Dans "Laos, la guerre secrète continue", il dénonce le sort fait aux Hmongs du Laos, victimes d’un véritable génocide de la part de l’armée communiste qui les persécute depuis un quart de siècle parce qu’ils ont, à l’époque de la guerre du Vietnam, collaboré avec l’armée américaine.Philip Blenkinsop : Les contacts avec ce groupe étaient très compliqués. On communiquait par l’intermédiaire de coursiers, des gens des villes qui portaient des messages.
On est partis dix ou onze jours, quatre jours à l’aller, autant au retour. Tout s’est fait très vite, tout compte fait, douze jours en tout et pour tout. Tout le monde avait peur que les soldats laotiens retrouvent nos traces. Il y a des zones où on n’a pas osé emprunter les sentiers car on craignait qu’ils soient minés et piégés à l’explosif. Alors, on a dû faire le tour de la montagne au lieu de suivre le sentier pour arriver jusqu’à eux.
Le relief est soudain devenu très encaissé et nous avons dû escalader des falaises, puis longer un torrent. A notre arrivée, ce que nous avons découvert était stupéfiant. On était à l’entrée d’une clairière, je m’en souviens très précisément : il n’y avait aucun bruit, aucun des sons habituels de la jungle. C’était une sensation très étrange et solennelle. Nous nous sommes approchés jusqu’à une vingtaine de mètres de ces gens, et après quelques secondes, ça a été comme une vague qui aurait déferlé : ils sont tous tombés à genoux en pleurant.
Ils nous ont dit qu’ils n’avaient vu personne depuis vingt-sept ans, depuis leur abandon. « Il fallait venir plus tôt. On a dû vivre comme des bêtes ! Pourquoi nous avoir abandonnés ? Pourquoi avez-vous mis si longtemps ? » Ils étaient absolument coupés de tout ! Ils n’avaient aucune idée de ce qui se passait ailleurs ! Je n’ai jamais vu des gens avoir un besoin aussi cruel d’aide humanitaire. Ils n’ont absolument rien, ils sont dépourvus de tout, y compris d’espoir ! Il leur reste encore un peu de bétail, mais après ce sera vraiment le commencement de la fin. Ils se nourrissent surtout de plantes, d’ignames sauvages et de racines. Pratiquement personne dans ce camp n’est exempt de blessure, que ce soit par balle ou shrapnel. Je ne me souviens pas d’avoir vu qui que ce soit sans une blessure ou une autre.
Il faut très rapidement faire quelque chose pour arrêter ce massacre. Ils se font abattre, on les affame. La première chose à faire, c’est d’arrêter cette tuerie. La communauté internationale a sans doute quelque obligation morale, compte tenu des événements qui ont conduit à cette situation. Je sais qu’il faut être très prudent avant d’utiliser le mot « génocide », mais si l’on regarde les lois humanitaires internationales, ce qui se passe là-bas entre dans cette catégorie, et si on tient compte de ce fait, tous les membres de la communauté internationale signataires des conventions ont le devoir légal d’intervenir.
Liens
>> Philip Blenkinsop reçoit le Prix Roger Pic 2004 à la Scam
>> L'agence Vu
>> Portofolio - "Laos, la guerre continue"
>> Portofolio - Extreme Asia
>> Interview
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Metropolis
Un reportage de Caroline Parent et Jean-Louis Gonnet
Samedi 29 janvier 2005 à 23h35
Rediffusion le 30 janvier à 18h05
Rédaction: On Line Productions
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