La MEPA, Académie des Polices d’Europe Centrale, a été fondée en 1993. Elle propose aux agents de police des cycles de perfectionnement sur le thème « Lutte contre la criminalité organisée internationale ». Cette Académie est soutenue par huit Etats d’Europe centrale (l’Allemagne, l’Autriche, la Pologne, la Suisse, la République Tchèque, la Slovaquie, la Slovénie et la Hongrie) et coordonnée par un bureau à Vienne.
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Monsieur Fehérváry, quels sont les objectifs des cycles de perfectionnement de la MEPA ?
Tous les efforts consentis par la MEPA visent principalement à tisser un réseau d’enquêteurs et de spécialistes très rapidement interchangeables. Dans l’idéal, dans le cadre d’une enquête donnée, ceux qui ont suivi notre formation principale doivent pouvoir décrocher le téléphone et appeler leur interlocuteur de la MEPA s’il leur semble que des éléments de l’enquête concernent un Etat voisin.
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renons un exemple : en Autriche, nous avions des soupçons concernant un vol avec effraction. Mais après l’arrestation provisoire, les faits étaient encore difficiles à prouver. Il était donc délicat de délivrer un mandat d’arrêt. Or, nous savions que les suspects avaient déjà été condamnés en Hongrie. Nous avons donc utilisé nos contacts et nous avons rapidement obtenu les informations nécessaires auprès des autorités locales et nous avons pu délivrer un mandat d’arrêt. Sans le réseau de la MEPA, cela n’aurait jamais été possible dans le temps qui nous était imparti et nous aurions dû relâcher les suspects.
Autre exemple : au cours de l’une de nos formations, un agent hongrois s’est rendu compte que la section qui l’accueillait travaillait sur un cas comparable à une enquête menée en Hongrie. Personne n’était au courant, mais les deux enquêtes ont pu être rapprochées pour ensuite aboutir.
Comment faites-vous pour créer ces réseaux ?
Les participants inscrits au cours principal passent trois mois ensemble, à raison de deux semaines dans chacun des Etats membres. Ils sillonnent l’Europe, de Vienne à Wiesbaden, puis Prague, etc., avant de terminer la formation à Budapest. Dans chaque ville est organisé un cours sur un thème donné, par exemple les vols de voitures, la corruption, la drogue. En outre, les participants découvrent l’organisation de la police dans chacun des pays, mais l’essentiel, c’est bien sûr qu’ils fassent véritablement connaissance.
Pour qu’un tel réseau fonctionne, les participants doivent arriver à se comprendre sans interprète. Les cours sont d’ailleurs exclusivement en allemand. Les participants issus de pays non germanophones reçoivent une formation linguistique intensive au préalable. En Hongrie, par exemple, plusieurs mois avant le début de la formation, ils quittent leurs fonctions pour se consacrer au perfectionnement de l’allemand.
Outre ce cours principal, a lieu tous les ans sur quatre sites un « Cours consacré à la sécurité intégrée aux frontières ». Nous organisons également des séminaires spécialisés, nous invitons certains agents spécialisés à suivre nos formations, nous publions du matériel de perfectionnement et nous faisons en sorte que les anciens restent en contact par le biais de cours de suivi et de notre journal de la MEPA.
L’élargissement de l’UE vers l’est offre également à la criminalité organisée la possibilité de gagner du terrain. A votre avis, avec des structures telles que la MEPA, la Police est-elle suffisamment armée pour relever ce nouveau défi ?
La formation policière à elle seule ne suffit pas à lutter contre la criminalité organisée. Pour y faire face, toutes les forces de la société doivent se mobiliser. Mais je doute que ce soit d’ores et déjà le cas dans tous les pays. La corruption est le terreau de la criminalité organisée et malgré des efforts importants, elle occupe toujours une place prépondérante.
Dans notre domaine, nous essayons de lutter contre ce phénomène. En dehors du cours principal, nous organisons en moyenne dix séminaires spécialisés par an. La corruption et la déontologie des policiers sont autant de thèmes qui reviennent constamment au programme.
La corruption est surtout un problème dans les nouveaux Etats membres.
La corruption au sein des forces de police s’est fortement atténuée au cours de ces dix dernières années. La situation dans « nos » pays n’est plus du tout comparable à ce qui se passe dans des pays comme la Roumanie, la Bulgarie, la Moldavie ou l’Ukraine.
Mais, à elles seules, les mesures de répression ne permettront pas de limiter la criminalité organisée, il faut aussi faire de la prévention, et en la matière, il y a encore des lacunes.
Faut-il à votre avis en faire encore davantage au niveau européen pour pouvoir mieux lutter contre la criminalité organisée ?
Ce qui pourrait être très utile, c’est l’instauration de groupes d’enquête communs, les fameuses « joint investigation teams » dont il est question depuis longtemps. C’est précisément ce que nous faisons dans notre cours principal pour inciter les participants à une coopération active et pour promouvoir l’interactivité dans les processus d’apprentissage. Par exemple, dans le cours actuel, les participants sont invités à mettre sur pied un groupe d’enquête commun et à plancher sur un cas de vol de voiture international. A l’issue du cours, les participants doivent présenter les résultats de leurs travaux à un groupe d’experts.
Ces groupes d’enquête communs existent déjà dans certains cas et de manière informelle, mais la classe politique devrait clairement faire preuve d’un peu plus de volonté pour que ces groupes voient officiellement le jour.
Monsieur Fehérváry, merci de nous avoir accordé cet entretien.






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