Berlinale 2009 - Hors compétition - 14/02/09
Deutschland 2009 – 13 courts-métrages sur l'état de la Nation.
( note Arte: 2 )
Un film de Angela Schanelec, Dani Levy, Fith Akin, Nicolette Krebitz, Sylke Enders, Dominik Graf, Hans Steinbichler, Isabelle Stever, Hans Weingartner, Tom Tykwer, Romuald Karmakar, Wolfgang Becker, Christoph Hochhäusler
Synopsis : 30 ans après « L'Allemagne en automne », 13courts-métrages, réalisés par de grands metteurs en scène allemands, décrivent la situation politique et sociale de l'Allemagne actuelle.
Critique : 30 ans après « le printemps allemand », à l'époque où Schlöndorff, Fassbinder, Kluge et cie disséquaient et analysaient la politique, cette tentative de dresser un portrait de la société allemande n'est-elle pas un peu présomptueuse? En tout cas, quand on laisse les metteurs entièrement libres de concevoir et de réaliser leur court-métrage, sans aucune directive formelle ou conceptuelle, on obtient alors un patchwork, parfois (pseudo) comique, parfois sérieux, parfois obscur, parfois clair, parfois politique, parfois volontairement a-politique. Quoi qu'il en soit, ce n'est en rien représentatif ou révélateur. En fait, ça révèle surtout le style spécifique des metteurs en scène contemporains.
Par exemple, le style de Angela Schanelec qui filme, en cadrage fixe et d'une façon absolument neutre, un banal début de journée, pour finir avec le plan serré d'un lac envahi par la brume, le tout enrobé par un morceau pour piano de Robert Schuhmann. Du romantisme allemand à l'état pur, mais étrangement relativisé par les images montrées auparavant. Autre exemple: le film de Hannes Steinbichler qui relate la croisade hautement comique d'un entrepreneur allemand contre la nouvelle maquette de son journal préféré, le « Frankfurter Allgemeine Zeitung ». Ou encore, le court-métrage de Nicolette Krebitz, qui transpose à nouveau l'action dans la tête du personnage principal: il s'agit cette fois-ci d'une jeune fille de 16 ans qui, pour le bien de l'humanité, rêve d'une rencontre en Susan Sonntag et Ulrike Meinhof.
Certains court-métrages sont tout bonnement agaçants par la lourdeur de leurs propos politiques, comme celui de Hans Weingärtner, basé sur une histoire vraie, qui raconte de façon passablement démagogique l'arrestation et la criminalisation du sociologue Andrej Holm. Ou aussi, le film de Wolfgang Becker, une farce crispante, qui montre l'Allemagne sous la forme d'un hôpital délabré dans lequel les personnes du troisième âge sont soignées à coup d' « infarctus social », et où pour payer l'électricité nécessaire dans le bloc opératoire, on glisse des pièces dans la fente d'un appareil. N'en rajoutez plus! On a compris!
Reste le film de Dominik Graf et Martin Gressmann qui impressionne par sa finesse d'observation, inspirée d'Alexander Kluge et de ses essais cinématographiques, et qui de ce fait se rapproche le plus de l'esprit de « L'Allemagne en automne ». Graf et Gressmann ont sillonné l'Allemagne pour filmer des bâtiments d'après-guerre destinés à être détruits, depuis le Palais de la République jusqu'aux maisons d'ouvriers de Duisburg. Ces bâtiments sont si laids qu'ils donnent l'impression d'être des corps étrangers dans le paysage urbain, ce qui leur vaut d'ailleurs d'être voués à la destruction. Et pourtant, ce sont les témoins privilégiés de notre histoire récente, bien plus instructifs, touchants et pertinents que la plupart des films de cette incertaine compilation.
Martin Rosefeldt
Edité le : 14-02-09
Dernière mise à jour le : 14-02-09