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Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

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Actualité DVD - 20/11/06

Deux films de Jean-Claude Brisseau


Deux oeuvres d'exception de Jean-Claude Brisseau

ailleurs sur le web



Un coffret DVD Carlotta Films

Un Jeu Brutal
de Jean-Claude Brisseau
(France, 1982, 90 min.)
Avec Bruno Crémer, Emmanuelle Debever

Synopsis : Un célèbre biologiste perturbé commet plusieurs meurtres de fillettes, en essayant inconsciemment de sauver sa fille infirme.

De Bruit et de Fureur
Jean-Claude Brisseau
(France, 1987, 95 min.)
Avec Bruno Crémer, François Négret
Interdit au moins de 12 ans

Synopsis : L'histoire de Bruno, enfant attardé des banlieues et des H.L.M., plongé dans la violence de son milieu, et dont la vie va se consumer comme une étoile filante.

Critique : Comme préalable au scénario, l’élément autobiographique valorise souvent l’expérience et la sincérité d’un cinéaste, enjoignant avec pertinence la question de « moralité » de l’acte cinématographique lui-même. Sans imaginer des restrictions au champ d’investigation dont s’immerge un auteur (et s’il l’envisage dans le but de transmettre une leçon de vie véritable), il n’est pas inutile de s’interroger sur les variations qu’induit la quête d’une hypothétique rectitude dans l’observation du monde qui précède de fait, une reformulation quasi « ciné-génique ».
Accablé récemment par un sentiment d’injustice et dépassé par une besoin de s’auto justifier, Jean-Claude Brisseau a quelque peu dénié ce concept qu’il revendiquait pourtant avant ce dernier film, « Les Anges Exterminateurs », y éludant notablement l’affaire procédurale à la base des motivations - même s’il s’en défend - qui ont vu naître cette œuvre et ce, au profit de théories assez maladroites sur le désir féminin. Or chacun sait que Brisseau n’est ni femme, ni bourgeois tant par ailleurs déjà dans « L’Ange Noir » il s’était aussi fourvoyé, tentant de représenter des « riches », une communauté transfigurée presque « fantasmée », très éloignée de lui. Pour convaincre, au sens de « crédibilité » qu’entendait André Bazin, il n’est pas forcément nécessaire d’appartenir ni au genre, ni à la classe que l’on vise, mais mieux vaut-il encore ne pas contourner trop vite la nécessaire distance qui administre le regard que l’on porte sur autrui et le plus difficile, sur soi-même, pour transmettre sans se noyer.

Aux préceptes de Jean-Claude Brisseau qui conseille d’« observer le monde et de simplifier » avec l’impératif d’en détacher l’essentiel, on pourrait y superposer une autre citation : "D’un oeil, observer le monde extérieur, de l’autre regarder au fond de soi-même." (Modigliani). Et justement, les plus beaux films de Brisseau soutiennent cet équilibre précieux : « De Bruit et de Fureur », « Un jeu brutal » (réunis dans double DVD) ou encore « Noces Blanches » sont des œuvres d’exception qui corroborent en premier lieu la désignation d’un contexte de vie que le cinéaste connaît parfaitement, si bien qu’il peut les soumettre tant à la poésie, à l’imaginaire, qu’à des postulats pointant avec courage les tabous les plus absolus dans nos société. L’ancien professeur d’un CES à Bagnolet Jean-Claude Brisseau peut ainsi d’autant « simplifier à l’essentiel » qu’il a une connaissance directe de la banlieue, de la délinquance, qu’il en maîtrise ses aléas, ses complexités, ses violences, ses solitudes tout en disant aussi, par abstraction, sa profondeur. L’interdiction de « Bruit et de Fureur » au moins de 18 ans (au moins de 12 aujourd’hui) à sa sortie en 1987 et la petite phrase d’un proche de François Mitterrand (« vous savez, vos fantasmes de meurtres dans des caves ne me touchent pas ») résonnent très cruellement face à l’actualité de ces dernières années et révèle combien, vingt ans plus tôt, le réalisateur avait raison. Mais surtout ces erreurs de jugement annihilaient la portée haute d’un message à qui il aurait valu meilleur droit de cité : les thèmes de l’enseignement et de l’éducation, au centre de « Bruit et de Fureur » et de « Un Jeu Brutal », présentés comme le cœur vibrant de toutes choses, colonnes vertébrales qui modifient intérieurement l’âme humaine jusqu’à la révéler, est une parole primordiale, celle de l’intime conviction de Brisseau l’œil rivé derrière la caméra. La monstruosité et l’idée de transgression qui n’auront par ailleurs pas trouvé plus bel échos que ces deux rôles de pères offerts successivement dans ces deux films à Bruno Crémer, est en parallèle la démonstration des affleurements pathologiques possibles chez chacun d’entre nous. Sans complaisance mais bravant l’interdit de la nommer en lui reconnaissant pour origine le désir du passage à l’acte et de la possession, le cinéaste détermine toujours la vilénie comme à portée de main, donnée ordinaire universellement campée au fond de nous même qui ne demande qu’à sortir : une vérité que l’on préfèra étrangler plutôt que de l’entendre.

Olivier Bombarda


Les compléments:

- Leçons de cruauté (19 min.)
- La Chute et l’envol (25min. ) : deux interviews récentes de Jean-Claude Brisseau qui analyse "Un Jeu Brutal" d'un côté et "De bruit et de fureur" de l'autre
- Court-métrage "L’échangeur" (23 min.) réalisé en 1981 par Jean-Claude Brisseau.
- Morceaux choisis (27min.) : e réalisateur commente les premières séquences du film.
- Brisseau cinéaste (40min.) réalisé par Luc Ponette


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Deux films de Jean-Claude Brisseau
"Un Jeu Brutal" et "De Bruit et de Fureur"
Un coffret DVD Carlotta Films

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Edité le : 24-10-06
Dernière mise à jour le : 20-11-06