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Cannes 2005 - Compétition - 23/05/05

Don’t Come Knocking

Un film de Wim Wenders


Un acteur de western sur le retour tente de
retrouver son passé pour se créer un futur.

Dans le film de Wim Wenders « Don't Comme Knocking », Sam Shepard incarne une ancienne gloire du western hollywoodien qui fait faux bond pendant le tournage d'un film…, pour entamer un voyage à la redécouverte de lui-même...

(Allemagne / France, 2005, 122mn)
Avec Sam Sheppard, Jessica Lange, Eva Marie Saint, Sarah Polley…

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Extrait 2



Synopsis : Howard Spence a connu des jours meilleurs. Autrefois héros de nombreux westerns, cet acteur ne décroche plus que des rôles secondaires. Il s’enfuit d’un tournage pour retrouver sa mère qui lui apprend qu’il a peut-être un enfant quelque part. Cette idée allume une lueur d’espoir chez Howard : il part à la recherche de cet enfant dans le Montana…

Critique : « Don’t Come Knocking » porte la marque de son scénariste et acteur Sam Sheppard autant que celle de son réalisateur encore et toujours fasciné par le mythe de l’Ouest américain. Sam Sheppard écrit depuis plus de trente ans des pièces de théâtre singulières qui semblent à la fois s’inspirer de l’univers beatnik, de Dylan que de celui plus âpre d’Henri Miller. Il avait aussi signé le scénario du plus grand succès de Wim Wenders « Paris, Texas », Palme d’Or en 1984. Sam Sheppard incarne ici un acteur de western au physique abîmé par les excès de tous genres, un homme incontrôlable qui s’enfuit du tournage d’une série B en costume et à cheval sans savoir vraiment où aller. Il retourne donc d’où il vient : à sa ville natale retrouver sa mère qu’il n’a pas vu depuis trente ans.

La classe, l’humour et le flegme d’Eva Marie Saint dans le rôle de cette lady philosophe méritent à eux seuls une mention spéciale : on retrouve dans son attitude tout ce qui fait l’élégance absolue des personnages de John Ford. Même si le film boîte un peu - ses chapitres, des histoires courtes parfois s’ajoutent les unes aux autres un peu artificiellement -, Wenders tente de montrer l’humanité de ces êtres imparfaits qui affleure derrière leurs attitudes extrêmes. Cette imperfection rend « Don’t Come Knocking » vraiment touchant. Rarement dans un film, l’Americana, cette mythologie populaire américaine n’aura été aussi sublimée jusqu’à se rapprocher un peu des univers littéraires de Capote et Faulkner.

Les deux villes où échoue Howard Spence, Elko et Butte, semblent sorties de nulle part, en léthargie depuis plus d’un demi-siècle. Personnages à part entière, ses rues désertes, ses immeubles tristes mais fiers montrent cette Amérique au temps suspendu peinte par Edward Hopper et qu’on soupçonnait de n’avoir jamais existée. Howard Spence, le cow boy déchu, n’est ni un père, ni un mari et il est l’Amérique en mal d’enfants, en errance qui a vendu son âme à la gloire et aux paillettes. En bout de chemin, il devient autre chose, grâce à quelques mots, il est sublimé malgré lui, il est un mal guéri et exorcisé par des accords de guitare, il est ce qui fait l’âme de l’Amérique : une chanson fredonnée sur les routes.

Delphine Valloire


Synopsis : Howard Spence (Sam Shepard), une star déchue du western hollywoodien qui noie son dégoût dans la drogue, les femmes et l'alcool, disparaît une nuit des plateaux de tournage pour aller rendre visite à sa mère (Eva Maria Saint) qu'il n'a plus revue depuis plus de trente ans. Celle-ci lui apprend qu'il est peut-être père d'un enfant devenu adulte. En revenant sur les traces du passé, il retrouve Doreen, qu'il a aimée autrefois et qui a un fils, sauf que ce dernier n'a nul envie d'avoir un père. Sky (Sarah Polley) pourrait bien aussi être le fruit de l'une des nombreuses liaisons de Howard. Mais il doit faire vite s'il veut aboutir, car le chasseur de primes Sutter (Tim Roth), chargé de le faire revenir sur le lieu de tournage, est à ses trousses…

Critique : Howard a carrément disparu des plateaux où il devait jouer un cow-boy solitaire dans la plus pure tradition du bon vieux western à la John Ford, tournage où il était venu avec un énorme mobil-home, une provision de drogue et un bataillon de groupies, en souvenir des jours glorieux où il était un acteur adulé d'Hollywood. Juché sur un élégant cheval dressé à grands frais pour l'occasion, il a disparu de l'écran cinémascope, puis a tout bonnement échangé contre une chemise et un veston sa noble monture, sa chemise coupée sur mesure par les tailleurs d'Hollywood, ses bottes cousues main, ses éperons, ses cartes de crédit et son portable. Vite, tirons-nous, quittons ces décors artificiels et brouillons les pistes, semble dire l'acteur déchu qui n'ose même plus se regarder dans la glace tant ses excès l'ont défraîchi.

Bien trop tard mais avec quand même une dernière lueur d'espoir, Howard, un type sec totalement déconnecté de ses émotions et superbement incarné par Sam Shepard, revient aux sources…, et vers maman. Mais il n'est pas aussi facile d'exorciser les démons, nous dit Wim Wenders dans ce film. Le pire ennemi d'Howard n'est pas le chasseur de primes lancé à ses trousses par les assurances, mais bien lui-même. Il continue à boire, jouer et forniquer comme à son habitude, devant un public à la fois amusé et plein de compassion pour cet être parfaitement incapable d'évoluer et de s'amender.

Avec légèreté, humour et autodérision, Wim Wenders a peaufiné ce road-movie pendant trois ans en collaboration avec Sam Shepard. Il y a quelques points communs avec leur coopération dans « Paris Texas », il y a vingt ans : les deux films parlent de la désintégration des structures familiales et de tentatives de rafistolage, le son des guitares est au rendez-vous et les décors de western aussi. Mais la comparaison s'arrête là. Des deux films, « Don’t Come Knocking » est de loin le plus drôle, il est moins pathétique et plus léger. Moins émotionnel, mais en même temps plus authentique. Comme dans « Broken Flowers » de Jim Jarmusch, un cinéaste d'un certain âge dresse, via son protagoniste, un bilan de sa propre carrière, avec autodérision et un sens profond de ses faiblesses et de ses points forts. Le chef opérateur Franz Lustig a merveilleusement capté l'immensité toujours étonnante des paysages des USA du Nevada au Montana, mais aussi l'atmosphère de villes de province aux allures de décors de cinéma comme Butte ou Elko, qui ont connu des jours plus glorieux. Ici, à l'extrême Ouest de l'Amérique, son pays d'adoption, Wim Wenders, qui a lui-même eu une carrière en dents de scie à Hollywood, retrouve comme son héros la grandeur qui fut la sienne, se redécouvre lui-même.

Martin Rosefeldt

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Don’t Come Knocking
Un film de Wim Wenders
(Allemagne / France, 2005, 122mn)
Avec Sam Sheppard, Jessica Lange, Eva Marie Saint, Sarah Polley…
Cannes 2005 - Compétition Officielle

Edité le : 19-05-05
Dernière mise à jour le : 23-05-05