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Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

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Actualité DVD - 20/11/06

Deux films de Jean-Daniel Pollet

Deux œuvres dissemblables et complémentaires d’un cinéaste attaché aux vieux coins parisiens comme à l’œuvre de Francis Ponge.

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«L’Amour c’est gai, l’amour c’est triste»(1968)
(1968, France, 1h29)
et
«Tu imagines Robinson» (1967)
(1967, France, 1h24)
Avec Claude Melki, Chantal Goya, Jean-Pierre Marielle, Tobias Engels…

Un DVD 2 films ARTE Vidéo
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Synopsis : Les deux visages du cinéma de Jean-Daniel Pollet, à travers deux long-métrages de la fin des années 1960. Dans « L’Amour c’est gai, l’amour c’est triste » (1968), le Paris populaire devient le théâtre d’un ménage à quatre : Léon (Claude Melki), tailleur pour hommes d’un naturel introverti, sa sœur Marie (Bernadette Lafont), tireuse de cartes et prostituée, Maxime (Jean-Pierre Marielle), son souteneur et fiancé, et Arlette (Chantal Goya), une provinciale égarée dans la capitale. « Tu imagines Robinson » (1967) ambitionne par contre de proposer une variation contemporaine et surtout méditerranéenne basée sur le thème de l’isolement, au centre du roman de Daniel Defoe.

Critique : Deux ans après la disparition de son auteur, l’œuvre marginalisée de Jean-Daniel Pollet refait surface, comme ici sur un support DVD et double qui permet idéalement d’accoler une œuvre d’un accès facile (« L’Amour c’est gai, l’amour c’est triste ») à une expérience d’une étrangeté toutefois équivalente (« Tu imagines Robinson »). Dans le premier, le souvenir du théâtre kammerspiel se joint à l’exhumation d’un Paris aujourd’hui disparu, pour reformuler et enterrer simultanément le sentiment de prétendue nostalgie qui s’y réfère trop souvent. L’amour des chorégraphies surannées et la réminiscence des premiers pas du cinéaste avec le court métrage « Tant qu’on a l’ivresse » (1958), situé dans un vieux dancing parisien, le jargon titi et le parrainage serein de Jacques Tati deviennent les motifs d’une intrigue en lieu clos (l’atelier de confection), mais en perpétuel mouvement. Elle s’articule autour de l’inhibition de Léon, figurée par « l’underplaying » de Claude Melki, et le délicieux cabotinage de ceux qui l’entourent (Jean-Pierre Marielle et Bernadette Lafont). Plus proche d’ « Irma la douce » que d’ « Amélie Poulain », ce film exhale la mélancolie plutôt que l’opiniâtreté du brocanteur de luxe, prêt à mettre en valeur le premier flacon « vintage » de Viandox dans chaque plan de son film, afin d’en accentuer le pittoresque de façade.

D’une apparence plus atypique, « Tu imagines Robinson » synthétise un grand nombre de thématiques chères à Pollet, de la solitude et l’isolement, voire l’impasse, à une réflexion sur l’héritage de la culture méditerranéenne à travers les siècles, pour joindre dans une seule expérience cinématographique les sentiments durables mais dissociés, provoqués par la vision de quelques-unes de ses œuvres les plus singulières, de « L’Ordre » (1973), un documentaire situé sur une île où sont parqués des lépreux, à son adaptation du « Horla » (1966) de Maupassant interprété par Laurent Terzieff.

Les Bonus : Le critique Jean Douchet évoque patiemment chacun des deux films, pour rappeler combien le premier réussit, dans un geste inspiré et insolent, à se réapproprier les pires écueils du cinéma français pour les amener vers une comédie étrange, marquée par le réagencement astucieux d’un décor unique. La présentation du second est précédée du court métrage « Bassae » (1964), qui exploite le décor d’un temple du Péloponnèse et construit une œuvre visionnaire, dans la lignée des « Statues meurent aussi » d’Alain Resnais, soit une confrontation des vestiges d’une civilisation humaine au règne minéral qui a tôt fait de se réapproprier ces vieilles pierres. Douchet rappelle combien Pollet a été marqué par l’œuvre de Francis Ponge, qu’il adaptera plus tard avec « Dieu sait quoi » (1994). Son travail entendait réfléchir à la notion d’univers, et « Bassae » rejoint et complète les errances à ciel ouvert du naufragé de « Tu imagines Robinson », incarné par Tobias Engels, en questionnant un sentiment religieux mais athée. Pour le cinéaste, Dieu n’a pas à exister, puisque l’univers existe déjà. Quant à l’homme égaré et solitaire, il tente d’exister grâce à la parole dans un univers de silences, d’où le recours ostensible à la voix off, l’une des marques du cinéma de Pollet… Nul doute que la mélancolie de son œuvre trouve un écho auprès des spectateurs d’aujourd’hui.

Julien Welter

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Deux films de Jean-Daniel Pollet
« L’Amour c’est gai, l’amour c’est triste »(1968)
(1968, France, 1h29)
« Tu imagines Robinson » (1967)
(1967, France, 1h24)
Avec Claude Melki, Chantal Goya, Jean-Pierre Marielle, Tobias Engels…
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Edité le : 24-10-06
Dernière mise à jour le : 20-11-06