À l’occasion de la diffusion de la dernière émission de DIE NACHT / LA NUIT, Paul Ouazan revient sur les dix ans de création. Il a échafaudé un florilège des moments clefs, de 2002 à 2011, que vous pouvez découvrir ici.
Donc
DIE NACHT / LA NUIT s’arrête après dix ans d’existence. Dix ans d’effervescence créatrice, de rencontres et de partages avec des artistes venus des tous les horizons : vidéastes, chanteurs et musiciens, écrivains, poètes, comédiens, peintres, photographes, graphistes, danseurs, documentaristes… Avec eux, nous nous sommes intéressés à l’existence humaine dans ce qu’elle a de plus mystérieux et d’inexplicable. Notre regard ne se voulait ni documentaire ni journalistique. Notre grille de lecture était poétique. Oui, poésie, voilà le maître mot à l’aune duquel nous nous sommes attelés à fabriquer chaque mois une émission qui soit en quelque sorte une "machine à penser" le monde différemment.
DIE NACHT / LA NUIT fut donc une "émission de télévision". À ce titre, nous voulions prouver que la télévision pouvait – et devait – être une pratique artistique à part entière. Faire en sorte que le fond et la forme soient consubstantiels, bannir toutes les formes paresseuses et stéréotypées de télévision, qui se perpétuent jusqu’à l’écœurement. "
Le principe de moindre action", comme le dit Paul Valéry, pour vilipender les attitudes artistiques routinières de son époque. Paul Valéry, vivant !
Toute création nécessite la remise en question et la prise de risque, nous avons le devoir de nous mettre en danger. Il n’y a pas de pratique artistique qui ne doive se considérer comme une tauromachie, comme le dit, à son tour, Michel Leiris à propos de la littérature. Oui, je crois que la télévision, considérée comme un art, doit se mettre en danger et voir ainsi, par moment, passer
l’ombre de la corne du taureau.
Nous nous sommes donc remis en question, nous avons cherché, nous avons tenté d’apporter une pierre supplémentaire aux expériences qui nous ont précédées, en d’autres termes, de faire avancer, modestement, le langage des images. Finalement, c’est le moins que nous pouvions faire. Nous n’avons rien inventé qui n’existait déjà.
DIE NACHT / LA NUIT s’inscrit dans une tradition artistique télévisuelle qu’elle revendique haut et fort. Je pense bien sûr au Service de la recherche de la RTF et de l’ORTF fondé par Pierre Schaeffer et d’où sont sortis des bidouilleurs géniaux comme Raoul Sangla, Jean Frapat ou Gérard Patris. Par ailleurs, je pense à Pierre Dumayet qui, malheureusement, est décédé il y a quelques semaines.
Je ne peux citer le très grand nombre de ces pionniers, de ces voltigeurs de l’imaginaire que la télévision s’ingénie à oublier. Comment ne pas mentionner Thierry Garrel, passé lui aussi par le Service de la recherche, avec qui j’ai eu la chance de travailler sous sa responsabilité pendant une douzaine d’années à La Sept qui s’est transformée plus tard en ARTE. Il m’a appris, entre autre, à aiguiser mon regard.
DIE NACHT / LA NUIT fut donc un moment de télévision expérimentale, la nuit. Pendant ces dix ans, mon équipe et moi-même, avons été très heureux !
Une page se tourne mais l’Atelier de Recherche d’Arte France continue. Donc à très vite !
Paul Ouazan