Venise 2005 – Section Orrizonti - 10/09/05
Drawing Restraint 9
Un film de Matthew Barney
...excessivement lente mais
fascinante par son étrange beauté
(USA, 2005, 150 mn)
Avec Matthew Barney, Björk, Sosui Oshima, l’équipe du bateau Nisshin Maru…
Synopsis : Un camion citerne chargé de pétrole gélifié brûlant se dirige en procession depuis les docks d’une raffinerie jusqu’à un port d’embarquement. Il est conduit par des chevaux, des bœufs, un daim et une centaine de travailleurs Japonais jusqu’à un immense bateau en partance pour l’antarctique. Dans le même temps, un couple mutique s’embarque séparément à bord sans se rencontrer. Ils sont préparés à part et revêtent des costumes inspirés des habits de mariage japonais pour une cérémonie étrange.
Critique : Ce nouvel opus de Matthew Barney se situe dans la droite lignée de son travail sur la série des Cremaster. Le baleinier Nisshin Maru transporte donc toutes les obsessions de cet artiste sur l’Histoire, les diverses mutations biologiques, la musique, les rapports amoureux torturés ou la vaseline. Le voyage se déroule sur plusieurs angles dans la même unité de temps, en plusieurs chapitres lesquels peuvent eux-mêmes se décomposer en un cycle sans fin. L’œuvre de Barney ne se décrypte pas aisément, ou plus exactement elle se déploie en une multitude d'interprétations qui laissent ses exégètes sombrer dans un vertige sans fin.
Le rythme d’une lenteur plus qu’hypnotique donne à Drawing Reistraint 9 l’aspect sourd d’un rêve absurde, peuplé de travailleurs Playmobil en casque jaune et combinaison d’un bleu vif qui s’affairent à des tâches aussi impressionnantes qu’obscures sur un gigantesque bateau japonais. Barney s’intéresse ici au Japon, à ses traditions ainsi qu’à ses rites les plus hermétiques. La chasse à la baleine le fascine plus particulièrement, symbole de la culture d’une nation mais mêlant aussi technique et cruauté. Dans d’autres séquences affolantes de beauté, il montre un couple, lui et sa compagne Björk, préparé et habillé dans des cabines avec un soin maniaque dans des costumes mutants japonisants en peaux de bête. Ils assistent ensuite à la longuissime traditionnelle cérémonie du thé puis s’isolent pour se livrer à une rite d’union aussi esthétique que violent.
Pour la première fois, Matthew Barney collabore avec Björk. La musicienne islandaise surdouée a composé la bande-son du film. Elle profite pour s’essayer à des mélodies expérimentales très inspirées par Stockhausen, embaucher le génial Bonnie Prince Billy sur la première chanson ou disserter sur les formes musicales traditionnelles japonaises. Ils jouent tous deux ce couple d’abord réservé puis qui s’aimant en se découpant, nimbés de mare de sang blanc gélifié. Ces scènes deviennent peu à peu insoutenables de violence mais se déroulent paradoxalement sur un rythme doux, presque amoureux. La chorégraphie des gestes et des couteaux de ces amoureux mutants demeure le morceau de bravoure de cette œuvre opaque, excessivement lente mais fascinante par son étrange beauté.
Delphine Valloire
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Drawing Restraint 9
Un film de Matthew Barney
(USA, 2005, 150 mn)
Avec Matthew Barney, Björk, Sosui Oshima, l’équipe du bateau Nisshin Maru…
Venise 2005 – Section Orrizonti
Edité le : 10-09-05
Dernière mise à jour le : 10-09-05