Berlin, 2 mai 1945 : Evgueni Kaldeï, photographe à l’agence de presse soviétique TASS, recherche des idées de photos devant le Reichstag en ruines. Un drapeau rouge, qu’il a fabriqué avec un tailleur moscovite à partir de nappes, doit figurer sur le cliché.Deux jours auparavant, l’Armée rouge avait donné l’assaut au Reichstag. Des soldats avaient hissé un premier drapeau sur la coupole. Mais comme les combats se poursuivaient, aucun photographe n’était présent. Le 2 mai, le commandement de l’Armée rouge reconstituait la capitulation de Berlin. Les photographes soviétiques étaient autorisés à se rendre au Reichstag. Kaldeï se souvient : « J’ai sorti le drapeau que j’avais sur moi et j’ai dit à trois jeunes soldats : grimpons sur le toit et hissons-y le drapeau. Nous montâmes jusqu’à la coupole. Sous nos pieds, l’incendie du Reichstag n’était pas maîtrisé et il était impossible de poursuivre notre ascension à cause des épaisses volutes de fumée. »
Le photographe cherche le meilleur cadrage possible pour son cliché, avec un arrière-plan impressionnant. Il finit par trouver son bonheur sur le toit de la façade Est du Reichstag. De là, en direction de la Porte de Brandebourg, on peut voir les ruines de la ville bombardée. L’un des soldats grimpe alors sur un pilier et brandit le drapeau fixé sur une hampe. Le deuxième, un officier de l’armée soviétique, soutient son pied. Le troisième, à côté de lui, porte une kalachnikov. Kaldeï fait une série de photos.
Dès le 3 mai, il retourne à Moscou et porte le cliché à l’agence TASS. Celle-ci envisage de le diffuser en tant que photo officielle, à condition que Kaldeï la retouche. En effet, l’officier soviétique, qui soutient son camarade perché sur le pilier, porte une montre à chaque bras. Or les signes de pillages n’ont pas leur place sur une photo officielle et Kaldeï doit faire disparaître l’une des montres. Ainsi, ce cliché qui est devenu une véritable icône a non seulement été soigneusement mis en scène, mais en plus retouché.
Evgueni Kaldeï est Juif et donc particulièrement fier d’avoir pu fixer sur pellicule la victoire sur l’Allemagne nazie et le drapeau de la victoire.
L’identité des trois soldats figurant sur la photo n’est pas connue. Par la suite, Staline en personne désigna deux Russes et un Géorgien - n’oublions pas que Staline était Géorgien. Jusqu’à l’effondrement du régime communiste, ils furent considérés comme des héros et récompensés par de nombreuses distinctions. En 1997, Ana Kaldeï, la fille du photographe décédé entre-temps, ne craignant plus les représailles, annonça dans une interview que ces trois hommes n’étaient pas ceux de la photo.
Extrait de :
Bilder, die lügen (Images trompeuses)
Haus der Geschichte der Bundesrepublik Deutschland (direction de la publication), éditions Bouvier Bonn 1998
ISBN 3-416-09202-X, S. 45
Si vous souhaitez davantage d’informations sur l’histoire de cette photographie et sur de nombreux autres clichés qui ont fait date, ne manquez pas l’exposition "Bilder, die lügen" (Images trompeuses) proposée par la fondation Haus der Geschichte der Bundesrepublik Deutschland. Cette exposition itinérante s’interroge sur l’objectivité des photos et présente les techniques et tendances en matière de manipulation photographique. Le visiteur pénètre dans un « Alphabet de la contrefaçon », illustré par quelque 300 objets. L’exposition "Bilder, die lügen" pourra être visitée jusqu’au 3 juillet à la ZDF à Mayence, puis à Nuremberg.







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