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CINEMA EN GUERRE - 18/02/09

Deux portraits d’antihéros

  • Frères de sang (Brotherhood) de Kang Je-Gyu
  • Week-end à Zuydcoote de Henri Verneuil

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Les portraits d’antihéros n’ont pas été l’apanage du cinéma américain des années 1960, et le traitement qu’Hollywood a infligé à la guerre du Vietnam n’a pas obligatoirement influencé chaque metteur en scène au-delà de la frontière géographique des USA. Ce courant demeure cependant un bon indicateur.

La Corée vue du Sud


« Frères de sang » nous plonge dans la guerre de Corée au début des années 1950, une campagne au moins aussi meurtrière que le conflit de 1914-1918. Evoquée habituellement par une opposition entre le camp républicain et les troupes communistes, cette guerre civile bénéficie d’un regard différent dans ce film de Kang Je-Gyu (que les journalistes français aiment bien depuis que son opus précédent est sorti dans l'Hexagone sous le titre « Shiri »).

Jin-Tae et Jin-Suk, les deux frères unis à la vie à la mort, sont tous les deux enrôlés dans le camp républicain. Toutes les brutalités et injustices de cette guerre sont donc observées sans que la responsabilité n’en soit imputée obligatoirement à l’adversaire communiste. Famine, brimades, exécutions sommaires et enrôlements de force sont constatés hors du champ de bataille. « Frères de sang » n’en est pas moins une épopée qui traverse le pays coréen, à mesure que le bataillon au sein duquel combattent Jin-Tae et Jin-Suk passe d’un charnier à un autre, de l’automne dans la plaine à l’hiver dans une montagne striée de trous d'obus : Il faut gagner le plus de terrain possible avant la trêve avec le Nord.

Cette superproduction rappelle combien la Corée du Sud abrite une industrie du cinéma qui produit certains films populaires aux budgets pharaoniques. Dédiée à l’odyssée des deux frères, elle est aussi affaire d'amitié. Kang Je-Gyu a fait appel pour les seconds rôles à la plupart des comédiens de son film de chevalerie, « Shiri ». Il est même allé jusqu’à établir son casting avant de s’atteler au scénario, afin de préciser la ressemblance physique de Jin-Tae et Jin-Suk. Le cinéaste ouvre et referme le film sur un des personnages, devenu vieux et que le souvenir des années terribles fait inlassablement souffrir. « Frères de sang » est l'équivalant coréen d’ « Indigènes » de Rachid Bouchareb, mais le poste de chef décorateur et la récréation des habits décolorés typiques de l’époque ont été confiés à une femme, afin de donner le change et de briser un peu l’aspect d’un film très masculin.


La drôle de guerre


Pour ce qui est de la virilité, les soldats français coincés dans la poche de Dunkerque n’en mènent pas large non plus. En juin 1940, la guerre éclair, rebaptisée « drôle de guerre » puis tout simplement débâcle, jette sur le sable ce qu’il reste de l’armée française, dans l’attente improbable d’un embarquement vers l’Angleterre. Henri Verneuil souhaitait aborder le conflit de 1939 – 1945 de manière atypique, à une époque (1964) où les films de guerre occupaient un grand nombre des écrans de cinéma en Europe. Le roman de Robert Merle lui offre l’opportunité d’un récit opposé à la tentation de l’exaltation.

« Week-end à Zuydcoote » fonctionne sur la dichotomie entre l'aspect savoureux des dialogues, à la française et dignes de Jacques Audiard, et le sentiment de perdition de ces fantassins livrés à eux-mêmes dans un cadre balnéaire absurde. Verneuil eut lui-même des soucis lors de l'élaboration coûteuse des scènes de bombardement, au milieu desquelles évoluait un quatuor d’acteurs souvent hilares et prompts à ruiner par leur manque de concentration une demi journée de tournage. Amis indéfectibles venus du conservatoire de Paris et décidés à faire les 400 coups, Jean-Paul Belmondo, François Perrier, Jean-Pierre Marielle et Pierre Mondy concourent néanmoins à magnifier l’atmosphère du film.

Ces véritables enfants perdus sont idéalement des clowns un peu tristes, à mi chemin du saugrenu et du pathétique. Promeneur des rues désertes, entre deux carcasses de voitures calcinées, Belmondo quant à lui est toujours auréolé de son image d'aventurier sans cause héritée d’« A bout de souffle ». Ici, il croise Jean-Paul Roussillon, loin de ses rôles de patriarche chez Arnaud Desplechin, ou Dominique Zardi, figure récurrente des films de Jean-Pierre Mocky. Le soldat constate qu’il n’aura tiré sur personne pendant cette guerre, à l’exception de deux camarades d’infanterie qui voulaient commettre un viol. Entre attente et raids aériens, il traîne sa silhouette, goguenard, antihéros par excellence.

Julien Welter

Cycle cinéma « Le cinéma en guerre »


  • La chambre des officiers, le lundi 16/02/09
  • Frères de sang , le mercredi 18/02/09
  • Week-end à Zuydcoote, le lundi 23/02/09
  • La trahison, le mercredi 25/02/09
  • Mars Attacks!, le jeudi 26/02/09

Frères de sang - Bande annonce

Week-end à Zuydcoote - Bande annonce


Frères de sang
jeudi, 19 février 2009 à 00:25
Pas de rediffusion
(Coree, 2004, 139mn)
ARD

Edité le : 28-02-09
Dernière mise à jour le : 18-02-09