C’est une comédie, « Männerpension », qui l’avait vu percer : le plus gros succès d’un film allemand dans les années 90. Dix ans plus tard, Detlev Buck change son fusil d’épaule et tourne ici une étude de milieu. L’histoire : un garçon de 15 ans, Michael, quitte le cocon familial et doit affronter la dure réalité d’un quartier populaire de Berlin, Neukölln. ARTE Magazin s’est entretenu avec Detlev Buck sur les tensions dans ce quartier, sur les nouveaux départs et sur les hippopotames… ARTE : Avant « Les enragés », on vous connaissait comme réalisateur de comédies à succès. Comment vous est venue l’idée de changer complètement de registre ?
Detlev Buck : Claus Boje, mon partenaire dans la société de production, a un ami qui est professeur dans un lycée à Neukölln, et qui joue dans le film : Peter Bucksch. J’étais donc déjà sensibilisé au sujet lorsque je suis tombé sur le roman de Gregor Tessnow « Knallhart » (titre du film en allemand). L’histoire était bien ficelée. Et avouez que c’est rasoir d’exploiter toujours le filon découvert un jour parce qu’il fonctionne. Il faut savoir prendre des risques !
Votre film dégage une forte authenticité. Comment vous y êtes-vous pris pour faire des recherches ?
J’ai pas mal sillonné Neukölln et je suis allé voir le lycée où enseigne Peter Buksch. J’ai prétendu être chargé de l’étude Pisa. Réaction des jeunes : kezako Pisa ? Il y avait un vacarme incroyable, une agressivité énorme, quasiment impossible de faire cours dans ces conditions. Les profs ont vraiment du mérite !
A l’inverse du jeune protagoniste, vous avez passé votre enfance à la campagne. Vous est-il arrivé à titre personnel de vivre une situation de violence ?
Bien sûr. D’ailleurs, certaines scènes du film sont autobiographiques. Par exemple celle où Michael se fait casser le nez à un coin de rue : il lève les mains et son agresseur vocifère : « Tu veux te défendre ? » C’est ce qui m’est arrivé un jour, devant une discothèque de village.
David Kross, l’acteur, qui n’avait que 15 ans à l’époque, est remarquable. D’où le tenez-vous ?Nous avons fait des castings pendant un an à Berlin. En fait, ma fille le connaissait pour l’avoir aperçu au théâtre du lycée. Lui a participé à 3 castings ; il était chaque fois plus brillant. Ce garçon s’est vraiment mis dans la peau du personnage.
La mère de Michael dans le film, Jenny Elvers, qui joue un rôle sérieux, est une surprise. Elle avait fait une brève apparition sulfureuse et remarquée dans votre film « Männerpension ». Idem de Heike Makatsch : on ne la connaissait que comme présentatrice sur la chaîne musicale Viva. Aimez-vous découvrir de nouveaux talents ?
Jenny est venue à 5 castings. Elle comprend cette femme qui se retrouve à la rue et qui essaie de garder la tête haute. J’aime bien faire jouer des acteurs pas très connus. Pas pour montrer autour de moi que je suis le grand découvreur de talents, mais parce que, moi-même, j’aime bien être surpris au cinéma.
Avant « Les enragés », vous n’avez pas tourné pendant 6 ans. A quoi est due cette longue pause ?Après ma comédie « Liebesluder », je n’avais plus envie de prendre les mêmes et de recommencer. J’avais besoin de prendre du champ. Et puis Leander Haußmann est venu me parler d’un projet, « NVA », un film que j’ai produit. J’ai d’aillleurs joué dans un autre de ses films, « Herr Lehmann ». En parallèle, je travaillais pour la pub. Tout cela m’a bien plu. J’échappe à cette pression de chaque fois penser au prochain film.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus, tourner, jouer ou produire ?
Les meilleurs moments sont pour moi ceux où je monte un projet avec des gens qui assurent, dans quelque fonction que ce soit. C’est pour moi un vrai bonheur.
Vous travaillez sur quoi en ce moment ?
L’été dernier, nous avons coproduit une comédie, une histoire sur la drogue intitulée « Contact High ». Dans ce film, je tiens le rôle d’un homo. Et cet hiver, je vais commencer à tourner une histoire d’amour entre un jeune allemand et une jeune cambodgienne.
Avez-vous encore d’autres idées en tête ?
Oui, il y un projet qui m’occupe depuis assez longtemps : j’ai envie de tourner un film historique, mais où il y ait de l’action. Ça va m’occuper encore un moment, je crois. Parfois, faire du cinéma, c’est comme pousser des hippopotames, et celui-là, il faut encore que je le tracte pour le mettre à l’eau !
PROPOS RECUEILLIS PAR CAROLINE HAERTEL POUR ARTE MAGAZIN
Les Enragés ("Knallhart")
De Detlev Buck
(2006, Allemagne, 1h38)
Avec David Kross, Jenny Elvers-Elbertzhagen, Hans Löw …
mercredi 25 juin 2008 à 22.35
ARTE PLUS
FILMOGRAPHIE (SELECTION) :
« Hände weg von Mississippi » (2007, réalisateur, acteur) ;
« Les enragé »“ (2006, réalisateur) ;
« NVA » (2005, producteur, acteur) ;
« Herr Lehmann » (2003, acteur) ;
« Sonnenallee » (1999, producteur, auteur, acteur) ;
« Liebe deine Nächste » (1998, réalisateur, auteur, acteur) ;
« Männerpension » (1996, réalisateur, auteur, acteur) ;
« Wir können auch anders… » (1993, réalisateur, auteur, acteur) ;
« Karniggels » (1991, réalisateur, acteur) ;
« Erst die Arbeit und dann? »(1984, réalisateur, auteur, acteur).






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