiko, s’il est effacé, presque transparent, n’en demeure pas moins un être complexe dont la personnalité s’ébauche de scènettes en scènettes. Plongée dans un imaginaire exotique, celui d’une famille française dont elle n’a a priori rien en commun, elle va tirer de sa rencontre des clés de compréhension du monde mais d’abord de connaissance d’elle-même. En éternelle rêveuse, son amitié avec Jacques Thibault devient pour elle une façon d’appréhender l’existence avec des yeux neufs l’ouvrant à des questionnements et à une infinité de possibles. La relation toute particulière nouée par Michiko avec Jacques Thibault touche le lecteur car elle l’interpelle sur ces « mutations » invisibles que tout œuvre artistique peut produire dans le ressenti intime de chacun. Takano le fait innocemment par la juxtaposition de petits riens aidant à la captation de cette magie présente dans tout quotidien. Pour elle le message est clair. Il ne tient qu’à nous de s’imaginer comme le héros de sa propre vie. Tout est affaire de perception. Et de style.
Nanairo Inko, l’Ara aux sept couleurs En cours de parution, 4 tomes disponibles (sur 5)
Tezuka (Osamu)
Asuka / 6.50 €
Série d’histoires courtes autour de l’Ara aux sept couleurs un comédien amateur surdoué, roi du déguisement, capable de remplacer n’importe quel acteur au pied levé en échange de quelques bijoux volés dans l’assistance.
Créé à l’aube des années 80, Nanairo Inko est un hommage non dissimulé au théâtre qui, plus que l’Ara, apparaît comme le principal intérêt de cette série au demeurant classique. Construit souvent autour d’un même canevas, l’intrigue joue sur deux niveaux mêlant la trame d’une pièce de théâtre célèbre avec les aventures du Ara qui en sont comme l’écho actualisé. D’où une diversité dans le ton des histoires, où l’on passe d’une relecture du théâtre de l’absurde de Ionesco à la tragédie grecque ou shakespearienne sans oublier le jôruri, le théâtre de marionnettes japonais. L’exercice de style n’est pas toujours réussi surtout dans les premières histoires qui hésitent avec le mélodrame avant de virer vers la comédie pure. Reste que si l’amalgame tend parfois à l’anecdotique, l’essentiel vient du plaisir qu’on prend à lire les trépidantes aventures de cet Arsène Lupin nippon. Tezuka donne libre court à sa fantaisie, certaines pages semblant uniquement là, pour justifier un gag ou une caricature. Décontracté et à la limite de l’improvisation, il fait preuve d’une créativité débordante comme lorsqu’il croque la tête de deux producteurs en forme de bidet ou de radis (!) ou quand il construit un comique de situation sur le penchant d’un petit chien pour la bouteille…En somme, le caméléon insaisissable, c’est bien moins le Ara, que Tezuka lui-même.
- On termine en signalant la parution pour les fêtes de deux coffrets.
(Delcourt, 23,85 €)
Autre coffret, celui contenant les deux volumes de Quartier Lointain. Un quadra se retrouve inexplicablement projeté dans sa jeunesse dans sa peau d’adolescent. Et si c’était à refaire ? A partir de ce postulat, Taniguchi propose une méditation subtile tout en demi-teinte sur les actes manqués.
(Casterman, 25,50 €)
Inutile de dire que ces deux classiques sont à ranger en bonne place dans votre mangathèque.
Enfin pour les amateurs de beaux livres, on termine avec la version française de la revue BD transalpine Black, éditée conjointement par Vertige Graphic et Coconino. Black « revue d’avant-garde soft » comme elle se présente reprend le principe éditorial de son homologue italien en présentant des courts récits de la fine fleure de la production indépendante internationale. Côté japonais, deux récits « coup de poing » justifient à eux seuls l’acquisition de l’ouvrage. Celui de Tatsumi explore une nouvelle fois la face cachée du Japon, celui de la misère sexuelle d’un homme plongé dans le froid anonymat du Tokyo des années 70. Quant au traumatisant Maruo, en quelques pages, il livre sa vision ravageuse du complexe d’oedipe et de castration, légitimant par là-même, son statut de Marquis de Sade du manga…
(15€)
Nicolas Trespallé, novembre 2004






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