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Cultures Electroniques

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Cultures Electroniques

Août 2010 - 10/09/10

ISEA 2010

Un article d'Anne Laforet


ISEA est une manifestation nomade qui rassemble artistes, théoriciens et acteurs du monde des arts électroniques. Cette année, la manifestation se tenait dans la Ruhr, une occasion pour nous de visiter un haut lieu de la culture numérique à venir : le dortmunder U.

ISEA 2010

Dortmund, Essen et Duisbourg ont accueilli du 20 au 29 août 2010 la 16ème édition du symposium international d'art électronique (International Symposium on Electronic Art, ISEA), dans le cadre de la série d'événements Rurh2010 – puisque cette année un des capitales européennes de la culture n’est pas une seule ville mais toute une région : la "Métropole Ruhr". ISEA est une manifestation nomade, qui se déplace chaque année dans différents lieux, récemment Singapour et Belfast, et l'an prochain Istanbul, avant Albuquerque en 2013. Bien qu'il y ait un commissariat artistique (cette année Andreas Broeckmann, ancien directeur artistique du festival Transmediale), la spécificité d'ISEA est une conférence très riche, avec de nombreuses sessions concurrentes chaque jour sur une grande diversité de thèmes et de pratiques liés aux arts numériques. Artistes et théoriciens du monde entier s'y retrouvent. C'est aussi l'occasion de nombreuses expositions, concerts, performances et même d'excursions dans des lieux culturels des alentours.

"Trust" au U

Trust - jusqu'au 05 septembre 2010 au Dortmunder U.
Une des expositions, "Trust" interroge la confiance, que ce soit dans les systèmes informationnels que les artistes utilisent et détournent dans leurs travaux, ainsi que plus généralement dans la société. L'exposition rassemble une série de pièces, pour la plupart non interactives.
Voir quelques images de l'exposition

Un tera d’informations invisibles

"Endo" de Verena Friedrich, est une œuvre dont le processus ne peut être visualisé d'aucune sorte, elle pousse même le visiteur à se demander si un processus existe, tant l'installation est une "boîte noire". Il s’agit d’une boîte remplie de capteurs qui enregistrent sept types d'informations : sons, images, coordonnées de localisation, température, humidité, pression atmosphérique et luminosité. Toutes ces données sont stockées sur un disque dur d'un tera. Une fois la mémoire pleine, l'enregistrement cesse, laissant ainsi une masse de données non analysées.

"Le NASDAQ va perdre 4.3 points aujourd’hui"

"Trust" présente aussi "Time Slip" d'Antoine Schmitt sur un panneau composé de LEDs. Ce glissement du temps que propose Antoine Schmitt, c'est celui de la transformation en temps réel des informations issues des flux RSS des agences de presse et des journaux. Antoine Schmitt réutilise les courtes dépêches en changeant le temps de conjugaison du verbe (passant du présent ou du passé au futur), tordant le cou de l'information.

Une "dream machine" surdimensionnée

"Rota", de Carsten Nicolai, est une sculpture lumineuse et sonore capable d’influencer l'activité cérébrale, elle peut par exemple faire perdre les repères visuels des visiteurs. Les variations de vitesse dans la rotation de la lumière strobostropique (et donc dans les motifs qui se découpent de la sculpture et envahissent toute la salle) déclenchent différents types d'activité cérébrale chez les visiteurs. Le bruit de la rotation est légèrement amplifié pour souligner le rythme de la lumière.

Micro-robots paparazzi

L'artiste japonaise Seiko Mikami propose avec son "Desire of Codes" une installation interactive. 90 petits robots munis de LED, et certains de caméras, réagissent aux mouvements du public en bougeant et en émettant des bruits mécaniques. Au fond de la salle, un collage d'images prend la forme d'un pentagone qui change selon les mouvements du public. Le dispositif est à la fois attractif et déceptif, de jeu et de surveillance, créant une relation réelle mais ambigüe entre le visiteur et l'œuvre.

Le Dotmunder U - un nouveau lieu pour les arts numériques

"Trust", ainsi que la "E-culture Fair" (des projets artistiques et culturels allemands, néerlandais et belges), ont lieu au Dortmunder U, le nouveau centre pour l'art et la créativité de Dortmund. Le lieu ouvre officiellement en octobre (et sera totalement opérationnel dans le courant de l'année prochaine) mais accueille depuis quelques mois une série de manifestations.

L'ancienne brasserie, construite dans les années 1930, est un monument cher aux habitants de Dortmund. Il a échappé aux bombardements de la seconde guerre mondiale, et est devenu un point de repère dans la ville, avec l'installation du U en néon au sommet (U pour le syndicat de brasseurs) en 1968. Des écrans LCD sur chaque coin supérieur du bâtiment se sont récemment ajoutés et diffusent des vidéos artistiques, pour l'instant un film d'Adolf Winkelmann. Depuis les années 70, la brasserie ne produisait plus de bière et servait uniquement de lieu de stockage, avant de cesser définitivement toute activité économique en 1994.

Depuis, le lieu a accueilli une exposition du Hartware MedienKunstVerein (HMKV) en 1998, intitulée "Reservations of Longing", ce qui a permis de voir que le bâtiment était adapté pour montrer de l'art contemporain. Le HMKV, qui accueille actuellement l'exposition "Arctic Perspective Initiative", est un lieu dédié à la création contemporaine, et notamment aux arts numériques. C'est une des institutions qui va rejoindre le nouveau centre, avec le musée Ostwall, le centre d'éducation culturelle de Dortmund, des universités, un cinéma, etc. L'extérieur n'a pas changé, mais l'intérieur est rénové à grande vitesse avant l'inauguration officielle. Plutôt qu'un musée, qui aurait nécessité une rénovation beaucoup plus onéreuse, le choix a été fait d'un centre dédié à l'art et aux "industries créatives", un terme proche mais pas tout à fait équivalent à celui d'industries culturelles. La manifestation Rurh2010 capitale européenne de la culture en a permis le financement. L'une des particularités de ce centre est que les institutions qui la composent sont autonomes les unes par rapport aux autres, même si elles sont partenaires. Le Dortmunder U a cependant un directeur artistique, Andreas Broeckmann, dont le rôle est, d'une part, de coordonner la communication entre les différents partenaires, ainsi qu'avec la presse, et, d'autre part, de gérer directement plusieurs espaces dans le lieu. Il compte faire appel à différents commissaires d'exposition selon les propositions.

Pour lui, son ambitieux avec ce projet est que "dans 4 ans, lorsque son contrat sera fini, le Dortmunder-U soit connu comme un lieu dans lequel la culture est explorée de façon sérieuse." Pour Andreas Broeckmann, "les jeunes d'aujourd'hui s'intéressent à des pans entiers de la culture qui ne sont pas subventionnés, du coup d'ici une vingtaine d'années ils auront du mal à saisir la nécessité de financer l'opéra par exemple. Quelle est l'importance d'un musée d'art ? Cela n'est plus évident pour les jeunes générations, Il s'agit donc de "transmettre la pertinence de l'art et de la culture dans la société et de comprendre comment le faire mieux."

Longue vie à l'interdisciplinarité au Dortmunder-U !

Edité le : 02-09-10
Dernière mise à jour le : 10-09-10

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